GT TRE pures. 2 isa 5 LE GRAND VAINCU (suite de la 1ème page) —Ah ! c'est que si vous aviez habité la France...—et remar- quez bien que je ne parle pas ici de cette sotte ville de Paris où on ne juge un homme que d’après les dentelles qu'il porte, ni de ces froids pays du Nord où les gens ont l'esprit si lourd et si épais qu'ils ne savent dis tinguer un mauant d’un gentil- homme. Quand je parle de le France, j'entends cette terre jeyeuse et fertile, pays des bons vins et des cœurs chauds, que le soieil dore de ses rayons et que traverse le plus beau fleuve du monde. —La Gascogne ? Précisément. Eh bien ! mon cher viconte, si vous aviez ja- mais eu le bonheur d’habiter la France, la vraie France, c’'est-à- dire le Gascogne, vous connai- triez certainement le nom que je porte, qui est celui d’une des meilleures familles de ce pays. Nous sommes orgivaires du Béarn. et,s’il m'est permis de rappeler ici le plus glorieux souvenir de notre maison, £ga- chez que l’un de mes ancêtres, Pierre, marquis d'Arramonde, out l'honneur de verser au roi Henri son premi:r verre de ju- rançon. Le bambin avait six mois ! Et vous savez, comme tout le monde, que si notre roi Henri fut un grand monarque, un invincib.e capitaine, il le dut à la forte éducation qu'il reçut dans son enfan’e, c’est-à- dire au vin de Jurançon, et, par conséquent, à mon grand-père ! Et pour célébrer cet 1llustre souvenir, Jean d’Arramonde souleva gravement le verre de bordeaux placé en face de lui et le vida ensuite d'un trait. — Vous voyez que nous som- mes de bonne noblesse, conti- nua-t :l. Mon père a servi avec honneur et a été blessé à Mal- plaquet. Depuis, il vit dans son château du Béarn d'où, je n'é- tais jamais sorti non plus jusqu’au jour vü, jugent que j'étais en âge de servir à mon tour, mon père m'’en- voya à Versaiiles faire ma cour au roi. “Un beau matin, j'arrivai donc dans cette ville. Je n’y connais- sais personne, Car les gentils- hommes de mon pays plus habi- tuës à porter l'habit de soldat que celui de courtisan, étaient tons à l’armée d'Allemagne ; mais je me disais : Le roi doit connaitre sa noblesse, et quand tu lui diras qui tu es il te recevra bien en souvenir de tou grand- pére et du sien, et il te donnera une compagnie, peut-être un ré- giment |... “Je me dirigeai donc vers le ehâteau. J'avais déjà franchi une des portes et je marchais dans la cour, lorsque j'entendis une voix qui m'appelait. “Eh ! où allez-vous donc, l'ami ?” me cria un petit frelu- quet habillé en officier qui ve nait de sortir d’un corps de gar- de. “Je fis semblant de ne pas en- tendre, 11ne te reconnait pas me dis-je, ne t'inquiète pas de ce malappris. “Et je continuai mon chemin. “—Je vous dis qu'on ne pas- se pas !” continua le freluquet eu élevant la voix. “Pour le coup, je me retournai et le rouge me monta au visa- ge. “—Où allez-vous ?” reprit le cadet. “Je me redressai et le regar- Gai des pieds à la tête. “—Je vais voir loroi, mon petit monsieur,” lui répondis je. “L’insolent prit un jlorgnon qui pendait à son cou au bout d’un large ruban noir et me considéra quelque temps sans parler. * “Je n’y tins plus, et, enfon- | L'IMPARTIAT,, JEUDI LE 18 OCTOBRE, 1898. ALBERTON HEADQUARTERS JUNE 1898. For the warm weather, now due, we have a magaificent Stock the finest on this part of the 1sland—of everything required to ‘—Ah ça! m'écriai-je. homme, que vous me regardez si curieusement ? Etes-vous le portier du château et faut-il que je vous donne mes nom et qua- lités ? “—Je suis l'officier de garde, lil. mopsieur, répondit-il sans quit- ter son lorgnon avec une trau- quillité qui m’exaspéra. J’ai pour consigne de ne laisser entrer personne dans le châtean. “_Et.s1 le roi m'attend ? “Sa Majest ne peut vous attendre, car elle est à Tria- non.” “Je le regardai dans le blanc des yenx pour m'assurer qu’il no se moquait pas de moi. Puis je touraai les talons en me di- sant : J'irai tantôt à Trianon! et si ce freluquet m'a trompé il me payera cher sa raillerie ! “Deux heures après, je flânais dans les rues de Versailles, lors- que je vis la foule s’assembler au Coin d‘une large avenue. “_Qu'y a-t-il ? demandai je à un bourgeois “C'est Sa Majesté qui ren- tre à Trianon, me répondit il. “Bon ! me dis-je, Je vais l’at- tendre, je suivrai sa voiture et je me présenterai à lui lors- qu’il mettra pied à terre. “Le cortége arriva bientôt. 11 était composé de trois voitures. Je me fis montrer ie roi, afin de ne pas m'exposer à me tromper quand je lui ferais ma révéren- ce. Les voitures allaient au pas. Je les suivis en me disant : Ah! pour le coup, mon ami, les of- ficiers de garde ne t'empêche- ropt pas dete présenter à Sa Majeste et de lui demander une cempagnie pour le petit-fils de Pierre d'Arramonde ! Vous sau- rez, mon Cher vicomte, que lors- qu'un l’Arramonde a une idée en tête, il faudrait lui attacher les pieds et les mains pour l’em- pêcher de l’exécuter.” Le vicomte de Frontenac sourit et le genti'homme béar- nais continua : —Je suivais donc Ia voiture du roi, mais à distance, pour ne pas éveiller les seupçons ni les jalousies. Car 1il faut vous dire que j'avais réfléchi depuis le matinet je m'étais fa‘t ce rai- sonnement :—Pourquoi ce blanc-bec a-t-il voulu t'empé- cher de voi: le roi ?—Quoique gentilhomme montagnard, j'a- vais entendu parler de l'envie des gens de cour et je compris aussitôt à quel sentimeat le fre- luquet avait obéi en me barrant la route. Vous allez voir que je ne ne trompais pais pas. “Me voici donc devaut Tria- non. Je laisse entrer la voiture du roi et celles qui la suivent, je me prépare à franchir la gril- le... Au même instant, qui est-ce que je vais paraitre devant moi, couvert de bijoux, de d2ntelies, souriant toujours de son sourire impertinent, le lorgnon toujours piaqué contre les yeux ?...……. Je vaus le donne en cent, en mille... —Le freluquet !.… —Juste l vous avez deviné ! Eh bien! qu'en pensez-vous ? n'était ce pas la jalousie quile mettait cette fois encore sur mon chemin ? Pourquoi le trouvais-je à Tria- non, lorsque le matin il était de garde au château ? Il s'était dit évidemment : Ce gentilhomme a bonne mine ; si tu lui la'sses voir le roi, il obtiendra de lui tout ce qu'il voudra, il te prendra ta place peut-être...Sa place ! un métier de soldat de boudsir ! Voilà bien, en eflet, ce qui con- vient à un d’Arramonde ! “_ Eh bien ! monsieur l'offi- cier, dis-je en marchant vers lui, sans m'inquiéter de ses, regards outrecuidants ni de son lorgnon, vous voyez que‘je ne me décou- rage pas. Je vais voir le roi, et j'ai bien l'honneur de vous sa- luer.” “Et je passai, car le carrosse $çant mon chapeau sur ma tête : (du roi venait de s'arrêter devant vous|les marches ; Sa Majesté allait n'avez donc jamais vu un gentil-| mettre pied à terre. | ; | “Mais l’impertinent eut l’au- dace de me retenir par un pan de mon habit. “__Avez-vous uve audience de Sa Majesté ?” me demandat- “Furieux,.je me retournai. “_Une audience ! et depuis quand, m'écriai-je de façon à être bien entendu des courti- sans qui passaient, depuis quand un d’Arramonde a-t-il besoin manqué cette fête. “— Monseigneur, dit M. de Saint-Preux au maréchal 4e Belle-1sle, j'ai été provoqué pu- bliquement, vous savez en quels termes et dans quelles circon- stances. Vous daignerez recon- naitre vous-même, j'en suis sûr, que Je ne puis éviter celte ren- contre, à moins que je ne reçoive des excuses. “_—Des excuses ! m'écriai je. Un d’Arramonde a quelquefois tendu la main à son adversaire après le combat, mais avant, ja- d’une audience pour parler au )mais roi ? Sachez, monsieur, que mon grand-père a tenu le roi Henri dans ses bras et lui a fait boire son premier verre de jurançon ! Sa Majesté connaît bien ma fa- mille et quand je lui dirai qui je suis. “— Monsieur, répliqua-t-il, je vous répéterai ce que j'ai eu l'honneur de vous dire ce ma- tin. J'ai la consigne de ne laisser entrer personne au château. Faites-vous présenter demain à Sa Majesté à son lever. Un gen- tiihhomme d'aussi bonne famille que vous doit avoir de nom- breuses relations à Versailles...” “Et pendant ce temps, le roi étant entré, les voiiures avaient disparu, il ne restait plus dans la cour de Trianon qu’une dou- zaine de gentilshommes, avec de la poudre. des dentelles et des lorgnons, et ils avaient l'air de se moquer de moi ! “Songez que j'étais venu de Béarn à franc étrier, que j'avais crévé deux chevaux pour me trouver en face d’une pincée d'insolents !..Ah! je ne puis penser encore à cela sans être hors de moi !....Les d'Arra- monde ont le sang vif et n'ai- ment pas les railleurs ! J'avais les poings crispés, je devais être terriblement pâle, :l me prenait des envies d’arracher le fasil du soldat qui montait la garde et de distribuer une correction à ces freluquets ! “Te ne sais plus ce que je dis, ni ce que je fis, mails ce que je sais bieu, c’est que le soir, à la brune, M. de Saint-Preux et moi nous étions l’épée à la main, l'un en face de l’autre, derrière la pièce d’eau des Suisses. “Ah ! l'étoile qui m'avait con- duit à Versailles n'était pas heureuse ! ‘ Nous croisions à peine le fer, lorsque le bruit de nos épées at- tira deux officiers de la maré- chaussée qui tombèrent sur nous, nous dés2rmèrent et appe- lèrent leurs hommes pour nous arrêter. “Trois heures après, nous nous trouvions tous deux der- nière les grilles de la Bastille. Nous y restâmes huit grands jours. Âu bout de cet espace de temps, on nous fit montrer dans deux carosses, et on nous con- duisit devant un graud vieil- iard, qui, je l’ai su depuis, était le maréchal de Belle-1sle, mi. nistre de la guerre et parent de mon adversaire. “11 nous reçut d'un air froid et sévère, et nous averti qu'il ne nous rendrait la liberté que si nous nous donnions immédi- atement la main devant lui et si nous lui promettions de ne plus croiser l’épee l’un contre l’autre. “Mais vous devez bien penser que ces huit jours de Bastiile ne nous avaient guère disposés à des sentiments de teudresse. Je pensais que sans la mauvaise volonté de ce blanc-bec j'aurais déjà vu le roi depuis huit jours, que j'aurais rejoint l’armée d’Al- lemagne à la tête d'une compa: gnie, et que jaurais peut-être eu le temps—-qui sait ?—-d’ajou- ter une nouvelle gloire au nom que je porte ! De son côté, M de “Et je tins bon ! “Voyant que notre réselution était inébranlable : ‘Monsieur, dit le ministre à son heveu, vous m'avez de- mandé, il y a quelque temps, de vous euvoyer à l’armée. Je vais satisfaire votre désir. Vous par- tirez dans huit jours pour re- joindre M. de Montcalm au Ca- nada. D'ici là, je vous préviens qu? je vous ferai surveiller tons deux et, si vous faites une ten- tation pour rider votre querelle, je vous fais enfermer à la Bas tille pendast un an.” Ma résolution fut vite prise. “—Eh bien ! monsieur, dis-je à M. de Saint-Preux, nous nous reverrons au Canada ! “—En vérité! dit le maré- chal ; vous tenez donc bien à vous couper la gorge avec mon neveu ? “_— Monseigneur, répliquai-je, je traverserai l'Océan à la nage, s’it 2e faut, mais je me battrai !” “Le maréchal me regarda, ré- fléchit un instant, puis s'assit devant son bureau. Il me sem- bla qu'il souriait daus sa mous- tache grise. ‘__Tenez, dit-il en remettant à son neveu une lettre qu'il ve- uait d'écrire, voici quelques mots pour M. de Montcalm. Je ne veux pas, mon cher Gaston, que vous ayez l'air du fuir une affaire d'honneur. Partez donc tous deux. Par cette lettre, je prie M. de Montcalm de fixer les conditions de votre rencon- tre. Promettez-moi l’un et l’au- tre d'accepter ces conditions, quelles qu'elles puissent être ; jurez-moi aussi de ne pas mettre l'épée à la main avant d’avoir vu le marquis.” “Nous fimes le serment que M. de Belle-isle exigeait de nous. Quelques jours après, nous nons emharquion; à Brest sur le brick l’Albatros. Vous connais- sez le nouvel ontrage que j'eus à subir de M. de Saint Preux, pendant le combat que nous a- vous soutenu contre les Anglais. Oser porter la main sur moi, me faire enfermer comme un mal- faiteur ! Ne voyez-vous pas en- core là une preuve de cette ja- lousie qui l‘a poussé une pre- mière fois à me barrer les portes du château de Vereaiilis ? 1] voulait se réserver pour lui seui l'honneur du combat ! Compre- nez-vonus maintenant que j'aie bâte de voir M. de Montcalm, puisqu'un caprice du vieux ma- réchal de Belle-1sle le fait juge de l'issue de notre querelle. —Et cette affaire terminée, dit Frontenac qu'elle se termine à votre avan: tage), resterez-vous parmi nous ? —Non certes ! s’écria d’Arra- monde. Vous oubliez doic que je n'ai pas encore vu le roi ? Dès que j'aurai chatié cet inso- lent comme il le mérite, je re- {tournerai en France, je courrai à Versailles, et je vous jure que cette fois j‘entrerai au château, dussé-je faire venir vingt pay- sans de mon pays, armés de bâ- tons, pour enfoncer les portes et caresser les reins des officiers de garde qui veudraient m'arrêé- ter ! Saint-Preux devait assister à un bal donné à Versailles en l'hon- | neur de je ne sais quel ambas- | sadeur étranger, et il était de! fort méchante humeur d'avo'r| | ms ptet moe ms. orange ‘ doginons Ripans Tabules cure torpid liver. Ripans Tabules relieyn nause Ripans Tabules: pleasant laxative. } (en supposant clothe m:n, womeu and young people tastefully, comtortably ‘and cheapiy. ln al' our experience we-have never before mada (such an attractive exhibit as that now on our shelres, and prices HOS1ERY—direct from the factory : Ladies fast black Hose, 3 pairs ne ss Éniés ésrsnsinss I Better makes 12} and...........15 German Hose, fast black, 20, 25 DS. ss chatie rodtéitiieens D All Wool Cashmere Hose..…..25 Boys Strong Ribbed Hose, larger sizes 17 to..................22 UNDERWEAR-—direct from the factory : Ladies Swiss Ribbed Vests 4 MR. ou bash Elegant Vests, drawn ueck, half sleeve 10, 15, 174, 20, 35 and .50 Same with long sleeves and buttoned, 20 and... .… 25 Infants Lambs' Wool Vests 16 (Oil édit. tél SE SHOES. This department com- pl.tely re-organized. Everything but men’s goods now on the Ribbons, Laces, etc. SCHOOL LATE + L = : (È Ga ee à à : in all departments are marvellously low. Space admits of men- tioning but a very f:w examples. [ground floor aud within easy reach. (Uood shoes at lovr prices :— Serge Slippers, .50, Congress 55 Leather Slipoers 40, Fine Tie Shoes .90 up. Tan - Shoes, $#1.00 Finest Lace and Button Boots $1.25 to $3.00. CLOTHING :—Shorey's gua- ranteed Ready-to-wear Clothing tor Men, Boys and Children, at prices never heArd of before. Child's suit $#1.00 up, Boy's suits $1.25 up, Men's suits $400 up. Waterproof cape coats only $4.00 DRESS GOODS : Double width fancy goods from All Woo! Serge from... ..25 Fancy Blacks.....20, 30, 40, 60. Priestley's beautiful fancy blacks 78 to $1.00. Magnificeut Range af Cotton Goods, Corsets, Blouses, Gloves WOOL AND EGGS Bought at highest market prices ; in fact a pound of wool will buy more goods here than anywhere else. Farm Sup- plies and Groceries right in quaiity and prices. B. ROGERS ALBERTON CHE A PEST AND BEST CHAIRS —IN— P. E. I. HE Make them ounrselves lis Write For Cure AND PRICES FURNITURE Good, Strong & Cheap MARK WRIGHT & CO. | Jan. 6th 1896. Charlottetown &æ WRITE FOR CUTS AND PRICES. æ © 7 — # ? + Ve k re