ne À à RL : LE DOCREUR DE BARBIZAN -très loin ; une ancienne patache tite boutique, rasant celle-ci, Barbizan est un petit village bien tranquille. et parfaitement ignoré, au milieu des müriers et des cognassiers qui lui font, l'été, comme une imp‘nétrable et verte ceinture. Le cheinin de fer passe à quatre heures de là. oublice fait une fois par se- maine, le service de Barbizan à Rochemaure, du printemps à l'automne seulement Aux pre- micrs froids, on remise le tout cheval et voiture, eton attend patiemment que les feuilles poussent et que les amandiers fleurissent. (C’est vous dire combien les événements y sont rares. Et vous jus *z qu: effet produisit, un mutin, cette nou- velle extrordinaire, qu'un mé- decin, un vrai, ave. les lunettes d'or et une cravate blanche, ve- nait s'établir à Barbizan. Un médecin ! Pourquei faire ? On s’en était for: bien passé jusque-là. Les gens du pays ne mouraient guère que de vieil- lesse, ce qui est envore la meil- leure taçori de mourir. Si, par hasard, on se sentait indisposé, etsi on croyait avoir besoin d'un remède quelconque, on allait chez Larmillkt, le coif- feur ; sur la facade de sa mai- son, étaient écrits ‘n grosse let- tres, entre un piat à barbe en cuivre et un paquet d'herbes sèches, ces mots : “Larmillet cadet, dit Flutet, coiffeur et herboriste, à l'instar de Paris!” Les remédes qu'il ordonnait “taient d'ailleurs des plus simples «t d:s moins coun- teux : invarizblement, une in- fusion d'herbes de montagne, une bonne nuit, et le lendemain, à déjeuner, un copi ux confit d’oie ou de canard aux olives: le tout arrosé de quelques ver- res de vieux vin. Quelques cures ainsi faites lui avaient valu une grande réputation dans le village. Il s'en montrait justement fier. Et il fallait 1: voir, le di- manche matin, au milieu des chents qui emplissaivnt la pe- coupant les cheveux à celui-la savonnant à même un troisième. Sa grande moustache reléve en deux pointes meneçantes, re- dressant sa haute taille, le peigne dans les cheveux, la brosse ou le rasoir a la main, il allait gesticulant, récontant ses prouesses médicales, tandis que Mile symphorine, sa sœur grande et maigre demoiselle de cnmquante-deux printemps, trô- nait derrière un comptoir, en- tre quelques pots de pommade à la violette et une demi-dou- zaine de bâtous de cosmétique. Et tous applaudissaient ; Pas- calou plus fort que tous ies autres, Un voisin, ce Pasealou, un ami et un admirateur en toutes choses de Larmillet cadet ; gros, gras, court, rougeaud, et ne guère plus le coiffeur que son ombre. Il restait là des heures entières, funmant sa pipe, assis dans le grand fauteuil de cuir, au milieu de la boutique, qui était pour beaucoup d'ailleurs comme un lieu de rendez-vous. C'était là ou toutes les nou- veiles prenaient naissance, ou se traitaient toutes affaires com- merciales. ... et politiques aus- si. Car Larmillet avait une fai- blesse, Quel grand homme n’a pas la sienne ! I] était ambitieux; ue belle et noble ambition, mes sieurs, et dont il ne se cachait nuliement, Deux mois auparavant l’an- cien maire était mort à près de quatre-vingt ans, après avoir oC- cup son poste pendant plus de quarante années. Larimillet as- pirait « le semplacer ; il n'avait pas de concurrent. La nomina- | tion aurait lu dans deux mois. | LE... 4 (oral æ 71 . : , Mit Sywmphorime ner plus. Elle »n oubliait méme son église, dont elle était depuis plus de vingt ams chargée de parer l'autel, et ou elle régnait sans conteste, surtout depuis que l’ancien sacristain n'etait plus là, un vieux jaloux qui avait essayé plusieurs fois de la supplanter. C'était ou milieu de ces hautes préoccupations que Pas- calou, le premier, leur apporta la nouvelle de l’arrivée du mé- decin ; un petit, flettant entre quarante ou quarante-cinq ans, l'air malin et pas commode du tout. Larmillet avait bondi dès les premiers mots. La con- currence ; Que venait faire ici cet intrus, cet étranger dont on | n avait nul besoin. Il le sentait, cet homme serait son ennemi. Et peut-ètre ne venait-il que pour lui enlever ses clients et empêcher sa future élection. La sœur et son ami n'étaient qu'à grand'peine, parvenus à le calmer. Et c'avait. été, le soir, la porte close, entre tous les trois une longue et mystérieuse confé rence Il n’y avait qu’une chose à faire, forcer le nouveau venu à s’en aller bien vite Et cela, en répandant adroitement le bruit que c'était un faux méde- ciu ce qui était peut-être vrai, qu’il n’y entendait rien, ce qui etait encore possible : et ce qui était, après tout, de benne guerre. Le lendemain, dans la bou- tique, au milieu des clients, qui déjà ne s’entrenaient que du nouveau venu, Pascalou com- mencçait l'attaque. Un étranger ! Savait-on d'ou il venait, et pour- quoi il venait! Pourquoi ne | pas rester chez lui? Ailaïent-ils | chez les autres, euz! Et Lar- millet, d’un air entendu, comme s’il n'eut pas vouln expliquer tout le fond de sa pensée, se- couait ia tête. [Il avait, d'un seul coup, mesuré l'individu. Un homme fier avec cela, qui. aura cru se déshonorer en en-| trant dans sa boutique. Il pré-| férait se raser lui-même. Jugez! Et tout en parlant ainsi, 1l lan- çait ostensiblement, à sa sœur des regards qui en disaient plus encore que ses paroles, Deux mois après, le pauvre médecin en était encore à at-. tendre son premier client. À. peine le saluai-ton! Et quels. saluts ! . #* Or un soir, lou et Mile Symphorine étaient seules dans la petite boutique, Le coiffeur était en train de raser son ami, et de temps en temps ils'arrêtait et fièrement, au grand effroi de ce dernier, il brandissait son rasoir. Hein! comme il l'avait roulé, l'autre, le médecin! Pauvre petit !il faisait sûrement sa malle à cette heure ! Et ils riaient tous les trois ; mais tout À coup, sur- pris.ils s’arrêtèrent. Sur le seuil, la mine sourainte, la main ten- due, venaient d’apparaitre celui dont il parlaient, Larmillet restait bouche bé- ante, Pascalou, le visage blanc de savon, ouvrait aussi grand que possible ses petits yeux ronds ; et Mille Symphorine, par prudence, fermait aussitôt le tiroir ouvert en face d'elle, L'autre, toujours souriant, sans paraitre prendre garde à leur étonnement, s'avancça vers | Larmillet et dit : ‘Mon chère confrère, je suis heureux de, vous trouver chez vous, L'af- faire qui m'amène sera mieux et plus vitement terminée.” Le coiffeur, un peu méfiani, le regarda. Quel piège cachait cette démarcha? Il fit bonne | contenance pourtant ? il était chez lui et il n’était pas seul. Il s’inclina, L'autre reprit : “J'ai su, de source certaine que | vous mettiez en doute mon sa- voir et mes capacités ” Tous les trois firent en même feraps nn geste sa dédaigneuse troduisait, tous trois, d’un même | c'était justement son seul con- | F | prétestation., * Larmillet Pasca- | L'IMPARTIAL —Je le sais, continua-t-il. et je ne vous en veux pas. J'au- rais agi de même. Vous ne me connaissez pas: et c’est sur son oævre qu'on juge l’ouvrier. Je sais aussi [et il s'inclina à son tour] de quel poids est votre jugement parmi vos amis, et je viens vous demander simplement de juger et de met- tre à l'épreuve, acceptant d’a- vance votre arrêt” : Ils se regardèrent, se deman- dant tout d'abord s'il ne se mo- quait pas d'eux, mais l’autre ne souriait plus : exigerez que je fasse. Je gué- rirai quelle maladie que ce soit : je peux même si vous le voulez ! pour chacun de vous, ressuseli- ter une des personnes que vous änrez te plus particulièrement | connus ! Je n’exige, à mon tour, qu’une chose, que lépreuve reste secrète entre nous : votre témoignage me suffira! ” Larimillet làächa son rasoir ; Pascalou se frotta les yeux, croy- ant rèver; et Mille Symphorine faillit tomber à la renverse, Non celle-là était trop iorte. Certes on s’en contait pas mal le soir, entre amis : cela ne tirait pas à conséquence. Mais on ne mo- quait pas de gens de cette fa- çon-là : et il y aurait vraiment plaisir à le battre avec sés pro- pres armes. L'autre attendait toujours. Tout à coup Larmillet poussa un cri: 1il avait trouvé, À {ras- : con, Grascon et demi, Et souri- | ant, frisant sa moustache, fai- | sant signe aux autres de l’écou | ter : | | Mon cher confrère, dit 1l, je ne veux pas vous prendre en traitre ; et puisque vous nous faites l'honneur (et il appuya sur ce mot), de nous choisir pour juges, J'accepte pour ma sœur | pour mon ami et pour moi. (rué |rir n'est rien: ressusciter des | gens qui ne sont plus, serait à | mon avis une preuve plus con | culant, Vous nous l’offrez nous | même, nous l’acceptons ; et sous | pouvez être certain, ajouta t ii | en clignant de l'œil du côté de | sa sœur et de son ami, que nous | témoignerons franchement du | résultat ! | Pascalou et Mlle Symphyo | rine avaient compris. Ah! il a | vit voulu se moquer d’eux ! On verrait qui serait le plus at trapé des quatre. —Acceptez vous? demanda Larmillet d’un air superbe, | —J'accepte, répndit le méde | cin, vendredi, chez moi, si vous voulez. —Nous y serons ! Et ils s’inclinèrent. Comme à Fontenoy, messieurs | Heureusement que ni les uns ni les autres n’entendirent le pe tite docteur murmurer en s’en allant : —Maintenant, mes amis, je vous tiens. À moi, la belle. Vous n’aurez pas essez d’éloges pour prôner mon savoir, et vous serez peut être mes premiers cliens. Vous jugez du bruit que cela fit dans le village, d'autant que personne ne savait véritable- ment en quoi consistait l’épreu- ve que Larmillet allait faire su- bir à son concurrent. Quel homme ce Larmillet. Il avait y décidement que lui. Il n'allait faire qu’une beuchée de son ad- versaire. Quand on l'interro- geait, il se contentait de sourire. Le vrai courage! Quant à Pas- calou, à mesure qu'on se rap- prochait du jour fixé, il se sen- | tait sans en rien dire de plus en plus inquiet. Il ne fallait pas, pensait-il, s'amuser ayec ces plaisanteries-là. Et puis sait-on jamais ? S'il avait dit vrai, l’au- | tre. Le vendredi, à l'heure dite, ils pénétraient tous trois chez | le docteur. | bien rire! Mais sur le seuil de | la salle, dans laquelle il les in- —Je ferai tout ce que vous : Ab ! ils aliaient | reculer. * Quoïîque l'on fut en plein jour, les fenêtres s'étaient hermétignement closes. Trois bougies éclaraient seules la grande pièce; sur une petite table, un énorme registre ou- vert ; devant la table trois fau- teuils. Ils s’assirent mais non sans toucher d’abord le plan- cher avec leur main. Méfiance est mère de la sûreté. Pascalou était plus rouge que jamais ; et Larmillet frisait d'un geste saecadé les pointes de sa moustache. Le docteur prit place en face d'eux, puis s’inclinant, il dit : Mes chers amis, je vous re- mercie de vous être rendus à mon invitation. Je vous al pro- Pascalou machin..lement prit la main de Larmillet, qui saisit aussitôt celle de sa sœur. Le docteur continua : eue, ça été pour découvrir les personnes qu'il vous serait le fin trouvé; et je commencerai par Mile Symphorine. Honneur aux dames! Je vais pour elle ressusciter l'ancien sacristain ! L'ancien sacristain ! cette dernière. Jamais de la vie ! ue faites pas ça, En un instant le souvenir de ses luttes d’'au- trefois lui était revenu. Elle ré- teste, maintenant qu’il n’était plus là. S'ilrevenait, il faudrait recommencer à se dépitée. Ah non ! On n'aurait qu’à la prén- dre au mot. Que dois-je faire demanda le docteur. J'attends Mlle Symphorine soupira et un peu de pitié, la tête basse, elle répondit ; Rien... Demandez à Pascalou. L'autre s’inclina. Je suis à vos ordres. Et se tournant vers lou : Pour vous, dit-il, la chose r'offre aucune difficulté. Vous n'avez qu'à vouloir et votre dé- funte femme va vous être aus- sitôt rendue. Ma défunte! fit Pascalou en joignant les mains. Ciel! ma pauvre défuute! Je... Mais à son tour il s'arrêta. Il réfléchissait, Voilà longtemps Pasua- tenaut pris de nouvelles habi- tudes. Il était traquille, heu- reux, libre surtout, ce qui ne lui arrivait guère du vivant de Mme Pascalou une brave femme mails ul peu avare, ul peu grognon, et jalouse! Quel pur- gatoire elle lui avait fait passer ! Et il irait recommencer! Car enfin cet homme-là ne riait pas ; et s’li disait vrai, qui est-ce qui serait le plus attrapé des deux ? D'ailleurs sa défunte ne deman- dait pas à revenir. Mieux va- lait la laisser tranquille—il se gratta la tête. _Mon Dieu !fit-il, nous n'avons pas besoin de trois preuves ; une suflirait. Demandez à Lar- millet ! Celui-ci avait haussé les é- paules en entendant ainsi par- ler sa sœur et Pascaleu. Pau- vres natures ! On allait voir, lui, comme il allait confondre cet imposteur. Et, Sans attendre qu'on l'interrogeût ; Et moi? demanda-t-il au doc- teur. Pour vous, répondit celui-ci, cela a été plus difficile. Tous ceux qui vous connaissent sont vos amis. Mais j'ai enfin trouvé quelqu'un que vous aurez sûre- ment grand plaisir à revoir. C'est l’ancien maire ! L'ancien maire! Et Larmil- let bondit sur son fauteuil! Et son élection allait avoir lieu. . Cette écharpe qu'il enviait tant et qu'il avait tant attendue. | Tonnerre de sort! Et dire que | mis de faire revenir devant vous | certaines personnes qui ne sont | plus, je vais tenir ma promesse. fléchit qu'elle régnalt sans con- | ES TE faire revenir sur terre | Et comme Pascalou, comme sa sœur, il pensa qué si cet homme était le diable, ce serait lui qui, en définitive, paierait les pots casséos. Car enfin tout peut ar- river ! Il était pris! Eh bien? demanda le doc- teur. Eh bien, Larmillet ? deman- da les autres. Mais Larmillet avait jugé d'un coup la situation. Ils avai- ent eu à faire à plus malin qu'eux, voilà tout. IH fallait maintenant sortir de là, sans trop pourtant avouer sa défaite | ou sa penr. Très digne, il s’a- vança vers le docteur, et lui tendant la main : Mon cher confrère, dit-1l, en esquissant un sourire un peu forcé, je vous tiens quitte. J’es- | père que vous n'avez jamais pris au sérieux l'épreuve que nous voulions vous faire subir. Entre gens comme nous, on plus agréable de revoir J’aien- s’écria | ' i t f qu'il était veuf: 1l avait main- y à . | he ï Fa. > Là 4 À La seule diflicuité que j'ai s'entend vite Vous n'aurez Ja mais à Barbizan d'amis plus dé- voués que Pascalou, ma sœur et moi ! Et comme les deux autres restatent là sans comprendre. Mevs enfants, ajouta-t-ii tout bas et très vite, nous sommes 1o1lés. Sauvons du moins la mise ! Jamais les gens de Barbizan ne surent quelles avaient été véritablement les épreuves su- bies, mais Larmillet, le soir même, disait aux clients réunis | dans sa petite boutique : Avec eelui-là, vous pouvez y aller de confiance. Il est digne d’être des notres ! #*% Comment celui qui m’a con- té cette histoire l’a-t-il apprise ? Je n’en sais rien En tous les cas je lui en laisse toute la 1es- pousabilité. FERNAND BEISSIER. FOLLE ! SOUVENIR DE 1879 Aller chasser, lorsque Îles Prussiens baitent. tous Îles jours la campagne, quelle im- prudence, mon Dieu! mar- murait Madeline, la femme Bonié du | de Pierre, le plus enragé chasseur de la contrée. Bah ! répliquait Pierre, les Prussiens sont loin, puis au petit bonheur ! voilà six grands jours que je ne suis pas sorti, les jambes me dé- mangent, et d’ailleurs, sois tranquille, nous ne nous é- loignerpns pas beaucoup du village, et appelant Paul son fils, un enfant de quinze ans, Pierre prit son fusil et sortit, Il allait chasser l'alouette. Paul portait le miroir, la corde qui devait faire tour- ner le miroir et le sifllet pour attirer les oiseaux. Le soleil commençait à se lever ; ses rayons naissants se reflétaient dans les gout- tes de rosée qui scintillaient de tous les côtés de la route. Dans la plaine, chaque brin d'herbe semblait paré de dia- mants. Dans les airs, déjà les alouettes voltigeaient et dé- crivaient, en jetant de petits cris joyeux, de grands cercles dans la lumière dorée qui inondait l'espace. Pierre marchait gaiement, il humait la brise fraiche du matin avec bonheur et disait à Paul : N'était-ce pas dommage de laisser perdre une aussi belle matinée ? Si j'en croyais ta mère, je me pourrais plus sor- tir de la maison !.... Peut être, repondait len- fant, maman a-t-elle raison. Elle craint que les Prussiens. Que les Prussiens ?.,., Que veux-tu qu'ils nous- fas- sent les Prussiens ? Nous sommers des chasseurs qui allons gagner notre journée, et par ces tristes temps on a teujours besoin d’argent, |mouvement, com mençaient pa | Current qu'on lui proposait de Puis, les Prussiens me sont » “D as près du village ; Jacquot, le facteur, m’a dit hier qu'ils étaient encore au delà de Maisonville, et pour qu’ils viennent jusqu'ici, ils ont du chemin. Les chasseurs étaient arri- vés à l’endroit eu ils devaient entrer en chasse. Au milieu d'un grand champ de chaurme Paul alla placer le miroir, ensuite le père et le fils, ca- chés dans un fossé, se mirent à siffler et à donner, à l’aide de la corde, un mouvement de rotation rapide au miroir. Le miroir tournait brillant et jetant de petits éclairs qui se succèdaient sans relache, Bientôt facinées, les ailes éteudues, les alouttes viu- rent planer au-dcgius du miroir. Pierre choisissait ses victimes et, autour de l'objet. trompeur, de pauvres petits oiseaux tombaient, frappés par le plomb du chasseur. Mais, au moment eu, en- core une fois, Pierre allait ajuster une alouette, son fils le tira brusquement par le bras, Père, dit-il, d'une voix tremblante, vois là bas! ..., Et, dans le fond du grand champ, marchant sur une même ligne, éloignés les uns des autres, s’avançaient des soldats prussiens. Pierre regarda et palit. De tous lescôtés. des Allemands ! ils se dirigeaient vers lui en l'enserant dans un cercle, Le miroir ne tournait plus ! Le père et le fils, sileucieux, pleins d'effroi, se tenaient serrés l'un contre l'autre, pen- dant que, sous les pieds des soldats qui marchaient dans le chaume, s'envolaient, en chantant, les aleucttes. À cinquante pas des chas- seurs, les Prussiens s'arré- tent : | » Rendez-vous ! crient ils. Pierre, le visage inondé d’une froide sueur sort et se monte sans défense, Que faites vous là, lai di- scut-ils d'un ton menaçant... Vous êtes des francs-tireurs? Non, proteste Pierre, je suis un simple chasseur d'a louettes. Voyez Won miroir, voyez mon Carnier, je n'ai que du petit plomp. Tout cela est faux ! répli- que l'officier qui commande les Allemands. Vous êtes pris les armes à la main, vous allez être fusillés, et il fit signe à 528 hommes d'attacher Pierre et Paul, À genoux, le père se traîne devant les soldats ; il leur de maude d'avoir pitié de son fils, de cet #nfant qui est là, g'ace par la peur. Les Prussieas n'écoutent rien ; avec la corde du imi- reir, ils Hient le père et l'en- fant et les entraiuent au mi- lieu du champ. Grace pour mon fils! crie le malheureux père. Feu ! répond l'officier al- | lemand. Pierre s'aflaisse leurde- ment sur le sol, pendant que paul, battant l’air de ses deux mains, tournoie un in- stant et tembe ensuite sur le corps de son père Les Prussiens n’esèrent pas regarder les deux cada- vres. I1s ramassèrent les alouet- tes laissées autour du miroir et s'éloignèrent dans la di- rection du village. La prèmière maison qu'ils trouvèrent sur la route était celle de pierre. C'est là qu'ils entrèrent. A leur vue, Madeleine frémit. Eh! ‘femme, fais-nous manger, lui crièrent-ils bru- talement et fais nous cuire ces oiseaux, ajoutèrent ils, en jetant sur une table les alouettes toutes tachées du sang de Pierre et de Paul. À peine Madeline eut- elle Vu ces oiseaux qu'elle poussa un Cri qui n‘avait rien d‘humain et, se préci- * [Suite à la rre page] à à » A a 2 1 4 Œ: 4 a Fe k ‘3 + + SR 4% 54 +2 2 ÈS #3 HR). NE: ai: +2 ED, _ Ra A. ne "#4 + * € 1e 7 rh “4 *. » a À é ; < * ‘à â : . +9 a 2 à à 4 LL 4 nr hs À 4 . 3 A à 2 7 F 4 x h . P $