Ce n'était guère difficile alors de croire aux mystères chrétiens; les seuls que nous connaissions d'ailleurs. La nature elle—même se sentait obligée de s'associer ä notre extrême détresse comment aurions—nous pu expliquer autrement toutes ces pluies, ces nuages sombres derrière lesquels se dissimulait en signe de deuil le soleil... seurce de toute notre joie, notre lumière et notre chaleur? A tout cela s'ajoutaient ces oraisons supplémentaires que nous annexions à notre prière du soir déjà interminable. Le mont du Calvaire était aussi réel que ces nuages lourds et sombres Suspendus au—dessus de notre grange et de nos écuries. Le Christ mort, ayant versé son sang pour nous, était aussi vivant dans nos esprits que ce crucifix en plâtre aux couleurs criardes cloué au beau milieu du mur de la cuisine juste au—dessus de la table â manger. Les géraniums de maman “qui ne fleurissaient jamais en hiver s'enfonçaient dans un engourdissement encore plus profond. C'était très noble de leur part, pensait ma mère. Les fleurs, elles, savaient vivre au moins. Elles ne ressemblaient en rien ä ces détestables corbeaux sans foi ni reconnaissance. Le dimanche aprësnmidi nous reprenions péniblement le chemin de l'église pour le Chemin de la croix de trois heures. Peur nous, les jeunes, c'était un exercice particulièrement ennuyeux. Il n'y avait ni cierge ni musique et le STABAT MATER se chantait a capeZZa. Le prêtre vêtu de noir et entouré d'une douzaine d'enfants de choeur chaussés de leurs caoutchoucs crottés refaisait respectueusement la VIA DOLOROSA d'un pas lent et grave. Il fixait les yeux sur chacune des quatorze stations en plâtre de moulage et d'une voix solonnelle et prophétique annonçait les stations les unes après les autres. (Ces stations étaient pour moi ce qu'il y avait de plus beau au monde à cette époque.) De notre place, nous le suivions du regard mmslwæu,nmw;æmmuülmnu. jusqu'à la toute dernière station ayant ainsi parcourru, degré par degré un cercle complet, avant d'arriver enfin à La Mise au Tombeau.