16 N‘étant âgee que de dix ans quand i1 a fallu m'expa— trier, mes souvenances sont limitées, mais je compléterai ce stage de mon existence heureuse en payant tribut à la mémoire de mes admirables parents. Je ne saurais guère en faire assez d'éloges, mais vous parler de leur foi, et? de leur piñtô chrñtienne est sûrement le Couronnement de leur belle existence. Quand, nar exemple, approchait le temps de 1a Semaine Sainte, et que papa, membre de la chorale, ne pouvait se rendre auxrñpêtitions, vue la distance, il invitait ses voisins, également de la chorale, â exercer chants et psaumes qu'on devait exocuter pendant les cérémonies du triduum pascal. Après la prière du soir, les plus jeunes devaient se retirer pour faire place à ces messieurs, et surtout ä cause du silence respectueux qui devait accompa— gner ces pieux exercices. L'on commençait par quelques exercices de solfège, puis suivaient les Lamentations et les autres chants liturgiques. Mais quand, au Vendredi Saint, l'on pouvait contem— pler ces braves paysans en soutanes et surplis, ranges dans le sanctuaire, lire, en parties, la Passion du Seigneur, ces admirables pêcheurs et cultivateurs riva— lisaient en ferveur les moines des cloîtres de jadis. Comme chaque dimanche, les Vêpres se chantaient dans l'aprèsumidi, papa avait l'habitude, en ôté, de retourner, malgrô la distance, pour prendre part à la liturgie vespôrale. C'est alors que l'on se servait du "bquie" et de la petite jument brune. Papa et Maman prenaient avec eux celui des jeunes qui avait ôte le plus sage pendant la semaine. Enfin! une fois arriva mon tour! C'est vous dire que j'ôtais loin d'être un petit ange. Notre banc de famille étant alors au jube, et de là, l'on pouvait apercevoir les membres du choeur de chant. J'avais alors neuf ans, et le chant et la musique me charmaient. Vers la fin des Vêpres, une voix entonna le Magnificat, et cette voix, je la reconnus, Maman se pencha vers moi et me murmura: "C'est ton père qui chante." Alors, ce fut pour sa fillette un moment ravissant, même si elle n'y comprenait rien! Quand, le matin, maman, très occupée, ne pouvait voir à la prière de chacun des plus jeunes, les quatre coins de la cuisine devenaient leurs prie—Dieu, et les plus âges devenaient moniteurs: D'abord, le signe de la croix bien trace, le Bonjour mon bon ange, suivi du Notre Père et du Je vous salue Marie étaient de rigueur. Le bonjour aux parents ôtait suivi du dêjeûner, frugal mais substan— tiel. C'etait ensuite la préparation pour l'école en compagnie de nos petits voisins de la famille Cormier.