BAC-3&8; Ce plan fut accepté par le roi et son secrétaire en fit part à Shirley dans une lettre en date du 3 oc— tobre 1747. Cependant, on lui pro- posa de planifier une stratégie pour réaliser ce plan en temps opportun. Le 18 février 1748, Shirley avisa le roi que celui—ci avait trois choix: (1) assimiler les Acadiens; (2) les laisser tels qu'ils étaient; (3) les déporter. Cependant, il avertit que cette dernière option aurait des conséquences très dangereuses et devrait, si possible, être évitée.5 Le gouverneur Mascarène était du même avis. Malgré ces mises en garde, Londres choisit d’aller avec les plans 1 et 3, même si Shirley déconseillait fortement le dernier. On déporta les Acadiens en les dispersant en petits groupes parmi les popula— tions anglo-protestantes de la Nou- velle—Angleterre pour qu’ils soient as- similés et qu'ainsi le peuple acadien et sa culture disparaissent à tout ja— mais de l’Amérique du Nord. Selon l’ONU et les lois actuelles du Canada, il ne s’agissait pas seulement d'un « nettoyage ethnique», mais d’un génocide.“ En 1748, Lord Halifax accéda à la présidence des «Lords of Trade», organisme responsable de la colonie de la Nouvelle—Écosse auprès du gouvernement britannique. Très près du duc de Cumberland et de Fox, ce trio était très puissant à Londres. Le premier acte sérieux de la «grotestan- tisation» de la Nouvelle— cosse fut la fondation de Halifax en 1749 avec l'arrivée de milliers de colons protes- tants, surtout étrangers, qui venaient en grande partie de l’Allemagne et de la Suisse. A ceux-ci s’ajouteront les protestants français de Montbéliard. Aucun catholique, et encore moins Acadien, ne fut invité à s’établir dans ce nouvel établissement. Le duc de Cumberland enverra en Nouvelle— Écosse des personnes qu’il connaissait personnellement et sur qui il pouvait compter pour arriver à ses fins. ä. I755 I763 f 1419:9 «’TÏ ,4 IITIS SQËJMËMAEMG; - M i Photo : Archives de St. Paul ’s Church St. Paul’s Chureh (Halifax), e'rige'e en 1750, la plus vieille église protestante du Canada. Charles Lawrence y est inhume’ depuis le 23 octobre 1760. Nommons entre autres: Edward Cornwallis, Charles Lawrence, Robert Monckton et Richard Bulkeley. En 1752, Lunenburg sera également fondé par des protestants. Ces pro- testants étrangers n’auront pas à prê— ter un serment d’allégeance pour devenir des sujets britanniques7 et aussi de jouir de tous les droits légaux réservés à ces derniers. Ils se révolte- ront au mois de décembre 1753 et les leaders de cette rébellion eurent droit à un procès. Ils ne seront pas déportés, et leurs biens ne seront pas saisis au profit de la couronne pour leur acte de sédition.” On avait bien là une jus- tice de deux poids deux mesures. Ne pouvant pas attendre une ou deux générations, comme le proposait Shirley pour assimiler et se débarrasser des Acadiens, Londres opta pour le court terme et passa à la troisième partie du plan en 1755, la déportation des Acadiens. Shirley, ne voulant pas être impliqué directement dans ce crime d’État, alla se cacher avec son régiment et ne revient au Massachu- setts qu’une fois la première vague de la Déportation terminée. N’oublions pas que Shirley était un avocat et connaissait bien la loi et les droits des Acadiens en tant que sujets britanni- ques. Londres envoya le vice—amiral Boscawen et le contre-amiral Mostyn organiser la Déportation. La lettre de Lawrence ‘a Winslow du 30 septembre 1755 le prouve très bien. Boscawen avait préséance sur Lawrence. Les Acadiens devant être déportés en Caroline du Nord sous la garde du navire de guerre du capitaine Diggs, iront à Philadelphie. Boscawen en a décidé ainsi. C’est lui qui avait le dernier mot. Aussi, lorsqu’il arriva en Angleterre au mois de novembre 1755, Boscawen fut accueilli en héros, comme le « Sauveur de l’Amérique m" 5 lbid. vol. 13. No. 45. transcription. Shirley au duc de Bedt‘ord «...or else to remove them which would he attended with very hazardous consequences. and should be avoided. if possible ». 6 ONU: «Aux fins du présent Statut. on entend par crime de génocide l‘un quelconque des actes ci-après commis dans l‘intention de détruire. en tout ou en partie. un groupe national. ethnique. racial ou religieux ». Lois du Canada: « Génocide. Fait — acte ou omission — commis dans l'intention de detnure . en tout ou en panic. un groupe identifiable de personnes ». 7 lls le seront légalement seulement après avoir demeure sept années consécutives en Nouvelle—Écosse. À ce sujet. voir Winthrop P. Bell. The « Forcign Protestants » and the Seulement ot‘ Nova Scotia. 9 W. A. B. Douglas. Edward Boscawen. Dictionnaire biographique du Canada. vol. lll. p. 75.