# $ sn — À L'IMPARTIAL, JEUDI LE 26 FEVRIER 1903 Le Cri du Sang (suite de la 1re page) sant un gémissement douloureux. ‘J'ai les membres brisés, mur- mura-t-il. —Oui, oui, vons avez été rude- ment secoué, je crois, reprit le ma- rin ; tenez, je pourrais vous dire maintenant tout ce qui vous est ar- rivé, comme si je l'avais vu de mes yeux. Hier au soir, vous vous êtes attardé à l'affût des flamants, | n'est-ce pas ? et, quand vous avez voulu retourner à Balaruc, l'orage était déjà commencé...”’ Adrien fit un mouvement affr- matif. ‘Aussi, continua Poncet, votre barque a chaviré ; mais, comme vous êtes bon nageur, vous êtes re- venu au Roquairol, et vous avez été lancé plusieurs fois contre le roc avant de pouvoir aborder. — Pendant près d’une demi-heu- re, j'ai lutté contre les barres et le ressac, répliqua Adrien en frétuis- sant à ce souvenir ; c’est un mira- cle de Dieu que j'aie puenfin pren- dre pied et me trainer jusqu'ici, où j'ai perdu connaissance. —Et vous êtes resté toute Ja nuit en cet état ; la chose est claire cotnme le jour maintenant... Ah ! monsieur Adrien, voilà une partie de plaisir qui vous coûte cher !"’ Amélie intervint avec embarras. ‘Patron, dit-elle, il peut être imprudent d’exciter M. Adrien à parler. D'ailleurs, il a besoin de secours ; ne seriez-vous pas d'avis de le transporter dans la barque et de le conduire le plus promptement possible à Balaruc ? —Un moment donc, ma petite dame ; laissez-le respirer un peu, ce pauvre monsieur. Plus nous attendrons, mieux ça vaudra ; les lames s’abaissent de minute en minute, et, d’ici à une heure, l’é- Be- assez tang sera comme de l'huile. gasse ! notre garçon a bu d’eau salée pour longtemps, je pense !”? Cependant, Etienne, voyant que le jeune chasseur avait repris con- E Une circonstance frappa les deux marins ; l'agitation des eaux au- tour du rocher diminuait plus rapi- dement encore qu’ils ne l'avaient pensé ; les flots, qui s'engouffraient tout à l'heure avec tant de force dans la Baignoire de saint Guilhelm, avaient perdu leur violence brutale. Rien ne s'opposait donc à ce qu’on partit sans retard. Les Poncet enlevèrent Adrien avec précaution sur leurs bras et le portèrent dans la barque, dont l’eau avait été soigneusement étanchée, Mais là se présenta une difficulté : le blessé ne pouvait soutenir sa tête, qui retombait à droite et à gauche sur son épaule. Amélie s’offrit, en rougissant, à lui servir d'appui ; elle s’assit à l'arrière du bateau et Adrien posa sa tête sur ses genoux, pendant que Melle de Norville le soutenait de ses deux mains un peu tremblantes, Une seule impulsion suffit pour lancer l’embarcation hors du bassin où elle était entrée avec tant de pé- rils et tant de peines. Les barres et contre-barres, quise formaient encore autour du Roquairol, don- nèrent bien certaines inquiétudes aux bateliers ; mais, après quelques | vait la chaîne des Pyrénées et le perdue. ... Mon Dieu ! j’eusse donc majestueux Canigou, sentinelle a- vancée de cette ligne de géants. été trop heureuse !”’ Tout à coup une de ces nacelles légères, appelés nègue-fols, se dé- tacha du rivage et s’avança rapide- ment au-devant des arrivants. Cet- ts nacelle était montée par la mère Poncet, qui la faisait voltiger com- me une plume à la surface de l’é- tang. En quelques minutes, la vi- goureuse néréide se trouva bord à bord avec son mari et son fils. Elle jeta un regard curieux dans le ba- teau, et reconnut Adrien : ‘‘Ah ! dit-elle avec satisfaction, vous avez rencontré le jeune mon- sieur ? C’est bien, ça ! ïl est un peu avarié, je crois, mais la barque n’a pas eu d'accident... Allons ! les hommes, vous avez gagné votre goutte d’eau-de-vie !... Quant à vous, ma petite, ajouta-t-elle en s’a- dressant à Mile, de Norville, trou- vez-vous bien nécessaire que ces grands flandrins de la maison des bains vous voient débarquer avec les garçons ? Passez bien vite avec moi ; j'irai vous mettre à terre là- bas, derrière les arbres, pendant qu’on sera occupé de M. Adrien, Let, comime ça, les méchantes lan- gues auront un pied de nez. Amélie s’empressa de déférer à cette invitation, après qu’'Etienne se fût chargé de soutenir le mal- coups de rames, leurs craintes se brisants. On vogua alors paisiblement vers le rivage. Adrien était dans une immobilité complète ; à sa pâleur, on l'eût cru encore évanoui, si son regard brillant n’eût exprimé qu'il avait conscience d’une situation si délicieuse pour lui, si délicate pour sa compagne. Amélie, embarras- sée par la fixité de ce regard, dé- tournzit souvent la tête ; mais les soins continuels qu'exigeait le mal- heureux jeune homme, incapable des’aider lui-même, l'obligeaient bientôt à ramener les yeux vers lui, parfois même à le serrer doucement entre ses bras. Alors, les traits d'Adrien réflétaient une béatitude cél.ste, tandis qu‘'Amélie, émue et palpitante, se reprochaït ses caresses involontaires. naissance, était venu lui serrer la main . ‘‘Je suis content, bien content de voir encore en vie, monsieur Adrien, dit-il avec sa simplicité naïve et cordiale ;: vous avez été joliment maltraité, à ce qu’il paraît ; eh bien ! voyez, je voudrais, au prix| des mêmes dangers, que ma pauvre | Simone eût fait pour moi ce que cette brave demoiselle a fait pour | vous ! —N'exagérez pas la part que j'ai pu prendre à cet heureux résultat, dit Melle de Norville avec confu- sion ; sans vous et votre père, dont la constance et l’intrépidité ont surmonté les obstacles, à quoi eñût servi mon impuissante boune vo- lonté ? —-Je vois, mant un peu, que j'ai contracté au- jourd'hui de nombreuses obliga- tions....J'essayerai de m’acquitier envers ces bonnes gens ; mais vous, mademoiseile, poursuivit-il plus bas, comment vous prouver ma re- connaissance, sinon en vous CONSa- crant tout entière la vie que vous m'avez conservée ?’’ Il voulut ajouter quelques paro- les, mais il fut pris d’une nouvelle faiblesse, et la voix lui manqua. Amélie s'empressa de lui faire res- pirer des sels, tandis que le patron recommençait ses frictions. Adrien se remit dit Adrien en s’ani- bientôt et tenta encore de parler ; mais on nele lui permit pas et on se prépara à se rembar- quer. Cependant, le grand jour était venu ; le soleil, dégagé des nuées brillantes qui l'avaient enveloppé à son lever, inondaïit l'horizon de lu- mière. Les legères vapeurs du cré- puscule s'étaient dissipées ; l’air a- vait cette transparence qu’un vio- lent orage laisse après lui. Du haut du Roquairol, on pouvait distinguer maintenant les rives du lac, avec leurs villages pittoresques, leurs plantations d’'oliviers, leurs vignes luxuriantes, puis leurs gariques stériles et leurs marécages ondu- leux. D'’unautre côté s’étendaient les grèves blanches et les eaux azu- rées de la mer. A l'ouest, dans un immense éloignemeut, on aperce- | ce monde ? tances, elle eût prié les bateliers de débarquer ailleurs ; mais l’état alar- mant d’Adrien ne permettait pas de prolonger le voyage ; d’ailleurs, un mouveinent ment eût certainement excité des soupçons. En dépit de ces sensations inno- centes et nouvelles, la jeune fille ne songeait pas sans effroi au danger de rentrer ainsi à Balaruc. Que penserait-on d'elle en la voyant re- venir sous ce déguisement ? Que dirait sa mère, si rigide, si jalouse de son autorité ? La réputation d'Amélie serait compromise si l’on avait connaissance de cette excur- sion nocturne à la rechercne d’un jeune homme ; et la conscience de Melle de Norville lui disait que ce blâme ne serait pas tout à fait im- mérité. 5es devenaient plus vives à mesure qu'on approchait du terme du voyage. Sur la rive, de- vantla maison de Poncet, un cer- tain nombre de personnes allaient et venaient, en se tournant fré- quemiment vers l'étang. Sans doute on avait aperçu de loin les arrivants et on attendait avec an- xiété le résultat de leurs recher- ches. La fenêtre de la chambre de Mme de Norville était ouverte, malgré l'heure matinale, et Amélie croyait voir sa armée de la longue-vue, l’examiner avec atten- tion. Elle frémissait ; toute palpi- tante, elle s’enveloppait dans son manteau, et tirait son bonnet de marin sur son visage ; il lui se:n- blait que, de cette distance, on y lisait déjà sa honte et sa confu- sion. Bientôt elle put s'assurer com- bien ses craintes étaient fondées ;: elle reconnut, parmi les personnes réunies sur la rive, Malevieux, le docteur et d’autres habitués de l'é- Une forme blanche et svelte se dessinait aussi de plus en plus distinctement dans l'encadrement de la fenêtre. Com- ment Amélie pourrait-elle conser- ver son incognito au milieu de tout En d'autres circons- angoisses mère, tablissement thermal. de retraite en ce mo- * y | heureux blessé, auquel ce change- dissipèrent, et l'on sortit enfin des | ment arracha un petit gémissement ide regret, Elle sauta dans le inègue-fol, si heureuse de ce secours inattendu, qu'elle eût volontiers |embrassé la sordide et acariâtre vieille qui le lui apportait. Alors, la barque continua d'avancer, tan- dis que le batelet restait en ar- rière. ‘A la bonne heure, dit Margue- rite Poncet, de cette manière ils (n'y verront que du feu....Vrai- ment, ma fille, il eût été dommage qu’on fît des caquets sur votre compte, car vous êtes gentille à cro- | quer, et vous n'êtes pas trop regar- |dante....mais j y ai mis bon ordre. [Ce matin, la Thèrèse, cette ser- | vante qui vous a prêté le manteau et le bonnet de son amoureux et vous a ouvert la porte pour sortir, la nuit, pendant qu’on vous croyait endormie dans votre chambre, est venue me trouver ; elle m'a dit combien elle était inquiète de ne vous avoir pas encore vue rentrer. Prévoyant ce qui arrive, elle a eu l’idée d'apporter chez nous un de vos châles et votre chapeau de paille. Vous vous glisserez dans la maison par la porte de derrière : puis vous sortirez habillée en dame, comme si vous étiez venue demander des nouvelles, tout en faisant votre promenade du ma- tin.”” Ce plan était fort bien imaginé ; la jeune fille battait des mains. ‘Merci, merci, ma bonne mère Poncet, s’écria-t-elle, je vous de- vrai plus que la vie !”? Cependant, le bateau venait d’a- border en face de la maison des bains, et les personnes qui se trou- vaient sur la grève étaient accou- rues pour assister au débarque- ment. Malevieux, frisé, rasé de frais, en habit noir et en cravate blanche, selon son habitude, s’a- vança vers les bateliers d’un air dégagé : “Eh bien, mes amis, dit-il avec son sourire forcé, vous nous rame- nez donc notre don Quichotte des chasseurs, motre beau coureur d’a- ventures aquatiques, un peu imou- lu, désenchanté et passablement dégoûté des exploits d'Actéon et de Phoebus !....Et mais, ajouta- t-il aussitôt avec plus d’étonne- ment que d’effroi, en voyant son neveu privé de sentiment, le pauvre garçon aurait-il vraiment payé de la vie sa folle témérité ? — N'y comptez pas, mon vieux monsieur, répondit le patron d’un ton narquois ; faut vous dire : ‘‘il a la peau dure quoiqu'elle soit un peu déchirée.”” Maiïisil ne s’agit pas de lanterner ; voici M. Moirot, qui va lui boucher ses voies d’eau d’eau et le visiter de pied ‘en cap, afin de le calfater à fond.,Aïllons, Étiemne !’’ (à suivre) Abonnez-vous a l’'Impartial. tit ‘Allons, murmura-t-elle, je _ LE CATARRHE PENDANT TRENTE ANS Remarquable Expérience d’un Homme d'Etat Proéminent. — },2 Membre du Congrès Meclison en dosse Hautement la Peruna. L'hon. David Meckison est bien connu non seulement dans son État, mais dans toute l'Amérique, Il fut élu au Cinquante- cinquième Congrès à une très grande majo- rité, etilest le chef reconnu deson parti Cans la section de son Etat, où il vit. Un seul nuage obscurcissait la carrière autrement briilante de cet homme d'état. Le catarrhe avec ses pièges insidieux et £a grippe tenace, était son seul ennemi indomp- té. Pendant trente ans il lui fit une guerre sans succès. Enfin la Peruna vint à sa res- cousse. Il écrit : #4 J'ai pris piusteurs houtellles de Perte naet-lies ont grandement souiagé mon catarrhe du cerveau. Je suis encourzdé nr à croire que si j'en prends un peu plue | longtemps, cetie médecine déracinera | complètement une maladle invétérée de trente années.”’—David Meekhison, Mem- bre du Congrès. Si vous ne dérivez pas de résultats prompts et satisfaisants de l'emploi de la Peruna, écrivez de suite au Dr Hartman, lui détail- lant votre condition, et il se fera un plaisir de vous donner gratuitement le bénéfice de ses conseils, Adresez vos lettres : Dr. Hartman, Pre. tident of the Hartman Sanitarium, Colum- bus, O0, Revue Canadienne POUR LE MOIS DE FEVRIER SOMMAIRE Marc Lebrun Pierre-Joseph Coo- mans ; T.-A. Bernier Des avantages que la Religion Catholique procure aux individus et aux peuples. —I : J. Vincent Nos intimes ; Pascal Poirier Jean Cabot—II : L'abbé Elie-J. Auclair, ptre Questions d’ac- tualité au point de vue moral ;: Ed- mond-J.-P. Buron Châteaubriand en Amérique—II ; Paul et Victor Margueritte Dans les Alpes (2e partie) ; Thomas Chapais A tra- vers les faits et les oeuvres ; A. IL. Notes bibliographiques : J. Coo- mans Poésie ; Nap. Savard L'é- cureuil apprivoisé. BURDOCK BLOOD BITIERS MAKES PERMANENT CURES Ofsuch severe diseases as scrofula, running sores, salt rheum or ec- zema, shingles, erysipelas and can- cer, as well as boils, blotches, pim- ples, constipation, sick headache, dyspepsia, and all disorders of te stomach, liver, kidneys, bowels and blood. Burdock Blood Bitters always does its work thoroughly and com- pletely, so people know that when B.B.B. cures them they’re cured to stay cured. SPECIALEMENT RECOMMANDEE 3 LES Vins de Messe FABRIQUES PAR LA MAISON A. 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