La Vénération des gens à l’égard des prêtres Père Emmanuel Gallant, c.j.m. Même si je ne suis pas encore très âgé, il y a des souvenirs de ma jeunesse que je n'oublierai jamais; et l'un d'entre eux est la vénération de nos gens ä l'égard des prêtres. Le prêtre était vraiment reconnu comme l'envoyé de Dieu pour les instruire sur ce qui regardait leur salut, car il faut bien l'admettre, une assez grande proportion d'entre eux ne savait ni lire ni écrire. Or, comme dit l'Ecriture Sainte: "la foi vient de l'audition de la Parole de Dieu", l'homélie du curé, qu'on appelait ordinairement« "le sermon", était très suivie. Tout le monde y était attentif. A Mont—Carmel, nous avons été vraiment favorisés. Nous avons eu de très bons prêtres; mais je crois que c'est le Père Pierre P. Arsenault, natif de Tignish, qui a laissé le plus beau des souvenirs. C'était un homme d'une grande intelligence, un véritable organisateur et qui était aimé de tous, même des protestants qu'il se permettait assez souvent de taquiner. Par exemple, un jour, un protestant lui demanda ce que voulait dire "P.P." qu'on plaçait ordinairement avant son nom. Il répondit avec humour: "Protestant persecutor". Ce prêtre avait le don particulier de rendre l'Evangile si simple et si pratique par des exemples qu'on se rappelait longtemps ses sermons. Je me rappelle très bien un passage de l'un de ses sermons alors que je n'avais que douze ans. "Je suis envoyé par Dieu dans cette paroisse, nous disait—il, pour vous prêcher l'Evangile et vous rappeler les commande— ments de Dieu et de l'Eglise. Je représente le Christ auprès de vous; mais n'oubliez pas que je ne suis qu'un homme avec mes faiblesses et mes défauts, alors que le Christ, Lui, était Dieu. Il n'avait aucun défaut. Alors si je n'imite pas toujours le Christ, si je manque parfois â la charité, c'est souvent ä cause de mon caractère. C'est pourquoi je vous demande de faire ce que je vous dis de faire; mais de ne pas toujours faire ce que parfois je fais moi—même ä cause de mes faiblesses." J'étais resté dans l'admiration en entendant un tel acte d'humilité devant tous les paroissiens. En général, les gens pardonnaient facilement aux prêtres ses petits défauts, surtout s'ils remarquaient qu'ils étaient vraiment aimés par l'Envoyé de Dieu. Cependant ils savaient très bien distinguer quand un prêtre exagérait ou se montrait trop sévère. Dieu leur avait donné un bon jugement et une conscience éclairée en ce qui regardait la morale.