a dt OU RE Rae es - er AS ti À SUD Æ& UNE PISTRE Par ANNE # $ Pour Rendre notre service de Nouvelles plus Ellicace, Nous voulons, dans chaque Paroisseesd CORRESPONDANTS SPECAUX. A titre d'essai, nous enverrons l'IMPARTIAL pendant 6 MOIST POUR LA SOMME DE 150 CTS LARG SSP SEE EE SAS LE CASTEL DE e MONTBARD RER RITERIRI RIRES RIERIRSRS ‘ Il y avait une fois.... — Oh! bonne maman, dit en riant Claire de Séjean à son aieule. c'est, | receurs à donc un conte de fèes que nous al- lons entendre? —Ecoute, ma chère enfant, et tu prononceras aprés, — J'aime tant les contes! veus le savez.” Et la jeune fille raprocha sa chaise du fauteuil de sa grand’mère, arran- gea soigneusement le coussin sur lequel ses pieds étaient posés, mit nu abat-jour sur la lampe, afin qu’ une lumière trop vive ne blessât point la vue affaiblie de la bonne aïeule ; puis, le corps penché en avant, les yeux fixés sur ceux de la narratrice, dénotant enfin par toute son attitude sa vive curiosité, elle attendit l'histoire promise. I ‘Il y azait une fois, répéta Mme de Sèjean, daus la partie la plus pittoresque de 1, Auvergne,un vienx château tout démantelé, et dont, la masse encore imposante ne présen- tait guère que l'aspect d'une ruine. V'u de loin, et avec son encadrement de feuillage l'antique castel ajoutait une nouvellc beauté à celle du pay- sage, et pouvait exiter à bon droit l'admiration du voyageur; mais après lui avoir payé ce juste tribut c2 qni lui restait de mieux à faire était de poursuire sa route en al- lant chercher plus loin un meilleur gite, fût-ce même dans la simple maisonnette d'un paysan, Le vent et la pluie avaient suse ménager de saombreuses issues dans l:5 chambres dn pauvre manoir, chassant devant eux son triste propriétaire, qui bientôt ne devait plus savoir où se réfugier avec sa famille ; aussi ces continuels empié- tements le réduisaient-ils parfois au désespoir. En vérité, mieux eût valu une simple chaumière bien close que ce château délabré; mais tel m'était pas l'avis du chevalier de Montbard il aimait certe ruine, dernier vestige d’une antique splendeur, et il eût préféré mourir plutôt que de l’a- bandonner complétement aux rava- ges du temps, ce terrible ennemi qui ne respecte que les oeuvres du divin Créateur; la nature seule est toujours jeune, toujours belle Le vienx seigneur espérait en des jours meilleurs, et cette robuste es- pérance avait résisté à quarante années de déception. C'était par uue belle journée de la fin de l’autome: le soleil brillait encore avec éclat au travers des arbres qui commençaient à se dé- pouiller, L'un de ses rayons venait égayer un peu la vaste pièce dans laquelle le chevalier et ses trois filles étaient rènnis, quoiqu'il éclai- rÂt, héla! bien des misères. Une ta- pisserie en lambeaux était mal rete- nue à l’aide de quel que clous; la, boiserie, rongée par les vers, prés | “entait de fréquentes solutions de | | rages, continuité. Pour remplacer les vit- brisés sans doute Par le vent dans un jour de tempête, on a eu du papier huilé, Un tapis dont il ne reste plus guère que la corde, couvre inal le plancher, au- quel l'humidité a fait susir de nom- breuses avaries. Ces deux mots se lisent dans tous les coins de cette triste habitation; incurie et misère. Les trois filles du chevalier, as- sises près de la croisée ouverte, par- laient d'un ton bas, afin de ne pas éveiller leur père, quivenait de s'‘assoupir dans un imwense fau- teuil en cuir de Cordoue et quiétait tout aussi délabré que les autres objets du mobilier. Alexaidra, l'ainée des trois soeurs, avait vingt-deux ans. C'était une grande fille au tient brun, aux traits fortement accentués, et dont l'allure était tant soit peu masculine Elle était vêtue d'une amazo:ne de drap noir qui attestait de nombreux services, Alexandra, tout en cau- sant, caressait un grand Jlévrier couché à ses pieds, et qui paraissait assez disposé à s'enfuir par la croisée ouverte. La cadette, Sylvanie, aurait pu passer pour une gentille per- sonne, si une déraisonnable coquet- terie ne l’eût portée à s’affubler [d'une vieille robe de soie rose aux teintes jeunies, et qui avait dû figurer dans le trousseau de sa grand’'mère. Des bijoux en cuivre doré, en pierres communes, par- aient sou cou et ses oreilles ; aussi les mauvaises langues du pays—il y en à partout—lui avait donné le surnom de la princesse CArysocale. Sylvanie s’occupait alors grave- ment à rassembler les perles d'un vieux bracelet, mais sans pouvoir eu réunir un assez grand nombre pour entourer son bras ; ce dont elle se lam=ntait comme d'un vér- itable malh ur. Il mn me reste plus à mettre en scéne qie 14 troisième fille du chev- alier de Montbard, Marguerite. C'est une e1ifant de seize an; à peine, et la petite personne serait assez aimable si elle ne s’ennuyait toujours. Or l'ennui, —retiens cela, ma chere (Claire, —est l’un des plus terribles ennemis de la grâce et de la beaute. La femme qui s'ennuie est toujours laide, charge à elle-même et aux autres Marguerite n’a aucun des goûts masculins de sa soeur aînée : le soin de sa parure ne l’occupe guère, s'ilen faut juger par sa pauvre petite robe en toile de Perseet qui est déchirée en maints endroits. Elle tient un livre dont elle tourne macninalement les feuillets sans en avoir lu une seule lg .e. Le temps lui père affreuse.n.it ÿ cette journée qui commence à peine Jui paraît déjà décomposée par suite de centinels bâillements. Alexandra propose une promeu- Les ade daus le bois qui est v.:i1 du château. Lplvanie hésite ; elle redoute également l'ardeur du soliel qui flétrit le ticnt,. et l'hum- idité du bois qui pourrait endom- mager son élégante toilette. Cerendant Alexandra, la vail- lante chasseresse, se Le folie de rester ainsi enfermé comme le lapin dans son terrier, et iorsque le soleil brille et quion peut libre- ment parcourir les plaiues et les bois. ’’ Margurite se niet du même parti de son aînée ; elle espèae, en changeant de ylace, que les heures lui paraîtront moins longues et moins insipides. Sylvanie se laisse entraîner, après avoir tenté uu denier et infructucx effort pous attacher son brrcelet. Il insite. le beau lévrier qui bondit de joie, se dirigent vers le bois voisin. Alex- andra, son fusil sous le bras, ou- vre la marche ; elle espère bien ne pas revenir au château sans avoir garni sa gibecière de quelque jièce de zibier qui fera les frais du diner. O bonheur ! Nabir, c'est le nom du lévier, suit une piste ; le cœur de la chasseresse a bondi de plaisir ; un lièvre part à vingt pas à peine de distance : Alexandra l'ajuste, tire... le vieux fusii a raté ! Dans uu accès de violent dépit, Alexan- dra jette à terre cette arme inutile et qui a tromné son espoir. Voilà la centième fois au moins que pareil- le chese lui arrive, c’est à se déses- pérer ! Cependant Sylvanieet Mar- guerite ne prennent au:une part à son chagrin ; Sylvanie est bien trop que la rosée a mouillée, et Margue- rite comme.ice à se plaindre de Ja fatigue qn’elle éprouve. Alexan- dra ramasse son arme en soupirant, appelle Nabir qui paraît la bouder, et les trois sœurs avarcent encore un peu dans le bois ; sais bientôt Marguerite diclare ne pas vouloir aller plus loin. Une sorte de banc naturel, couvert d’une épaisse cou- che de mousse, reçnit les jeunes de- moiselles ; car l’aînée, tout en se plaignant ‘de la paresse de ses sœurs, ue voudrait pas les abandonner. Cette petite halte duraïit depuis un quart (l’heure à peine, lorsqu’au dé- tour d’une allée parut tout à coup aux regards étonnés des jeunes filles uue grande et belle personne dont il eût été difficile de préciser l’âge ; mais la taille, la figure, l'ajuste- ment, tout chez elle s’harmoniait d’une mauière parfaite. Les demoiselles de Montbard, qui maussade, à | ‘|s'avançait vers elles d'ut n'avaient jatmais étrangère qui air de lieues à la ronde, entrevu l'élégante bienveillante politesse, L'étonnement,/nou moins que l'admiration, les rend d’abord muet- tes, et elles répondent a7ec une cer- t seuususus atout. L: l'incon nue, qui leur dit avec gaieté : ‘“Ou'étrangère dans le pays, elle a commis l’imprudence de s’aventu- rer seule dans ce bois, dont il lui est impossible de découvrir l'issue. Ce | serait l'okliger infiniment que de lui ! dire si elleest fort éloignée de la! tour de Sorlieu qu'elle habite yu0- PR ME HDONÉE EE ST TE n. Les treis jeunes filles, suivies par | occupée d'essuyer l: bas de sa robe! . LS “ A connaissaient leurs Voisins à trois mentanement, et de lui indiquer en même temps la route à suivre pour s'y rendre.’? Ces paroles augmentent encore la surprise des jeunes filles. Le château de Montbard, délabré qu’il est, peut passer justement pour un lieu de délices si on le compare à la tour de Serlieu quien a dépendu au- trefois. Comment supposer qu’une dame si belle, si élégante et proba- blement tout aussi riche, puisse se conteuter d’une paraille résidenc= ? L'étonnement des jeunes filles s’en augmente encore. Cependant Mar- guerite, à qui la demande semble plus particulièrement adressée, ré- | pond que la route qui conduit à la vieille tour présente de nombreuses sinuosités au milieu desquelles une étrangère aurait peine à se reconnaî- tre. L'inconnue paraît inquiète, 'tourmentée ; elle déplore awère- mert son imprudence. Les trois soeurs, après s'être consultées du régard, finissent par se proposer pour guides : et cette proposition, à laquelle la curiosité avait au moivs une aussi large part que j'obligean- ce, fut acceptée avec une vive re- connaissance. Onse mit immédia- tement en route. Les demoiselles de Montbard tar- dèrent peu à remarquer qne, mal- gré sa feinte ignorance, l'étrangère ontitapnls connaître parfaitement l'espèce de labyrinthe que formait cette partie du bois. Elle glissait légèrement entre les arbres, laissant à peive sur la terre bumide l'empreinte de ses pas, et il arriva plus d'une fois qu'oubliant sou rôle, ce fut elle qui dirigea la marche au lieu de se laisser diriger. I! semblait à nos jeunes filles que les regards de la mystérieuse étran- gère, en s’attachant sur elles, é- taient tour à tour affectueux ou moqueurs ; et Marguerite surtout, la plus timide, avait peine À dissi muler son péntble embarras. III On atteignit enfin la tour de Sor- lieu. La dame insista alors d’une manière si gracieuse pour que ses aimables guides voulussent s’y re- reposer un peu, qu'il fallut bien cé- der à cette invitation. L'extérieur du monument ne pré- sentait aucun changement: c’é- taient toujours les mêmes murailles lézardées et noircies par le temps, et sur lesquelles s'étemdiaient com- plaisamment la ronce et la pariétai re. D’étroites croisées, ressem- blant assez à des meurtrières, com- plétaient le triste aspect de ce sé- | jour. Maïs à peine la porte massive eut elle roulé sur ses gonds que la scène changea si miraculeusement qu’on aurait pu se croire sous l’empire de quelque rêve fantastique. Une richesse, un luxe inoui pour les pauvres filles vint frapper leurs regards et leur inspirer à la fois une sorte de crainte et d'admiration su- perstitieuses, Des tapis moelleux, de riches tentures, d’epais rideaux a soie avaient prouduit cette mé- tamorphose qui semblait tenir du \prodige. Ces lieux, autrefois si tristes, si dégradés, étaient alors méconnaissables : les filles du che- _valier de Monthard se demandaient PES | toute espèce, de liqueurs rafraïchis- si c'était bien l'antique tour de £or- lieu qu'elles voyaient, ou si elles n'avaient pas plutôt voyagé dans le pays des chimères. La mystérieuse maîtresse de cet élégant séjour en faisait les hon- neurs avec nue grâce parfaite, pa- raissant ne remarquer ni la naïve admiration ni l’involontaire effroi qui se peignaient tour à tour sur la physionomie de ses jeunes visitense. Enfin Alexandra, la plus hardie des trois soeurs, se hasarda à faire quelques questions que leur char- mante hôtesse éluda avec autant de tact et de bonve humeur que u'a- dresse, Puis elle dit que l’air vif des bois avait singulièrement excité sen appétit, et qu’elle espérait que ses aimables guides ne refuseraient pas d’accepter une légère collation. Sans attendre de réponse, elle posa sa main sur un timbre qui rendit un sou vif et éclatant, et un nègre accourut aussitôt à cet appel. Sa‘ peau d’un noir d’ébène, l’éclat ex- traordinaire de ses grands yeux, la vivacité de ses mouvements, l’é- trangeté de son costume, tout cela accrut sensiblement l'émotion des demoiselles de Montbard. Elles croyaient toujours être sous l’em- pire de visions fantastiques que la réalité ferait bientôt évanouir. En un clin d'oeil, la table fut couverte de fruits, de pâtisseries de santes Ce repas improvisé avait de quoi satisfaire le goût le plus délicat, et cependant nos jeunes fil- les hésitaient à y prendre part. El- les s’interrogeaient l’une l’autre du regard, incertaines, agitées, sans courage pour demeurer, sans force pour partir. Lorsque Sylvanie, vivement pres- sée par leur charmante hôtesse, se décida à porter à la bouche une ma- guifique pêche, elle s'attendait pres- que à ne trouver quede ia cendre sous cette séduisante enveloppe ; mais non, vraiment, le fruit était exquis. Aussi, euhardies par cet exemple, ses deux soeurs ne se firent plus prier pour goûter à leur tour des différentes espèces de friandises qui leur étaient offertes, st insensi- blement le calme se fit dans leur es- prit. Tant que dura cette excellente collation à laquelle les filles du che- valier de Montbard firent honneur, l’'étrangère les interrogea sur leurs goûts, leurs habitudes, leurs occu- pations dans le manoir paternel. Elle mettait autant d'adresse dans ces questions que lorsqu'il s'était agi d’éluder celles qu’Alexandra lui avait faites quelques instants auparavant. Ileût été impossible de lui adresser le reproche d’'indis- crétion ou de curiosité, et elle put lire dans l'âme de ces jeunes filles qui livrèrent les secrets de leur tris- te existence à celle qui avait si bien su garder lessiens. Alexandra fut la première à s’apercevoir de ce marché inégal, et elle en fit la re- marque avec un peu d’aigreur. ‘Vous ne m'avez rien appris que je ne susie déjà, repartit la dame en riant ; j'ai pour lire dans les cours un merveilleux pouvoir, mais dont je ne fais jamais un mau- vais usage : Il ne tiendrait qu’à moi de vous dire bien des choses que vous croyez cachées ou oubliées, mais je préfère attendre que nous nous connaissions mieux. —Vous avez peut-être déjà ha- bite ce pays ? hasarda timidement Marguerite. —Ce que je puis affirmer du moins, c'est que je désire y mou- rir.” 1Y Le soleil commençait à baisser à l'horizon, il était temps de songer au départ; Alexaudra en denna le signal en se levant. Leur aimable hôtesse volut que les trois soeurs emportassent chacune un souveuir de leur visite à la teur de Sorlieu, Elle disparut un instant, et à son retour elle était suivie de son ser- viteur noir qui portait un charmant fusil de chasse, Ce préseut était des- tiné à Alexandra, qui le reçut avec uue joie manifeste. On eîñt dit que l'étrangère avait été témoin, quel- ques heures auparavant, de sa rriste dèconveuue. tant le choix du ca- deau était heureux, Sylvanie eut en partage un magnifique collier d'éméraudes, qu’elle comtempla une minute dans une muette extase et dont elle eût voulu pouvoir se parer sans retird. Et Maruerite? Pauvre Merguerite!.,., La dame lui offrit, avec son plus aimable, son plus séduisant sourire, une pe- lote de fil! Ouijvraiment, un pauvre petit peloton sur lequel des fils de couleurs et de grosseurs différentes étaient artistement rangés. C'était à n'en pas croire ses yeux, c'était à en mourir de honte; car la jeune fille’eu jettant un coup d'oeil sur sa pauvre robe délabrée, ne ponvait nier la justesse du cadeau ou plu- tôt de la leçon. Aussi Ja rougeur lui monta au front, et ses yeux se les sécha aussitôt, et ce fut sans efforts trop apparents qu'elle unit ses remerciements À ceux de ses soeurs. Les adieux fnrent des plus affec- tueux; la dame parut même nn peu émue, lorsqu’an moment de la sé- paration ses regards se croisèrent avec ceux de ja plus jeune des filles du chevalier de Montbard, et qu’ elle crut lire dans ses yeux un mé- lange de honte et de ressentiment de ce revoir. Il y avait dans les divers incidents de cette jourmée de quoi fournir amplement à l'entretien des trois soeurs, pendant qu'elles suivaient d’un pas rapide la route qui les ramenait au manoir paternel. Tout leur parais*ait étrange, suruaturel dans cette rencontre; le souvenir on doublait encore le prestige, et l'imagination des jeunes filles vo- guait à pleines veiles dans le pays des chimères. —C'est une véritable enchante- resse, disait Alexandra en maniant son Charmant fusil, a? — C'est une fée riche et bienfai- saute, repartit Syvanie; j'en rêverai toute la nuit.’’ Marguerite gardait le silence ‘" Pauvre Marguerite! ajouta Alexdndra du ton d’une pitié un peu dédaigneuse, tu as été le plus mal partagée. À quoi denc ne ente donnant ce LE _+-Qui sait, répondit Mergueritg remplirent de larmes: mais le dépit