—— L'IMPARTIAL, JEUDI LE 13 AOUT, 1903 dt VIVE PIE X, PONTIFE SUPREME ! Au septième tour de scrutin, le card'nal Sarto, patriarche-archevê- que de Venise, à été élu Pape le 4 aoit, à dix heures, et demie du ma- tin, heure de Rome. URE PREDICTION DE LEON XIII \u commencement d'avril der- nicr, le pape Léon X!II, au cours d’une conversation avec l'abbé Pe- rosi, le célèbre compositeur, dit en parlant de Sarto : —Conservez son amitié, Perosi, car, dans l'avenir, il pourra faire beaucoup pour vous. yons fermement qu’il sera notre successeur: .”’? Nous cro- LA PREMIERE BÉNEDICTION R©me, 4.—Le pape Pie X a ex- primé le désir de ie pas dissoudre le Conclave avant cesoir. On croit que les cardinaux resteront dans leurs quartiers jusqu'à 7 heures, ce soir. Lorsque le cardinal Macchi a proclamé le nom du nouveau Pape, la foule sur la piazza a manifesté un enthousiasme indescriptible. Et lorsque le pontife parut sur le bal- con de la basilique pour donner sa première bénédiction apostolique, il fut longuement acclamé. Le calme est maintenant rétabli. APRES L'ELECTION Pendant que le prince Chigi, ma- réchal du Conclave, dressait l’acte officiel de l'élection et enregistrait le consentement de l’élu, ce der- nier entouré de ses amis, disparut dans une petite chambre située en arrière de l'autel. Là il revêtit la soutane blanche et les ornements pontificaux. Le Pape était assisté par son conclaviste, qui, le premier, s'agenouilla devant lui, lui baisa la main et reçut la première bénédic- tion apostolique dunnée par Pie X. ———000X X000— -——— le d’une nouvelle puissance et une preuve que l’Eglise a, encore une fois un chef suprême. Pendant ce temps, des ouvriers avaient enlevé les obstructions mi- au cardinal Macchi, au maître des se rendre sur l: balcon de Saint. Pierre, foule attendant dans la piazza, a vait vu le petit filet de fumée bleue annonçant que le Pape était élu, et elle trépignait d’impatience, dans sa hâte de connaitre le nom de l’é- lu. Lentement, le cardinal Macchi, séc'etaire de la Congrégation des Brefs Apostoliques, s’avança et dit d’une voix puissante: Aunnuntio vobis gaudium ma- gnum: habemus papam eminentissi- mum ac reverendissimum dominum cardinalem Joseph Sarto qui sibi imposuit uomen Pium X.’’ Quand le cardinal Macchi fut re- venu dans la chapelle Sixtine, après avoir rempli ses pieuses fonctions, le Pape se leva et fut reconduit en triomphe à sa cellule. Il était ar- rêté à chaque pas par ceux qui vou- lait baiser sa main, il souriait avec bonté et se laissait fair: avec une patience angélique. Arrivé à la porte de sa cellule, illeva la main et donna sa bénédiction à toute l’as-| semblée qui s'était jetée à genoux. Après un repos de quelques ins- tants, Pie X rejoignit sa cour dans la salle ducale pour se préparer à donner sa première bénédict ion au peuple de Rome. Après les salutations, une proces- sion se forma. Le pontife, en sou- tane blanche, ses cheveux s’échap- pant de la calotte papale et mettant autour de son front comme une au- réole d'argent, fut entouré par les Quand il fut paré, le nouveau pontife revint dans la chapelle Six-| tine, où Mgr Merry del Val lui of-} frit la calotte blanche, insigne de ta | papauté. Tous les autres cardi- naux paraissaient très émus et un : ilence profond ajoutait à la solen- nité dela cérémonie. Avec un sang froid et un calme imperturba- bles, l'élu prit la calotte blanche et 4 posa sur sa tête. Puis, prenant sa calotte rouge, insigne du cardi- ral, il la posa délicatement sur la, ts de Mgr. Merry del Valené-| bauchant un sourire. Un mur- aure d'approbation courut dans| 'auguste assemblée, Mgr. Meiry, el Val sera Conc le premier cardi- | ialcréé par Pie X. On se rappelle que lors de son é- ection, Léon XIII, contrairement} | Ja coutume, avait plié tranquille- | nent sa calotte rouge et l'avait| nise dans sa poche. | Lorsque le nouveau pontife s’'a- | vançca dans l'éclat des ornements | blancs et lamés d’or, ïl paraissait | réellement une per-onnifcation de | son saint office. Sa figure était pâle et l'émotion jetait une expres- | sion de douceur étrauge Sur 5Sa| physionomie grave. 11 s’arrèta un | moment en eurant dans la chapelle | puis monta sur le trône, où il s’as-| sit d’un mouvement brusque, com-| me s’il eut été pris d'une faiblesse soudaine. | 11 était assis le dos tourné à l’au-| tel pour recevoir le premier ser-| ment d’ob‘issance des cardinaux, Tous baisèrent la main et le pied | du nouveau poutife, qui, en retour, | donna à chacun le baiser de paix. | Puis tous les cardinaux entonnè- | que en Italie. Ce chant |del Sarte, peintre italien, dont le par toutes ces Voix nom est André Namicchi. rent 1: ‘‘Te Deum.’” d'allégresse, dit graves et chevrotantes de vieillards, | cardinaux en soutanes violettes et précédés de la croix pontificale, Lorsque le cortège arriva près de la fenêtre ouvrant sur la piazza, un grand murmure s’éleva au-dessus de la foule. Le Pape pâlit et se tournant vers le cardinal Bacilieri, qui se tenait a côté de lui, il dit: —Je comprends maintenant l’émo- tion que le Pape Léon XIII a tou- jours montré chaque fois qu’il allait à Saint-Pierre, de sentir fixés sur soi les yeux d’une si grande foule. C’est presque terrifiant. Debout dans le cadre de la fenè- tre, Pie X leva la main et dit: —Adjutorium aostrum in nomi- ne Domini. Des milliers de voix répondirent; —Qui fecit cœlum et terram. D'une volx pénétrante, le Pape continua: —Sit nomen Domini benedictum. —Ec hoc nunc et usque in sæcu- lorum sæculum, répondit encore la voix immense du peuple. Puis s'élevant au maximum de sa hauteur, dans un grand geste il traça le signe rédempteur en enton- | nant d’une voix puissante le ‘‘Be- nedicat vos Omnipotens Deus, etc.”” La foule électrisée, éclata en au- plaudissements qui durèrent plu- sieurs minutes. En quittant la fenêtre pour re- tourner à la salle ducale, le Pape se tournant vers Mgr Bisletti, lui dit: — Jamais de ma vie je n’éprou- verai une émotion semblable ! SA SAINTETE PIE X Le cardinal Giuseppe Sarto, qui vient d’être élevé à la tiare, appar- tient à une famille de nom histori- I1 descend d’Andrea Cet André était fils d’un tailleur, ra « . | LL. # «« », produisit une impression profonde. | d'où son surnom del Sarto’”'. Il L'émotion était à sou comble : tout le monde pleurait. Pie X se leva ensuite et d’une | naquit à Florence en 1488, fut d’a- | bord placé. chez un orfèvre, et en- |tra ensuite chez Jean Barille, pein- voix tremblante d'abord, mais qui |tre médiocre, mais bon sculpteur se raffermit peu à peu il donna la d’ornements, qui exécuta sous la bénédiction papale à tous les mem- | direction de Raphaël tous les ou- Sacré-Collège, qui se dé- | vrages de menuiserie du Vatican. èrent la’ tête: | La réputation d'André s'étant ré- la cérémonie, le |pandue à l'étranger, il fut appelé comporté avec|en France par François 1er qui le bres du couvrirent et incl Pendant toute nouveau Pape s’est une dignité qui a fait l’aémiration | chargea de plusieurs ouvrages 1m- générale. portants. Il mourut de la peste à o , L'anneau du Pêcheur fut placé | Florence en 1530. (On remarque tité”’ que l’ont voit aujourd’hui au musée du Louvre ; ‘‘Jules César \recevant les tributs des provinces romaines”, fresque qui se voit dans la grande salle de Poggio à Caïano: ses dans les portes pour permetre;la ‘‘Cène de Jésus-Christ”, autre | fresque dans le monastère de Sans cérémonies et aux conclavistes te! Salvi, près Florence ; le ‘Sacrifice d'Abraham’ ; un ‘‘Christ mort’’, Déjà, à 11.30 heures, la | etc. Ila formé d'’habile élèves, tels que Fr. Salviati, G. Vasari,! etc. Le cardinal Giuseppe Sarto est né à Riese, diocèse de Trévise, le 2 juin 1835, ce qui lui fait présen- tement 68 ans d'âge. Pie X a commencé ses études an Séminaire de Trévise et les a conti- nuées à Padoue. Pie X n’avait que vingt-trois aus lorsqu’il a été ordonné prêtre à Castelfranco. Malgré son peu de moyens, il donnait généreusement et se pri- vait souvent pour cela. En 1867, il fut nommé curé de la paroisse de Salzano. Cela était considéré comme un grand avan- cement. En 1875, il fut élu chancelier de l'évêché et directeur spirituel du séminaire de Trévise, juge du tri- bunal ecclésiastique et finalement vicaire général. Le pape Léon XIII, qui appré- ciait hautement son intelligence, sa piété et sa modestie, le nomma, en nuvembre 1884, à l’âge de qua- rante-neut ans. évêque de Man- toue, où il resta neuf ans, jusqn’à 1893, lorsqu'il fut créé cardinal et nommé patriarche de Vénise. Il était très populaire dans son diocèse. Il est honoré pour sa pureté, sa probité et ses libéralités. C'est un homme modeste et ai- mable, très cultivé et doué d’un excellent cœur. Ilest encore fort et vigoureux, malgré ses soixante-huit ans. Il n’a jamais pris grande part à la vie politique et publique de l’E- glise, mais il partageait son temps entre l’étude et les bonnes œuvres. Bien que très loyal au Saint- Siège il fut présenté au roi et à la reine d’Italie. Il est classé parmi les membres les plus libéraux de l’épiscopat ita- lien et du Sacré-Collège. On dit que JIéon XIII en une certaine occasion, s’est rangé de l’opinion du cardinal Sarto, lorsque celui-ci désapprouvait la politique du cardinal Rampolla. Bien que les tendances politiques du nouveau Pape soient peu con- nues, on pense qu’il est homme à éviter les conflits et qu’il suivra la politique modérée de Léon XIII et du cardinal Rampolla. Les fonc-| tionnaires icise rappellent sa con- duite pleine de tact lorsque, en re- cevant le roi et la reine d'Italie, à Venise, ila fait disparaître beau- coup de la friction qui avait existé jusqu’alors, et a su gagner l’amitié de la reine Hélène. On cite cet incident comme une action qui montre son esprit conci- liant et qui porte à croire qu’il n’y aura aucun changement marqué dans la politique du Vatican. Des dépêches de Riese, ville de 4,000 habitants, où Pie X est né, disent que la mère du Pape, lors- qu’elle vivait, habitait une petite maison de paysan, ayant, dans son humiiité, toujours refusé d’aller vivre avec son fils Joseph, vu qu’- elle considérait son modeste établis- sement comme trop luxueux, com- paré à ce à quoi elle était habituée. Un frère aîné du Pape, Angelo, demeure dans le village de Delie Grazie province de Mantoue, où il est facteur du district avec un trai- tement de quatre-vingt dollars par Pour augmenter son revenu, il tient un petit magasin où il vend du tabacet du lard. Ses deux filles sont les belles du village et sont connues à des milles à la ronde comme les ‘‘belles sœurs Sarto.’’ Lorsque Pie X était évêque de Mantoue, son frère Angelo y allait souvent dans l’exercice de ses fonc- tions de facteur. Les autre com- an. au doigt du pontife, comme symbo- parmi ses tableaux la belle ‘Cha- D Ps ‘ FA #2 pourquoi son frère ne lui trouvait pas un meilleur emploi. Angelo, très indépendant, répondait qu’il préférait n'être que ce qu’il pou- se faire lui-même. Cependant, d’après les précédents, le débitant de tabac et facteur de Delle Grazie deviendrait comte romain. Une Conspiration Etouffée dans le sang.—300 cons- pirateurs tués Constantinople, 4—Une voiture du plus sinistre aspect, portant quarante cadavres, a quitté mysté- rieusement le palais du Sultan, de très bonne heure le matin, il y a quelques jours. Quelques jeunes officiers et étu- diants de l’ Ecole militaire inspirés par les assassinats commis à Bel- grade, ont formé le complôt de s'emparer du sultan et de le forcer d’abdiquer en faveur de son plus jeune frère Djoubati Bey. Mais la garde albanienne a entouré les conspirateurs et les a taillé en piè- ces. On dit que le nombre de cada- vres sortis clandestinement du pa- lais du sultan est de plus 4e 300. Dans les Rues de Belgrade Haroun al Rashid vient de ressu- citer en la personne de Pierre 1er, roi de Serbie. Ecoutez plutôt l'hi- toire pastorale et idyllique que nous raconte le ‘Day Exprss'', d’après son correspondant de Belgrade. Là, il acheta des fruits, des oi- gnons et du fromage. Mais il trou- va le fromage fort cher, et tout net, le déclara à la vieille dame qui, sous le parasol, le lui vendait. ‘C'est la faute aux impôts, ré- crimina celle-ci, si je vends mon fromage si cher ! ‘Quels impôts payez-vous ?.. “La vieille les énuméra complai- samment, et le roi, sortant un cale- pin de sa poche, nota tout cela, Il sait désormais, à un centime près ce qu’une ménagère à la halle paye de taxe à l'Etat. ‘“Du marché, Pierre-Haroun al Raschid se reudit à l'hôpital et de- manda au portier la perinission de faire une petite visite. Celui-ci y consentir et le roi se init à arpenter la salle, conversant avec les mala- des. À sun grand étonnement, il constata qu’il n’y avait pas un doc- seur présent dans tout l’hôpital. ‘__Où sont les docteurs ? deman- da-t-il. ‘__Jls jouent au bésigue dans un café, tout près d'ici. ‘__ Allez les chercher. ‘Mais les docteurs firent répon- dre qu’ils n’aimaient pas à être dé- rangés pendant leur partie et qu’iis viendraient plus tard. ‘Alors Pierre 1erse contenta d'écrire ses noms, prénoms et qua- lités sur le registre des visiteurs qui se trouvait à l'entrée et s’en alla comme il était venu... ‘Les médecins furent quelque peu ébaubis quand ils apprirent que c'était le roi qu'ils avaient envoyé promener de si magistrale façon.” Ilest vrai que depuis lors, ils ont dû avoir le temps de se remet- tre, car en Serbie on a quelque peu l'habitude d'envoyer promener les rois !... Un combat dans le Sahara Un corps de 500 Marocains de la tribu des Berabers a récemment attaqué une troupe française de 50 tirailleurs algériens qui gardaient 150 chameaux à Sidiel-Jady. Un vif combat s’ensuivit. Les Bera- bers éprouvèrent de fortes pertes, mais ils tuèrent 10 des tirailleurs et 2 caporaux français et s’empa- térent de tous les chameaux. En Irlande D’après le ‘‘Chronicle’”’, il n’est pas impossible que la récente visite du roi Edouard en Irlande ait pour résultat la nomination de Monsei- gneur Walsh, archevêque de Du- blin, au Conseil Privé Irlandais. Jusqu’ici aucun prélat catheli- n’a encore fait partie de ce Conseil, mais ondit queç'a été le rêve chéri de Lord Beaconsfeld d’avoir au Conseil un prélat ayant la con- mis lui demandaient en plaisantaut fiance du peuple irladais. | | Are gone by. SD: “lots : | After the Xmas and New Year holi’ays are passed everything re- lapses into quiet again, even trade becomes at a standstilll However we must not forget that lots of purchases which were contemplated du- ring this holiday and busy season could not be accomplished owing to the very bad condition of our winter roads. 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