ÉETOS CIE DE LIMPARTIAL, Proprietaire Vol.2. No 52. Nouvelle Serie F2 ALE 7 3° Ë . Luis S TRE Â A1 UNION ; < + 2: * n Jait.\ ESS T 7 à | Fondé en 1893 par Gilbert Buote et son fils François Joseph te” TForceg je nn Moscicr | F. J. BUOTE, Redacteur. Mme. F. J. BUOTE, Assistante. TIGNISH, ILE du PRINCE EDOUARD, MARDI LE 5 JUILLET, 1910 ———— 18 ANNÉE SOSCEUS SCLECOS LE MYSTERE DE LA TOMBE GREAT) La mère voulait décidément ré- | parer par toutes les abnégations la faute d'égoisme qu'elle avait cons- tout son pouvoir ses enfants à réa- liser le voeu de leur père en rede- venant français. Peu de jours après le départ de Robert, et sans en rien dire encore à l’absent, elle avait permis à sa fille de faire des démarches dans le but d'obtenir en France une place d'institutrice. Ce que cette déci- sion avait coûté à Mme Villiers— car c'était sous ce nom, ou plutôt ce pseudonyme de la famille en An- gleterre que les pourparlers avaient été engagés—il serait difficile de l'exprimer. Mais elle offrait cette immolation consentie en faveur des enfants comme la plus haute répa- ration de sa faute à l'égard du père. Elle obéissait en même temps à j'élan mêlé d'un peu d'inquiétude de son amour maternel à l'égard de Robert. Il était bien jeune, en ef fet, pour demeurer seul, si loin, ap- pliqué à une entreprise qui aurait réclamé l'expérience et la maturité d’un homme plus âge, entouré de sages cons£ils. Elle et Blanche, d’ailleurs, sans oser se le dire, avaient deviné une retcriection dans ce qu’il leur écri= vait....une inquiétude, une préoc- cupation secrète....quelque chose qu’il leur cachait, et l'anxiété les avait saisies toutes eux, La Pro. vidence leur fournissait heureuse- ment à c: moment même le moyen d'accourir auprès de l'enfant si ché- ri. Des circonstances toutes parti- culières, commandes avaztvgeuses faites à Blanche par des personnes qui appréciaient son talent, petites sommes charitablement prêtées par le père, autrefois, et que la veuve était parvenne à recouvrir, avaient grossi en peu de temps l’humble trésor de lzurs économies. Ce voy- age devenait matériellement possi- ble. La famille française à qui Blan- che avait été chaudement recom- mandée par uue institutriee de Lon- dres liée avec les deux femmes, et qui avait exercé elle-même sa pro- fession dans une maison amie de celle qui aliait s'ouvrir devant Mile Villiers, cette famille écrivait que la nouvelle éducatrice n'avait qu'à se présenter dans quelques jours. .... Quelques jours....le temps rigoureux des mille dispositions à prendre pour quitter le pays d'exil regardé comme upe seconde patrie, et retourner dans la patrie ancienne. Et c'était cette nouvelle si impré- vue de l'arrivée prochaine de sa mère et de sa soeur qui avait causé À Robert cette joie, au milieu de la tristesse et du trouble -qu'il avait retrouvés en son âme en 3’éveillant avec la conscience de la vie. Rien ne pouvait être eu ce mo- ment plus opportun que cette diver- sion puissante faite à sa peine, rien n’était plus capable de lui rendre le goût et l’ardeur de son entrepri- se, le courage de vouloir et d'agir, paralysé un instant par le brise- ment de son coeur. Puisqu'’elles quittaient tout pout venir vers lui, n'avait-il pas le de voir d'honneur de tout tenter pour leur édifier, dans la patrie d'’origi- ue, la situation matérielle et mora- le à laquelle elles avaient droit ? Plus que jamais il était tenu d’es- sayer le possible et l'impossible pour arriver au chevet de la Dame d'Albères. Après, s’il en avait le temps, il laisserait à loisir saigner sa blessure et il écouterait s'élever eu lui le vain gémissemeut de sa douieur. Il se leva, la tête encore un peu 'maisonnette, ia table recouverte lourde et les membres vacillants, | d’un linge blanc, les deux cierges car la commotion reçue la veille a-|allumés de chaque côté du cruci- cievce d'avoir commise en retenant | vait été bien forte, mais il se remit |fix....Le prêtre achevait de faire son mari dans l'exil, et, malgré ses | graduellement, et quand, au bout | les saintes onctions sur les membres répugnarces personnelles, aider de de quelques instants, il franchit le du mourant. Brutus, les yeux ou- seuil du ‘‘Merle-Bleu’’, son attitu- | verts, le visage exprimant une plei- de étoit assez calme er sa démarche | ne connaissance, suivait du regard assez raffermie pour changer toute l'orientation es conjectures de l'hôtesse. Elle le regarda curieusement s'é-, loigner de sun pas ordinaire, ni lent, ni hâté....Où allait-il ? Robert se dirigeait vers la Chä- taignerais, où Maguette lui avati donné rendez-vous, la veille, avec un vague espoir de la retrouver peut-être en cet endroit....Si la lettre de sa mère et de sa soeur a- vait donné au jeune homme le cou- rage Je surmonter sa propre tristes. se et la résolution de marcher tou- jours vaillarument à son but, cette lettre, toute faite je temdresse et de dévouement, ne pouvait lui avoir inspiré une dureté de coeur et une indifférence d’ailleurs bien impossi- bles à l’égard de la pauvre Alice, victime innocente d'une hérédité fatale et si cruellement frappée pour les fautes des siens ! Comme elie devait souffrir, elle qui, jusqu'ici, avec une candeur touchante, avait cru à une légende faite exprès pour elle par l’affectu- euse complicité de ceux qui l'en- touraient au sujet de l’aieule, elle surtout qui croyait avec uue faveu- gle foi à l'honnêteté de son père, et qui sait ?....illusions sans bor- nes des innocents !—peut-être mê: me à l’amitié de sa tante, Hélas ! Robert avait aperçu, dans l’Âme transparente de la jeune fille, un autre sentiment qui, tout d'abord, l'avait comblé d'une joie sans mesure....Parce qui lui-mê me, hgmme et consolé par d’autres affections, parce qu’il souffrait du brisement de cette fragile espéran- ce, il comprenait ce que devait en- durer la malheureuse enfant. Et c’est à cause d'elle qu’il che chait Maguette, pour ’savoir com: ment la scène affreuse l'avait lais- sée, si elle en était malade, grave- ment peut-être, si son bourreau s’était encore acharné sur elle, et si le banquier, à qui la paternité ins- pireraient en some un peu de compassion, n'allait pas revenir pour défendre sa malheureuse fille contre sa criminelle soeur ! Mais le jeune homme errait, de- puis quelques instants déjà, sous les châtaigniers dépouillés et Ja : vieille femme ne se montrait point. I! attendit encore, énervé par l’im- patience et l’inquiétude, puis, dé- couragé, il sougea : —Qui m'avait dit qu’elle dût venir ? Il se trouvait à l'entrée des deux routes dont l’une conduisait au châ- teau d'Albètres et l’autre à la masu- re de Brutus Bouin. Le souvenir du vieillard agoni- sant lui revint alors et anssi celui des pa:oles de Maguette, au mo- ment où elle guidait ses premiers pas à travers ces sous-sol dont la vi: site lui avait été si fatale : ‘Demain, je vous accompague- rai chez Brutus, Si ce qu'il sait peut nous être utile, Dieu permet- tra qu’il parle”. Robert secoua la tête, songeant que la fdélité de la vieille femme lui faisait concevoir des espérances bien chimériques. Mais un senti ment d'intérêt sincère pou le vieil lard, à qui il avait eu la joie de fai- re un peu de bien, le gnida vers la masure solitaire. La porte en était grande ouverte et Robert tomba à genoux sur le seuil. Le saint appareil de l’ago- uie chrétienne était dressé daus la J euse cérémonie. | les mouvements du prêtre et pa- raissait s'associer de coeur à la pi- Quelques femmes étaient dans la chambre, prosternées et priant. Parmi elles, Robert reconnut Maguette. Quand le sacrement fut achevé, elle se leva vivement, alla droit vers lui, et, le prenant par la main, l’entraîna tout contre le lit du ma- lade. Le prêtre fit signe aux person- ues présentes dans la pièce dese retirer. —Philippe Bonin, dit-elle, redon- nant le rom de son baptême à ce- lui que les sacrements de l'Eglise venaient de régénérer, voici devant vous ce petit-fils du marquis Robert d’Alberes, dont je vous parlais tout à l'heure, Vouiez-vous lui dire, au sujet de l’aieule et du trésor, tout ce que vous pouvez savoir ? Le regard de l’agonisant s’atta- chaït au jeune homme avec une persistance où l’ou sentait de l’in- quiétude et du doute, —Si c’est vraiment lui, murmu- ra-t il, pourquoi ne me l'avoir pas dit plus tôt ? J'ai juré de ne révé- ‘er le secret qu’au marquis d’Albè.- res, j'ai besoin, d’être sûr... —C'est en effet le droit et le de- voir de votre conscience d’être sûr, avant de parler, dit gravement le prêtre, puisque vous êtes lié par un serment. Alors, Robert sortit de la poche intérieure de son vêtement, un por- tefeuille dans lequel il prit quelques papiers qu’il présenta à l’ecclésias- tique : —Voyez, Monsieur le Curé, dit- il, si ces pièces vous paraissent é- tablir suffisamment ma félicitation. Le curé s’approcha de la fenêtre et lut attentivement, une à une, ces feuilles jaunies, toutes mar- quées d’un timbre français ou an- glais. Bien qu’il fût peu familier avec cette dernière langue, les ex- traite de naissance, de mariage et de baptême lui étaient suffisam- ment intelligibles. Il sendit les papiers à Robert. Puis, revenant près de Bonin : — Les pièces sont en règle, dit-il, ce jeunefhomme est bien véritable- ment le petit fils du marquis Ro- bert d’Albères, dont il porte le nom. — Alors, je puis parler....tant mieux, car il a été bon pour moi.. il a réjoui mes derniers jouis....il a fait entrer un peu de Inmière dans mon âme. Jeiui dois de mou- rir en chrétien comme mes‘pères, au lieu d’agoniser seul et désespéré | sur mon grabas. Le vieillard s’exprimait avec peine. —Ne vous fatiguez pas, père Bo- nin, lui ditle jeune homme, et, comme ïill'avait fait si souvent dans ces deruiers temps, il présenta aux lèvres du malade là tasse de lait posée sur la crédence. —Merci, dit le vieillard. C'est étrange de penser que vous êtes le petit-fils de ce marquis d’Albètes, qui était bon aussi, mais fier... Vous, je vous avais aimé tout de suite quand vous me disiez être un étranger et un pauvre. —Hélas ! suis-je encore autre chose à cette heure, père Bonin ? —Mais il y a l'avenir, l'avenir plein de promesses. ,,,Ce n’est pas pourtant, ditle vieillard avec ua SEBSS6) désenchantement profond, que la découverte d’un trésor puisse en elle-même rendre heureux. Une larme monta aux yeux de Robert. —Jefle sais bien, mon ami, dit-il, que le trésor d’Albères serait im- $ | puissant à cette heure à me donner un peu de bonheur. —Ayez confiance, mon jeune maître, toujours confiance malgré tout, lui dit à mi-voix Maguette. Regardant alors avec plus d’at- tention la vieille femme, Robert vit sur son visage aux mille rides les ravages creusés par une nuit d’an- goisse. Mais l'expression de la physionomie demeurait ferme et pleine d'espérance, Il aurait voulu lui adresser à la fois des questions sans nombre au sujet d'Alice. Mais cz n’était ni le lieu, ni le moment. Après avoir trempé ses lèvres dans son breuvage favori, Brutus, ou plutôt Philippe Bonin, repre- nait : —Pour j’Aïeule morte et le tré- sor, ce que je sais est peu de chose et ne vous sera peut-être pas bien utile, Monsieur Robert, Monsieur le marquis. Mais, poursuivit-il, désignant le prêtre et Maguette, je n'ai le droit de le dire qu'à vous seul. Comme Robert allait protester et engager Bonin à parler sans con- trainte devant eux, le curé déclara que le scrupule du vieillard était des plus respectables, et il sortit, invitant la vieille femme à l'accom- pagner. — Nous serons là, tout près, si vous avez besoin de notre aide, dit- il. Brutus Bonin et Robert d’Albè- res se trouvèrent en face l’un de l’autre, sans témoin. —JLes moments sont courts, dit le vieillard ; je n'aurai pas longtemps la force de parler ! écoutez-moi bien, Monsieur Robert. —J'étais valet d’écurie au châ- teau d’Albères et je donnais déjà dans des idées nouvelles, Cepen- dant, je vénérais la marquise, car c'était une noble et sainte f:mme. Elle avait soigné ma mère dans une grave maladie. Quand j'entendis que la Dame d’Albères était morte, j'en éprou- vai une sincère tristesse. Le soir, comme j'étais déjà éten- du sur mon étroite couchette, à côté des chevaux, je sentis dans l'obscurité qu'on me touchait dou- cement l'épaule. —Qui va là ? m'écriai-je. —Chut ! pasun mot; pondit-on. Et je crus reçonnaître la voix de M. Boniface, l’intendant de Mme la marquise. —Regrettes-tu notre maîtresse ? Veux tu nous aider à exécuter ses dernières volontés ? Lève-toi et suis-moi. Tout cela était dit à voix très basse, très vite, avec la brève in- me ré- terruption de mes courtes répon- | ses. Je me levai, très ému, et suivis l'intendant. Il me mena droit à la chambre mortuaire. Là se trouvaient Françoise, la femme de confiance de Mme la mar- quise, et Jean-Baptiste Riscat, le père de Maguette ; mais avec mes yeux d’adolescent, agrandis par l'impression de ce spectacle, je ne vis d’abord que {a morte: Revêtue de ses habits d’apparat, elle était couchée, non pas sur son grand lit, qui avait des degrés et| Certain que, dans cette minute, un baldaquin comme untrône, mais sur uue sorte de civière légère à quatre bras, posée sur une grande table. Françoise s’arrêta de pleurer pour demander à M. Boniface : —Vous avez confiance dans ce garçon ? —Ilest honnête et surtout très robuste. I]! faut qu'il jure comme nous bâtie au-dessus. |jours ignoré que ce souterrain com- avons tous juré. —Tu entends, Philippe, il faut faire le serment de ne révéler jamais à personne qu’au marquis Robert d’Albères, ou à ses descendants, ce que tu vas.voir cette nuit. —C'est bien ! dis-je. — Approche ici. Etilme mena tout contre la ci- vière où reposait la morte. Il me fit poser la main sur ses mains join- tes, qui tenaient un crucifix. — Jure maintenant. Je jurai, comme on me le deman- dait sur le Christ et sur le corps de la marquise. Alors on me montra à terre un coffret en bois noir orné de ferrares anciènnes. M. Boniface me dit : —-Essaye de le soulever. C'était bien lourd, mais j'étais très vigoureux et très fier de ma force précoce. J'enlevai le coffret de terre sans effort apparent. ; —Tu pourras le porter loin tout seul, comme cela ? —Oui, si je veux, à condition qu’on me laisse reposer en route. Je vis alors l'intendant qui s’ap- prochait de moi, un mouchoir plié à la main. —Que me voulez-vous ? lui éis- jee Me bander les yeux ? Vous ne vous fiez pas à mon serment ! —Parden, mon enfant, me ré- pondit-il avec douceur, nous te sa- vons honnête et loyal. Mais il y a les rêves de la nuit....les temps sont mauvais : il y a la persécution et la torture. On pourrait te faire parler malgré toi. Il vaut mieux que tu ignores une partie du se- cret. — Faites comme vous voudrez, dis-je alors, indifférent et soumis moi, que je ne parlerai pas. Il m'attacha solidement le ban- deau, qui me couvrait la moitié du visage. Puis j'entendis un bruit de ressort qui grince et de chaîne qui se tend, en même temps qu’une bouffée d’air humide montait d’en bas. On venait évidemment d’ou- vrir une trappe dans la chambre même. —Françoise, passez devant avec le flambeau et guidez ce garçon. —Philippe, ily a un escalier à descendre : tiens ferme le coffret et n'aie pas peur. C'était M. Boniface qui parlait encore. —Je n'ai jamais peur, lui répon- dis-je en mettant le pied sur la pre- |mière marche, le coffret tenu en é- ‘quilibre sur mes deux bras. Cette descente dans l'obscurité sous la charge de ce fardeau était foit mal aisée. Je sentais néan- moins la présence de la femme de chambre qui me précédait et j’en- tendais derrière moi le pas embar | rassé des deux hommes portant la civière où la marquise était couchée. A bout de quelques minutes, qui me parurent étrangement longues, | Françoise me dit : —Maintenant, nous ne descen- dons plus. Et je sentis, en effet, le sol de plain-pied sous mes pas, — Mets ie coffret à terre et repo- se-toi un peu. Ce n'était pas de refus : mes bras étaient endoloris et la sueur inon- dait mon front sous le foulard de soie qui le serraïit. J'étais assis sur la terre, j'avais l’impression d’un espace vaste au- tour de moi. J'entendis Boniface et Françoise qui se parlaient à mi- voix à une certaine distance. je u’étais pas surveillé, par un mou- vement imperceptible et rapide, je levai mon bandeau. Je vis alors avec étonnement, que nous nous trouvions dans la crypte qui gardait les cercueils des marquis d’Albères et où l’on des- cendait quelquefois par la chapelle Mais j'avais tou- par habitude ; mais je sais bien, P. C. MURPHY, M. D., Médecin—Chirugien TIGNISH, ILE DU P. E. J. A. JOHNSTON, M. D., C. M. Médecin—Chirugien TIGNISH, ILE DU P.E. Dr, 4, L. Purdy, Dentist ALBERTON Will be at Tignish, until further notice, the 24rd. and 25th. of the month and every last Tuesday and Wednesday of each month. BERNARD HOTEL Tignish, P.E. 1. This well known hotel has been refitted and renovated this spring, making it one of the best hostelery in Prince County. Only a few minutes’ walk from the Railway Depot. Rates Moderate. Good Stabling in connection. THEO. BERNARD, PROP Frank S. Gaudet CONTRACTOR & GENERAL CARPENTER Lumber of all Kind, Shingles, Mouldings, Doors & Windows, all kind of finished lumber for build- ing purposes, supplied at short notice. Tignish, P. E. 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