4 | | remparts me L'IMPARTIAL JEUDI LE 15 JANVIER 1903 La Sublime On peut le dire, prisque Sœnr Louise est morte. Le duc de M., frappé par une maladie cruelle, agonisait en son hôtel dn boulevard Saint-Germain, et comme ilse mourait en pleine gloire, le frivole Paris, aussitôt a- verti, par les cent mille voix de la presse, de la grandeur qui sombrait la Paris, pour une heure, était de- venu attentif à cette seule chose dont il nese blasera jamais ; une agonie. Le boulevard lui-même en était devenu presque silencieux, autour de la solennelle demeure en 1a- quelle, anxieusement, de minute en miuute, derrière les persiennes demi-closes, on attendait la grande et terrible visiteuse : Sa Majesté la Mort ! Une voiture aux aigies de l’Em- pire était arrêtée dans la cour d'honneur, et les domestiques du duc se répétaient tout bas le nom d'un aide de camp de l’empereur, en- voyé par son maître pour prendre des nouvelles du moribond illustre. Les chevaux eux-mêmes, —les che- vaux, dit-on. sentent la mort— sou- dainement doeiles, avaient renoncé à battre de leurs sabots le fin gra- vier de l'allée, et ils ne levèrent même pas leurs fières têtes noires pour dévisager le nouveau carosse qui entrait à ce moment. Un haut prélat, en robe violette, descendit de voiture. C'était le nonce du Pape. Le duc de M., qui était un homme de foi, avait jadis, au début de sa carrière diplomatique, rendu de grands services à l’Eglise et le Pape, en reconnaissance de ces bons offices, lui envoyait, à l’heure dernière, son ambassadeur lui por- ter sa snprême bénédiction. ELe nonce fut introduit dans la chambre de l’ancien diplomate. Tout y était silencieux. Quelques médecins, les plus renommés de Paris par leur science, debout au chevet du mourant surveillaient les progrès de l’agonie ; leur attitude pensive disait assez que tout espoir était perdu. Le duc de M., la tête relevée par ses oreillers, la poitrine haletante, les tempes brillantes de cette af- freuse sueur d’agonie, qui est comme le sel de la mort, ouvrait de temps en temps des yeux inquiets autour de lui, mais les paupières retombaient sur ses yeux en s’a- lourdissant chaque fois un peu plus. Le nonce s’approcha de l’un des médecins, de cet air d'interrogation muette que nous avons tous à ces heures terribles. —Excellence, je lui donne encore une heure..au plus ! Le nonce jeta un coup d’œil ra- pide sur la pendule. Cinq heures allaient bientôt sonner. Croyez-vous, demanda le nonce que le mourant puisse supporter l'émotion d’une visite....celle de sa fille ? Le médecin répondit par un mou- vement de tête assez vague. Le duc de M., ouvrit les yeux. Il entendait encore. Alors le nonce s’approcha de lui, et lentement, à l'oreille, il lui dit ces deux choses : que le Pape lui enoyait sa béné- diction et que, par une insigne fa- veur et en vertu d’un ordre venu de Rome, sœur Louise, sa fille, la Carmelite, était autorisée à quitter son couvent pour une heure et à venir l’embrasser. Le visage du mourant s’éclaira du feu follet d’un sourire, il remua les lèvres et, en se penchant, le non- ce crut entendre, guère plus puis- —— Obeissante | rende Supérieure, puisque c’est l’or- dre du Pape. Vous avez une heu- re. Que Dieu vous accompagne. La Carmélite se releva sans s’é- tonner d’un ordre aussi inouiï, elle fut prête à sortir pour une heure de ce cloître où depuis près de vingt ans elle était la prisonnière de Dieu et d’où de par une règle austère et inflexible, on ne doit sor- tir ni vivante ni morte. Elle monta dans la voiture qi l’attendait et dit seulement aux d2- mestiques ce mot d’angoisse : —Vite ! Elle croisa les mains sur sa poi- trine, derrière laquelie son cœur battait à se rompre et pria pour son père qui agonisait... Il était cinq heures un quart, à la chambre du mourant, quand sœur Louise monta l’escalier d’ap- parat garni de plantes rares et bor- dé de deux rangs de statues de mar- bre et de bronze ; mais elle passa insoucieuse de ces richesses et traî- nant sa pauvre robe brune sur le moelleux tapis de Saxe. Elle croi- sa, sans même le remarquer, le nonce qui descendait cérémonieu- sement. Elle entra, courut droit au lit de son père, se jeta à son cou, le bai- sa au front, se mit à genoux, lui prit les mains à moitié froides et pleura ces larmes humaines, inuti- lement chaudes, hélas ! puisqu’elles ne réchauffent ni nos chers morts refroidis ni nos chers espérances é- teintes. N'importe, l’arrivée de sa fille ranima pour une seconde chez le duc de M...... la lutte suprême en- tre la vie et la mort. —Le flambeau jette ses dernières lueurs, dit tout bas un des méde- cins. Le timbre sonna cinq heures et demie. La Carmélite, toujours penchée sur <on père, releva la tête, regar- da la pendule où les aiguilles d’or marquaient l’heure fatale sur le ca- dran de marbre et reporta les yeux sur son père. —]1 meurt, il meurt, s’écria-t-elle. Le vieillard devenait affreusement pâle, les plis du visage se creusaient, les yeux chaviraient dans leurs or- bites sous des paupières déjà violet- tes, la poitrine haletait en des sou- bressauts heurtés sous les hoquets de l’agonie. —C'est la mort, fit un des méde- cins. Le duc de M., tenait toujours la main de sa fille dans sa main crispée qui devenait froide, La Car- mélite s’agenouilla, le confesseur, du duc commença, à mi-voix, les prières des agonisants ; on ouvrit les portes de la chambre, quelques amis entrèrent et aussi les vieux serviteurs, suivant l’usage des mai- sons anciennes, qui veut que l’on voie mourir ceux que l’on a vu vi- vre. —Tu es venu à temps pour me fermer les yeux, avait dit il y a queïques minutes, le père à sa fille. C’est toi qui me les fermeras. Elle avait répondu qu’elle aurait ce courage, qu’elle le demandait à Dieu. Cependant l'agonie continuait, âpre. Cette tempête de la mort se- couait furieusement, pour achever de le déraciner, ce vieux chène d'homme, résumé des forces de tou- te une race vaillante qu'il finissait. La Carmélite regarda la pendule. Elle pâlit. On ne lui avait accordé qu’une heure. Il était temps de partir, si elle voulait rentrer à son couvent à l’heure prescrite par la règle. sant qu’un soupir, ce petit mot [dans la mort, comme dans la vie, | nous n’avons que de petits mots pour exprimer les grandes choses]. —Merci...merci !… A ce moment-là même, une voi- ture était arrêtée à la porte du cou- vent des Carmélites, et la révéren- de supérieure entrait dans la cellu- le de sœur Louise, la fille unique du duc de M...... et sa seule pa- rente en ce monde, pour lui trans- mettre l’ordre de la cour romaine. La Carmélite en écouta la lecture à genoux. —Âllez donc, poursuivit la Révé- Elle se leva pour sortir. La main de son père retenait la sienne dans une étreinte douloureuse. Elle le contempla d’un long regard, ce père mourant auquel elle devait d’être à Dieu. Son ascétique visa- ge de Carmélite se plaqua tout à coup de rougeurs vers le front et les tempes. Au fond de ses yeux, d’une angélique douceur de beau soir, éclata soudain l'éclair du dé- sir. Elle était debout, presque ef- frayante à voir, avec les deux tor- chères de ses grands yeux dilatés, incendiés de toutes les flammes de ÿ L'IMPARTINL À Publie a 8 et 12 pages, le jeudi de chaque semaine. 6 Les personnes qui désirent se tenir au courant de tout ce qui se passe dans les centres Acadiens des Provinces Maritimes, ainsi que dans les différentes places des Etats-Unis où demeurent des milliers des nôtres, ne manquent pas de lire l’IMPARTIAL. @ L'IMPARTIAL est l'organe des populations rurales des Provinces Maritimes... L'IMPARYTIAL est l’ami du progrès sous toutes ses formes. C’est le Journal Acadien le mieux renseigné du Canada. case > <T ocn L'IMPARTIAL donne chaque semaine, un compte rendu de tout ce qui se passe dans le monde.500000 L'ImMPARTIAL donne trois magnifiques Primes valant à elles seules le prix de l’abonnuement. N UN DOLLAR vous avez L'IMPARTIAL et les trois Primes 000000000009 (FINE vait enfant et femme en somme, et fille de ce mourant adoré. Il fallait partir, elle demeurait elle ploya les genoux, se releva, se remit à genoux et pendant une mi- nute encore, mais une seule, les an- ges qui gardaient ce foyer assistè- rent à deux agonies, celle du duc et de sa fille, mais la terre ne con- nut rien de cette lutte ci. Sœur Louise regarda la pendule une dernière fois...et son père qui râlait. Elle sépara très doucement la main du mourant de la sienne. Un des médecins qui avait vu son geste l’arrêta : —Restez, madame, lui dit-il. Je dois obéir à ma règle, dit la Carmélite, et elle partit en priant, emportant, sans s'en douter, dans les plis de sa robe de bure, le dia- mant éteint d’une larme d’admira- tion humaine, tombé sur elle des yeux de ce médecin, vétéran de la douleur qui lui avait dit : Restez, madame, Ella ne ferma point les yeux de son père... Elle rentra daas son cloître une heure, exactement une heure, après son départ, au moment précis où le duc rendait le dernier soupir...et elle se rangea avec ses sœurs, dans le chœur, pour chanter l'office äu soir, la sublime obeissante. Are a True Heart Tonic, Nerve Food and Blood Enricher. They build up and renew all the worn out and wasted tissues of the body, and restore pertect health end vigor to the entire systesmn. Nervousness, Sloepiessness, Nervous Pros- tration, Breln Fag, Lack of Vitality, After us of La CU Re TUE me 23 DpeerLees emor on the Heurt, of fannr. Shortness ef Breatbh, etc., can all be by using Milburn’s Heart and Nerve Pills. Price 50c. & box or 3 for 81.25, All deslers or Tue T. MILBURN Co., # , Toronto, Ont. l'amour humain, Elle se retrou- | NOTRE LANÇUE 0 Notre langue naquit aux lèvres des Gaulois, Ses mots sont caressants, ses règles sont sévères, Et, faite pour chanter les gloires d’autrefois, Elle a puisé son souffle aux refreins des trouvères. Elle a le charme exquis du timbre des Latins, Le séduisant brio du parler des Hellènes, Le chaud rayonnement des émaux florentins, Le diaphane et frais poli des porcelaines ; Elle a les sons moelleux du luth éolien, Le doux babil du vent dans les blés et les seigles, La clarté de l’azur, l’éclair.olympien. Les soupirs du ramier, l’envergure des aigles. Elle chante partout pour louer Jéhova, Et, dissipant la nuit où l’erreur se dérobe, Elle est la'messagère immortelle qui va Porter de la lumière aux limites du globe. La première, elle dit le nom de l’ Eternel Sous les bois canadiens noyés dans le mystère. La première, elle fit monter vers notre ciel Les hymnes de l'amour, l’élan de la prière ; La première, elle fit tout à coup frissonner Du grand Meschacébé la forêt infinie, Et l’arbre du rivage a aru s’incliner En entendant vibrer cette langue bénie : Verbe ailé, sous lequel le despoté est muet. Elle transforme en dieu le poète qui tonne, Dans un vol surhumain emporte Bossuet, Et fait Thiers ou Guizot l'égal de Suétone. Langue de feu, qui luit comme un divin flambeau, Elle éclaire les arts et guide la science ; Elle jette, en servant le vrai, le bien, le beau, A l'horizon du siècle une lueur immense, Un jour, d’âpres marins, vénérés parmi nous, L’apportèrent du sol des menhirs et des landes, Et nos mères nous ont bercés sur leurs genoux, Aux vieux refrains dolents des ballades normandes. Nous avons conservé l’idiome légué Par ces héros quittant pour nos bois leurs falaises, Et, bien que par moments on le crût subjugué, Il est encor vainqueur sous les couleurs angiaises. Et nul n’osera plus désormais opprimer Ce langage aujourd’hui si ferme et si vivace...... Et les persécuteurs n’ont pu le supprimer, Parce qu’il doit durer autant que notre race. Essayer d'arrêter son élan, c’est vouloir Empêcher les bourgeons et les roses d’éclore ; Tenter d’anéantir son charme et son pouvoir, C’est rêver d’abolir les rayons de l’aurore. Brille donc à jamais sous les regards de Dieu, O langue des anciens : Combat et civilise, Et sois toujours pour nous la colonne de feu Qui guidait les Hébreux vers la Terre Promise. W. CHAPMAN J. H. Myrick & Co. Importers aad Dealers in sil DRY GOODS 4 HARDWARE BOOTS & SHOES= À GROCEKI ES And Fishité Supplies AT TIGNISH and ALBERTON We have just opened a tull and complete stock of NEW GOODS. We are prepared to Supply the wants ofthe farmer, fisb- , erman and mecha-—#.., nic, We invite in- | tending purchasers to give us a call, and they will find | we can meet al! competitors, and | Save to them the trouble and ex- pense of going tv Summerside Or Charlottetown. ICE