em LE MARTYRE D'UNE MERE TROIS1EME PARTIE (suite.) V SAN-LORENZO Un aboi, plus fort, plus pro- longé, termina toute irrésolu- tion. Tout à coup Laura fut en- levée dans les bras du colosse. Jules Dréan monta alors sur la crête du muret attirant la jeune fille à lui, la laissa glis- ser dans le parc après lui avoir fait franchir la crête. Mais donc l'effort qu'il ft, il perdit l’équili- bre, chercha vainement à $se raccrocher aux lianes qui cou- ronnaient la couche maîtresse de pisé et finit par rouler lour- dement sur le sol... Laura se trouvait bien à l'intérieur du parc, mais lui, il y était aussi. Lui, se brave d'ordinaire li me put réprimer un frisson cs Se dressant sur ses pieds il essaya de remonter immédia- sement à la même place. La chose était impossible, la crête se trouvait trop élèvée à cet endroit. —Suivez le mur, lui dit de l'autre côté, la voix de Pros- pero, vous trouverez à quelque distance un éboulement qui diminue la hauteur, vous pour. rez passer par là... Courez; courez, je vous suis... Mais dépêchez-vous. Cependant la cessation de toute mouvement, la froideur de la terre, avaient ranimé ]la jeune fille qui n’entendant plus aucun bruit, se miten devoir de se débarrasser des cientures de soie et des foulards qui pa- ralysaient ses mouvements et lui voilaient la vue. Où était-elle 2... Au milieu d’un bois, d’un vaste parc en- touré de murs... Ce parc était cultivé et entretenu, car elle apercevait, au travers d’une feuille épaisse, une allée sablon- neuse. Elle n’était peint à une distance énorme de son point de départ, quelques lienes Ja séparaient seulement des Pam- plemousses, et elle ne ceonnais- sait doint ce parc si spacieux, si bien songé, qui appartenait évidemment à une importante habitat’on. Qu'allait-elle faire ? Demeurer à la même place, at- tendre l’arrivé de son père et d'Henry ?......……. Mais n’avaient- ils point de nouveau perdu sa traco 7... Elle commençait à le craindre, rien ne troublant autour d'elle un silence de mMOrt .......e . Cependant l’immobilité et l'incertude lui devenaient in- supportables..…… A tout prix elle voulait savoir où elle se trouvait. Elle commença donc à s'avancer avec précaution au milieu des branches et atteignit l'allée sablonneuse qu'’eile en- trevoyait à une courte distance. Cette allée, elle la suivit à pas lents, pendant un certain temps ariaé Alors, elle voulut reve- nir sur ses pas, mais elle s'é- gara, ayant atteint un carre- four où plusieurs lignes s’en- trecroisaient. Cette fois, le désespoir s'em- para d’elle ; perdant force et ceurage, elle alla tomber sur un banc de gazon et pleura amèrement. Un bruit lui fit lever la tete. À travers la feuillée elle pou vait distinguer un homme s'a- vançant vers elle, Enfin, il émergea du rideau i de feuillage qui lai dissimu- ait la figure. Cette fois il se présentait de face ! Et alors, des lèvres contrac- tées de Laura s'échappa un cri de terreur !......... Un cri d’an goisse et d'agonie Le visage de l’homme était déveré à demi par un épouyan- tabie cancer. Cet homme, c’e- tait un lépreux!..….. y pianiste ! Oh ! Laura savait maintenant où elle se trouvait, dans quel enfer Prospero l'avait plongée ! ….£lle se trouvait au La- zaret de San-Lorenzo !....…. Cette fois elle était bien perdue !...… perdue à jamais pour Henry’ On pouvait entrer à San- Lorenzo, maison n’en sortait jamais :.....La mort elle- même ne vous délivrait pas! house San-Lorenzo avait son ce- metière. Au cri poussé par Laura, le pianiste avait levé la tête, cher- chant de tous côtés... 1l titu- bait en s'avançait...… 11 était horriblement ivre... . 1l se dirigeait vers le buisson où la Jeune fille avait cherché un re- fuge..……… En écartant les bran- ches il la découvrirait il porte- rait la main sur elle, cette main qui pouvait donner la mort pis cent fois que la mort sa le pian! ! Alors olle fit appel à son coue rage et s’élança à corps perdu dans l'allée. Mais l'homme l'avait aperçuc. Et il poussa un cri de joie !..… —Ah !ah!ah !...... répétait- il, d’uno voix alourdie par l'i- vresse …..... … Ah!ah! ah! yun fem becké (une femme blan- che! } Bon! ça! Et il se mit à sa poursuite. L'horrible ivrogne courait vite; malgré ses embardées causées par le tafia, il gaguait du terrain. Alors inconsciemment elle se mit à appeler de toutes ses for- ces : Henry !......Mon père !...… Pèns!...... . Henry !....… Un aboi aigu répondit à ce cri de détresse... Elle prit la direction de la voix de Spring car s'était bien elle la vaillante Re En même temps, elle aperçut le mur du parc. L'i- yrogne courait toujours, il n'é- tait plus qu’à dix pas d'elle... et la distance se rapprochait encore... Déjà Laura sentait son souffle empesté, déjà elle entendait sa respiration sif- rs —Henry !......… Pos Henry ! sria-t-elle encore deux . . Une détonation!...….. …ÆEt le lépreux étendant les bras, tom- ba lourdement face en terre ! |... Il était temps... Laura é- puisée allait s'abattre sur la poitrine d'Henry..…… —Vite!......….. vite !...… ordon naient MM de Valverde et Fairbank, dont on voyait les têtes anxieuses apparaître sur la crête du mur, vite ! notre dé- tonation va attirer du monde, et nulle puissance humaine ne pourrait veus arracher de San- Lorenzo... Jupiter déliait la longue ceinture de soie qui Ini entou- rait les reins, et enlevait la jeune fille défaillante des bras d’Henry pour lui faire franchir une derniére fois le mur mau- dit qui la séparait de la liberté, c'est-à-dire de la vie... Il nous reste à expliquer comment M. de Valverde et ses compsgnons étaient arrivés juste à point peur sauver la jeune fille. Deçus par les traces laissés à dessein par les fugi- tifs, la petite troupe du comte avait d'abord suivi une fausse piste, quand les signes cessè- rent subitement. En désespoir de cour la chienne fut laissée libre, et a- près quelques hésitations, elle revenait à l'endroit où la mule avait éié amenée à travers le bois jusqu'au mur de San-Loren M. de Valverde ne voulait point croire à tant d’infamie ! alé Le malheureux père, de- sespéré, ne treuvait plus la for- ce d’articuler une parole... 1] n'osait répondre aux ques- tions précipités d'Henry, qui ne pouvait comprenäre le dé- —— L'IMPARTIAL [sespoir du comte. Il voulait franchir le mur, ou mi:ux en- core fi ire le tour, arriver à l’ha- bitation car ce pare, disait:il, devait toucher à une habita- tion, et réclamer Laura les ar- mes à la main. Jup lui-même baissait la tête, le comte avait porté un doigt à ses lèvres, lui faisant signe de loin garder le silence. 1ls se disposaient ce- pendant à françhir le mur, oh ! le brave Jup lui-même, qui fri- sennait au nom seul de San-Lo- renzo, ne reculait point à cet instant. Mais ou chercher ?...… Car le parc du Lazaret était immense. Le comte se posait cette ques- tion lorsque les appels désespé- sés de Laura vinrent frapper leurs oreilles. Henry s'était élancé sur la crête du mur... Et il avait a- battu l'homme au moment où le misérable allait mettre sa hi- deuse main sur la jeune fille La joie pleine ne saurait se dé- crire. Laura ne quittait les bras de son père que pour prendre place entre ceux d'Henry. Et moi—fit le vieux Fair- bank,—en ne m'embrasse pas, moi ?...... J'ai pourtant bien fait courir ma vieille carasse à vo- tre poursuite... Hélas ! cette joie devait être de ceurte durée. An moment cù Henry mettait Laura en sel- le pour reprendre le chemin des Pamplemouses, des coups de feu partirent à courte dis- tance. ' Les bandits S’étaient rejoints et à un signal de Prospero, ils cemmençaient à décharger leurs carahines sur le petit groupe de cavalier. À Ja pre- mière détonation, Henry s’était élancé, faisant un rempart de son corps à sa fiaacée. —Derrière les chevaux — commanda le comte, abritez- vous derrière les chevaux !....…. 1]n'acheva pas, une balle ve- nait de lui traverser la gorge. Chancelant sur sa seile, il tom- ba défaillant dans les bras de Jupiter. Henry s'était avancé, n’écoutait que la rage qui l’a- uimait, le désir de venger l'homme qu'il allait bientôt appeler son pére. Prospero ne se contenait plus de joie... ii voulait jouir de sa victoire... il voulait voir le corps de son ennemi, si bien qu'il se montra sortant à découvert, du taillis. Cette imprudence lui fut fatale. Henry l’ajustait déjà, et lui lo- geait à cent mètres une balle en pleine poitrine. Le bandit tomba en étouffant un blas- phème. 1sidore Farjot se préci- pita à son tour, aidé de Cour- tade, maïs en ayant soin de se mettre à plat ventre pour se tenir à l’abri de la carabine de leur redoutable adversaire. Les deux forçats ne songeaient d’ailleurs nullement à ripor- ter- Prospcro tombé, ils étaient sans chef... Et ma foi, leur animosité Ce combattants ces- sait à l'instant même, Isidore ne s'avançait vers le métis que pour le dépouiller immédiate- ment... 1lavait visé certain ceinture renfèrmant la fortune du mulâtre, en belles piastres reluisantes, en douros étince- lants, et sans scrupule il se l’appropriait, en disant à Cour- tade : —Pour nous deux. Prospero n’était point mort; il se tordait sur le sol; se voy- ant dépouillé par ses alliés, 1l essaya de se défendre et mordit l'une des mains d'’Isidore. —Il est méchant, ce citron- là,—fit Farjot—Faut se faire une raison que diable ! puisque tu vas crever, autant nous les héritiers que d’autres... Tu ne cemprends pas ça ? Le métis cherchait toujours à | ravoir sa Ceinture, il hurlait à | la fois de douleur et de rage. Valentin Courtade, charitable-| ment, lui ferma la bouche d’un coup de crosse. [a suivre] SOIN DU BETAIL EN HIVER Nous trouvons dans l’alma- nach des cercles agricoles pour 1896, une remarque qui mérite d'être reproduite ici : “Un préjugé très fâcheux qui règne dans nos campagnes, c’est de croire que les animaux de la ferme n'ont pas besoin d'être bien nourris en hiver, et qu’une bonne nourriture au printemps peut réparer les per- tes causées par leur jeune d’hi- ver. Ce préjugé est absolument faux, car les privations endu- rées pendant J'hiver, produi- sent chez les animaux un af- faiblissement dont ils ne se re- lèvent jamais, même avec tous les soins qu'on pourra leur don ner plus tard”. Soignons donc nos animaux entretenons-les dans un grand état de propreté, donnons-leur la chaleur, l’air et la lumière dont. ils ont besoin, et utiili- sons pour leur nourriture ‘tou- tes les ressources de la ferme. TIRONS EN PROFIT DE NOT ANI- MAUX EN HIVER Ne nous contentons pas sim- plement d'entretenir la vie chez nos animaux : cela coûte cher et ne rapporte rien ; don- nons-leur un supplément de nourriture suffisant pour les forcer à nous donner tous les produits que nous avons le droit d’en attendre, tels que la viande, la laine, les œufs et le lait. me LAIT D'HIVER La production du lait en hi- ver s'impose absolument à tout cultivateur digne de ce nom. Le lait d'hiver, c’est le résuitat de la multiplication des fourra- ges, des installations d'étables améliorées et des soins cens- tants donnés aux vaches laitiè- res. La production du lait en hiver, c’est l’éxploitation non interrompue de notre industrie laitière, c'est le profit certain, c’est en un mot, le résumé de tous nos progrès. Cultivateurs qui voulez réussir et faire de l'argent, faite produire à vos vaches du lait en hiver —La Sentinelle. HORLOGE MONSTRE Un artisan itaiien vient de fabriquer une horloge dont le mésaliisme est beaucoup plus compliqué que celui de la fa- meusc-horloge 4e Strasbourg. Elle occupe une espace de 200 pieds cubes et pèse 1.500 livres. Elle a 265 rous — quelques-unes aussi gran- des que les roues de voiture qui sont mises en mouvement par un balancier et douze poids. L'un des poids se mon- re tous les 8 jeurs; le deuxiè- me, teus les 6 mois; le troisè- me, une fois par deux ans; le quatrième, tous les 20 ans; le cinquième, une feis par siècle, et le douxième tous les 3000 ans! Le cadran indique les secondes, les minutes, les heures, les jours, les semaines les mo:s, les années et les an- nées bissextiles depuis la. I. À. D., jusqu'à la fin de l’année 10,000 Cet italien a eu une offte de $25,000 pour sa merveille. A VENDRE Une terre de 20 arpents, si- tuée sur ie chemin qui conduit de l’Ascension à l'Etang des Clous, + de mille de l’école, 1 mille de l'église. Cette terre est en bonne condition. 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