29 Après avoir laissé tout 1e temps voulu pour être hors de nous—même d'impatience, Papa ouvrit avec beaucoup de précaution la porte du salon... Une fée, sans doute, avait transformé la chèvre en un magnifique arbre de Noël, sous laquei reposaient une avaïanche de cadeaux riante. Au nombre que nous êtionsî... Si les années passées, i1 n’avait ou rempîir nos baa à souhait, la joie de nous voir satisfaits, cette fois, 1e remplissait de bonheur. Grâce à nos grondo enfants, il savourait une fête de Noël â la mode. Un arbre de Noël géant et si bien garniî... Il en avait bien coupé des sapina sur ses terres. Mais celui—ci avait dû prOVOquet une émotion pas ordinaire. Et désormais, Papa connaîtra des Noëls plus joyeuxî Ici, j'ouvre une parenthèse pour reiater un fait qu'une de mes soeurs m‘a raconté. Longtemps après son mariage, un soir, Papa s’en vint veiller chezaelie, pour lui payer "ses dettes". Ellenmême ne s'en souvenait plus. Il y avait eu tant de joie ä donner.... Papa craignant un refus, avait commandé une série d‘articles ménagers pour lui témoigner sa reconnaissance et la fidélité de sa parole donnée: "Je te le remettrai plus tard, quand je le pourrai", avait«il dit. Le fait, comme les émotions, restaient frais dans sa mémoire. Trésor caché Les conditions de vie austère n‘avaient pas endurci le coeur de mon père. Au contraire, les sacrifices consentis de bon coeur n'en avaient que fortifié sa tendresse paterneîle, véritable "trésor caché" dans les profondeurs de son âme, mais qui, à l?occnsi0n, êtîatait au grand jour. En voici deux exemples: Lors de mes études au Collège de Lachine, je n'allais pas chezenous pour les deux premiera Noëls‘ La dernière année, ayant averti mes parents que j'irais visiter mes soeurs des Étatswünis, j'arrivai à l'improviste ä la messe paroissiale, le dimanche précédant Noël. Au sortir de la messe, Papa me salua sur le perron de l'église d'un de ces gestes qu'il esquisaait dans les grandes tirconntances, et avec un teî accent dans ses paroles qu'elles m’aîîërent droit au coeur. "T‘ao donc bien fait de t'en venirî" Rien d’autre: Son80urire disait tout le reste.... Pas de: "Comment? tu n'es pas allée aux Etats". Rien. Availt— il 1e pressentiment d'un adieu prochain?... Je ne lui avais jamais soufflé mot de mon intention d’entrer au Couvont. Mais, ä l'accent mystérieux et â la fois si convaincu,de ses paroles, moi, j'eus le presgentîment de mon entrée prochaine... (Ce qui se vêrifia six mois plus tard, malgré mes prévisions.) ' J'hésite ä dire si le bonheur que je goütais d'être chezwnous était plus grand que la joie profonde que je devinaie au coeur de Papa, de revoir l‘une de ses "petitesfilles" si éloignées. La tendresse du "grand«përe“ exerçait auæsi son pouvoir sur le coeur de mon père. A la grande surprise de tous, Papa n'a«t«il pas rompu avec