ll Pêcheur Dans la vie d'un cultivateur, il y a des ralentis d'activités après les grandescorvëes. Ce qui permet à plus d’un qui a bonne santé de mener de front deux métiers. Ainsi, mon père est—il devenu pêcheur, et bon pêcheur s'il en fut un! Un vieux marinî qui gardera une profonde nostalgie de la mer quand l'âge ou l'usure ne lui permettront plus de s'aventurer au large. Ici se révèlent deux des traits caractéristiques de la personnalité de mon père: sa ténacité acadienne et sa hardiesse! Aujourd'hui, il ne nous viendrait pas à la pensée qu'un homme qui ne sait pas nager, qui est seul dans sa barque, qui n'a pas de moteur pour "haler" ses filets ou ses attrapes à homarde, qu'un tel homme ose s'aventurer en haute mer! Et pourtant, Papaquiêtait prudent, on sait comment, fut, durant douze ans! cet individu courageux et audacieux aundelà de toute croyance! Solitaire dans sa barque, durant douze ans! dans sa vieille barque noire, moins sûre et moins jolie que le beau bateau blanc qui sortira de sa forge, un jour. Qu'il a dû en avoir des idées de toutes les couleurs, le pauvreï... Tout seul, beau temps, mauvais tempsl... Aussi, quand il se bâtira un bateau, il le voudra tout blanc: cela se comprend. Il était seul dans eon bateau parce que l'argent était trop rare pour permettre un employé à gages; tout juste arrivait—on ä boucler le budget familial. Les nombreux enfants êpuisaient vite les maigres revenus de la ferme et de la pêche. Les recettes ne couvraient pas toutes les dépenses, malheureueement. De toute évidence, mon père misait sur la bonne Providence. Puisque Dieu a ordonné de gagner son pain â la sueur de son front, refuserait—il de Secourir celui qui s'acquitte si courageusement de son devoir sur mer comme sur terre? Peut—être lui revenaitwil en mémoire ces versets de psaume de son vieux missel jauni, qu'il relisait les dimanches: "Puissant plus que la houle des mers, Puissant läwheut est le Seigneurî Le Seigneur est mon rempart, mon refuge. Heureux l'homme qui se confie en Lui!" En pensant au pêcheur que fut Papa, je pense aussi au "prophète"!... Oui, prophète des saisons et des tempêtes prochaines. Un bon marin qui'il était, mon père avait appris â Observer, La mer, la lune, les oiseaux, et je ne suie quoi encore, lui permettaient de prédire, parfois longtemps ä l'avance, la température ou En n‘ira de saison â venir. Plu* sieurs ne manquaient pas de taquiner le "prophète", ce qui l'accusait beaucoup. Maïs il s’en trouvait aussi qui croyaient dur â ses prophéties. Un beau jour, un petit neveu arrive, en courant, demander très s sérieusement a son oncle: