27 Ses pénitences "Si vous ne faîtes pénitence, vous pêrirez tous." Cette voix qui criait au désert de Judêe, retentit toujours dans l'Église. Mon père qui avait les oreilles ouvertes aux inspirations de l‘Esprît, sut accueillir cette voix. Sans doute, les conditions de vie familiales et sociales l'y avait—il entraîné. On pourrait presqu'affîrmer que Papa a mené une vie "pênitente", et l'on ne se tromperait guère. Sa vie entière eut sa part convenable de pênitences. En Carême, s'il faut redoubler de générosité pour se priver des "petitea douceurs de la vie", que dire lorsque celles— ci sont déjà réduites au minimum? On réduira donc sur l'utile, le commode, voire même le nécessaire. Pênitence dit privations. Dans son jeune temps, la coutume était de jeûner le Carême entier. La matin donc, après avoir jeûnê au pain et à l’eau, Papa accompagnait son père au chantier. "Bûcher du bois tout l'avant*midi avec un_estomac creux, je n'en ai pas êtë capable longtemps", me disaitùïl tout simplement lors de ma visite en 1960. (Quelqueo mois avant sa mort.) "J'ai demandé ä mon père de manger des faillots" {fèves au lard) et la permission lui fut accordée. De ses autres mortifications, petitea ou grandes, il a gardé le secret, sauf pour celui trop évident de sa pipe. Le Carême entier, Papa serrait sa pipe, compagne fidèle de ses heures de travail solitaire. Oh! là il jeûnaît... d'un jeûne non dommageable ä la santé et combien méritoire devant Dieu qui mesure l'effortî Puis, avec quelle ardeur l'on "espérait Pâquesî" Il va de soi que les friandises étaient supprimées, même le jeu de cartes et la musique sur disque; pas complètement, bien sûr, pour les enfants; mais l’on sentait que c'était le Carême. C'était toute une ascëse que ce saint tempo propice ä la réflexion et ä la convarsion du coeur. Quand aux boissons alcooliques, mon père en prenait très peu. L‘aumône aussi avait sa place dans le coeur de Papa. Le pauvre et le malheureux de tout genre avaient 83 sympathie. A l'occasion, il osait de ce moyen de diminuer ses propres dettes en donnant ä un plus pauvre que lui. Ïl donnait selon ses moyens, mais il donnait de bon coeur. Et je suis certaine qu'il était plus heureux après avoir donné du blê ou une poche de patates ä une famille pauvre, qu'un gala de homards ä l'un de ses amis de la ville qui le lui rendait en services professionnels. Souvent aussi, c'était l'aumône de son temps qu'il faisait â un voisin mal pris; ou encore, il offrait domicile ä un orphelin ou à une grande malade chronique de la parenté qui se trouvait si bien qu'elle restait toujours longtempsî... Parfois, c'était un des ces "originaux et détraqués" dont s'enrichisèent 1a plupart des paroisses, qui venait s‘installer et dont il ne fallait jamais rire... (Les plus maussades s'en souviennent...)