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Je ne sais comment cela s'était fait, mais, contrairement à nes ha- bitndes, nous parlions religion et le quace André en profitait pour faire étalage de ses opinions : —Oui, je suis athée, affirmait-il très haut, je ne crois ni à Dieu niau diable, mais j’ai la ferme conviction qu'après la mort, rien d'intelligent ne subsiste, notre pauvre carcasse pourrit et rentre dans la circulation sous forme de produits plus ou moins complexes ; c'est une simple trans- formation de la matière et voilà teut ! —Cependant, dit le vieux capitai- ne Mardick en remuant lentement son absinthe, croyez-vous que si vous veus trouviez brusquement en danger de mort, il ne vous viendrait pas tout à coup l’idée de vous recom mander à une puissause quelconque, que vous jugeriez instinctivement capable de vous sauver. —Je ne me suis jamais trouvé dans ce cas là, reprit André. —Je m'en doute bien, s’emporta tout à coup le capitaine, car, je suis sûr que vous y regarderiez à deux fois avant de déclarer que vous ne croyez à rien ! Ah ! je voudrais vous voir en pleine mer par une forte tem pête... vous faites les esprits forts jà sur terre, bien tranquilles, à l’a- bri...mais nous ver1ions, en face du danger, ce que valent vos théories matérialistes ! —Hvidemment, l'instinct de la conservation... —L'instinct de la conservation si vous voulez, je ne parle pas du mo- bile qui sait, à ces moments-Ià, agir les plus forts, les fait se jeter à ge- noux et murmurer des prières et des invocations. Mais à qui s'adresse ces supplications instinctives ?...est ce oui ou non à une force inconnue que vous appellerez comme vous voudrez mais que moi, et je n’en rougis pas, je nomme Dieu, avec tous les ma- rivs ! — Alors, d’après vous, voulut con- |tinuer André Tourney, tous les ma- rins sans exceptions sont des croy- |ants ? | —Sans doute, affirma le capitai- ine, tous ! | —Allons donc, s’écria Tourney, |vexé de la vivacité brutale Ge son interlocuteur et voulazt à tout prix | le prendre en défaut, et tous ces sou- | lards, ces ivrognes que l’on ramasse chaque nuit, dans les bouges du | port ce sont des croyants aussi ceux-là ? | —Mais, sans doute, et une fois sur | mer, ils n’ont pas besoin d’être en danger pour manifester leurs croyan ces ; il ne ferait même pas bon les taqui4er là dessns..., tenez, je vais vous citer un exemple... Le capitaine but une lampée d’ab. sinthe, fit claquer sa langue, essuya sa moustache et commença : —Il y a déjà longtemps de cela ! C'était au début de la mise en servi- ce des grards transatlantiques : cette |navigation à toute vitesse déroutait tellement les vieux mathurins que le recrutement des équipages. n'était pas facile ; il fallait se contenter de ce qu’on trouvait et la plupart du temps, on n'avait à embarquer que de pauvres diables endurcis dans leurs vices, ayant promené ieurs dé- bauches sur toute la surface du glo- be ; bens marins à bord mais, une fois à terre, de véritables bandits, capables de tout après avoir bu quel- ques verres d’eau-de-vie. Aussi, plu- sieurs d’entre eux avait eu maille à partir avec différents tribunaux... des repris de justice... la lie...quoi. Or, voilà qu’un jour, au Havre, le |commamdant d’un transatlantique accepte à bord, comme mousse, un jeune moutard de treize ans, le fils | d'un de ses amis peu fortunés et qui voulait à tout prix être marin. Vous vous représentez ce pauvre gamin jusque là choyé par sa mère, n'ayant jamais mis le pied sur un | bateau, transporté tout à coup au ue | milieu des lascars d’un pareil équi- Adressez par la malle ou venez | PA8€- au bureau, L'IMPARTIAL Le commandant ne pouvait pas être tout le temps derrièrre son pro L 4 tégé, n'est-ce pas ? et puis, que dia- ble! il faut apprendre à se débrouil- ler tout seul quand on veut être marin. Le pauvre petit bougre eut à souffrir mille misères, mille corvées pénibles, connut toutes les taquine- ries possibles et imaginables, se traî- uant comme il pouvait, plié en deux par un affreux mal de mer. Pour comble d’infortune, le cin- quième jour de la traversée, on en- tra dans la brume et la sirène se mit à mugir ; pour le coup, le mous- se se crut perdu Ah ! c'est que vous, qui n'avez jamais uavigué, vou; ne savez pas, vous ne pouvez pas savoir ce que c’est que la brur:e, la vrai brume d’Atlantique ! cela ne ressemble guère à vos brouillards de terre qui sont bleus et clairs comme des fu- mées de pipe ; la brume, voyez-vous, c'est quelque chose de tout à fait spécial, comme nne sorte de man- teau brun, ouaté, qui vous envelop- pe de toutes parts et vous étouffe. Dans cette atmosphère-là, on ne voit pas à un mètre, on marche ins- tinctivement les mains en avant, comme des aveugles: les bruits eux mêmes se déforment, s’assourdis- sent et seule le grande voix de la sirène mugissamte rappélle que l’on se trouve, tel une éprouve au mili- eu des éléments, à la merci du moivdre incident, Ah ! cette sensation là, qui ne s'oublie pas, devait étreindie, plus que n'importe qui, le pauvre petit mousse non prévunu et déjà affaibli par la souffrance. Affoié dès: les premiers mugissements de la sirène, il se précipita au carré des matelots où là au moins il y avait un peu de lumière ; il fut, naturellement ac- cueilli par des lazzis. —Ah ! ah ! moussaillon, qu'estce qui te prend ? —Qu'as-tu à claquer ainsi des dents ? — Parceque nous a!lons couler, la belle affaire ? Et tous ricanaient, ceux qui avai- ent tant de fois traversé la brume, et s’amuaient de la terreur grandis- sante de l’enfaut. Mais tout à coup, le petit mousse se jeta à genoux au milien du groupe des marins, sans mot dire, dégra- ffa sa vareuse, déboutonna sa che- mise, chercha sur sa peau une peti- te médaille pendue à son cou, la pressa de ses deux mains contre ses lèvres, ferma les yeux. dit. ..et atten- dénué de tout respect humain frap- pa immédiatement les ass'stants, Un vieux gabier s'approcha, frap- pa sur l'épaule du mousse et douce- ment lui demanda : —Eh bien ! qu'est-ce que tu fais, p tit gars ? L'enfant aurmura : — En partant, maman m'a don- né une médaille de Notre-Dame d’Auray, en me recommandant de toujours médaille en mourant s'il m'arrivait malheur ; j'obeis à maman...je pense à elle et au bon Dieu. Aucun des mwatelots ne riait plus, un silence pendant lequel la voix lugubre de la sirène se fit nette- Tous ces hommes, tous ces repris de justice, sentirent sans doute la mort dans l'air, étouffant, car tous, entendez-vous bien, tous, Ôôtant leur bonnet, imitèrent le mousse. et tombèrent à genoux. Le plus ancien se releva le pre- mier, essuya du revers de sa main une larme soudain perlée au coin de l'oeil.. plus...s’adressant mousse, lui dit d’un tou grave : -— Allons, mon petit gars, relève toi, tu es ua brave coeur, nous a- vons voulu te faire peur, mais tu as bien fait de pense: comme Ça, tout de suite, à ta mère et au bon Dieu , et jete prends sous ma protection | puis il ajouta en se tourvant vers ses Camarades relevés à leur tour : Vous entendez, vous autres ! au —Mais on dirait que vous en pleurez encore, interrompit le petit conseiller de Perfecture, en essayant de sourire. s g RE . C'est, ma foi, vrai, dit le vieux loup de mer, je ne puis me rappeler PE een ls = ce souvenir sans être ému, car! le petit mousse de jadis a fait son che- min... — C'est un de vos amis, capitaine}? —C'est, moi, monsieur ! Et le capitaine avala d’un trait son absinthe, dans laquelle je suis sûr d’avoir vu couler une larme. GAGNEZ DE L'ARGEN _ EN VOS MOMENTS DE LOISIR. - nn ee au Sontrn uns Jais node on coûte un dollar—ne le feries-vous Fa M de pren st pus vous demandons pas de dépenser un seul dollar, Notre Ep an Appara Inoub Nous ge Inoubateur expédierons un payé, ei Vous ne payes nul Argent qu'après la Recolte 1906. Mployant des en emp: fioouvris une mine d'or . mission choux. DCR 1 Pr nt dre des elle n'yest pas. l'affaire Patours Chatbam et Cou, — de leur tâche ou couv! des Ap L'Apparell Incubateur Chatham et Gouveuse DA por TE ESS D lots de 89 ooufs. premier Job; en Je suis bien satis- fait de mon incubateur et cou veuse. O8. Chilliwack, B.C." 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