32 Une autre chose qui intéressait vivement les Acadiens, c'était la question des trésors cachés. On croyait autre— fois que les pirates cachaient leur butin près de la côte et qu'avant de partir, ils marquaient l'endroit pour recouvrir le trésor à leur retour. Quelquefois ils tuêrent un de leurs hommes et l'enterrèrent près du coffre, croyant que, même après la mort, il garderait le trésor et empêcherait que les habitants du pays ne l‘emportassent. C'est peut—être pour cela que les chercheurs de trésors observaient certaines règles comme celles—ci: Il fallait se munir d'eau bénite pour asperger le terrain, et porter sur soi une médaille ou un crucifix bénit; arrivé à l'endroit oû on voulait creuser, il fallait tracer sur le sol un grand cercle et dans ce cercle garder toute la terre que l'on déplacerait; de plus, il fallait observer un silence absolu pendant l'opération. Madame P.G. de Saint—Louis, N.—B., raconte qu'il y avait sur leur terre une grosse pierre sur la uelle on voyait des marques et des lettres illisiblesl Son père, son beau-père et trois autres hommes allèrent pendant la nuit chercher des trésors à cet endroit. creusaient en silence pendant quelque temps lorsque l‘homme qui se servait de la pelle fit signe ä ses compa— gnons qu'il trouvait quelque chose. Il donne la pelle à un autre qui pensa frapper le couvercle du pot qu'ils cherchaient; ce dernier était tellement surpris qu'il s'écria: “On l'a!" A l'instant même, la terre se replaça comme une onde sur la mer, et ces hommes ne voyaient plus aucune trace de la pierre qui marquait l'endroit. Ils Après quelque temps, trois hommes arrivèrent â St— Louis; ils restèrent quelques jours au village; ils prirent des informations concernant l'endroit où l'on croyait qu'il y avait des trésors cachés. Un jour on les vit partir avec quelque chose dans leur bateau. Peu de temps après leur départ, on trouva l'emplacement d‘où ils avaient retiré le trésor, et, à quelque distance du trou, on trouva le couvercle du pot. Telles sont les histoires que les Acadiens aiment à raconter le soir au coin du feu. Elles forment un réper— toire assez riche de folklore ou de contes populaires. Elles révèlent chez ce peuple beaucoup d'imagination et favorisent le développement de cette faculté chez les enfants, leur donnant en même temps une peur salutaire du démon et de ses oeuvres, et leur gravant dans l'âme une certaine crainte du surnaturel et du monde mystérieux des esprits. -