simplicité, nous brossent un tableau de leur communauté avec ses qualités et ses défauts. Ces poètes du terroir nous font aussi voir leurs principales pré occupations et leur système de valeurs. En somme, cette poésie populaire nous amène ä mieux saisir l'âme du peuple. Je disais que les Acadiens ont été pendant longtemps un peuple plutôt illettré. Rares étaient les personnes munies d'une bonne instruction formelle. Il faudra attendre la fondation de collèges et de couvents dans des paroisses acadiennes des Maritimes, ä compter du milieu du siècle dernier, pour voir surgir une petite élite d'Acadiens bien instruits. Ce sont ces gens privilégiés qui donneront naissance â une littérature écrite acadienne. Pendant très longtemps, même jusqu'à assez récemment, cette littérature s'est faite le portesparole d'une idéologie nationaliste acadienne dans laquelle on développait les thèmes de l'édu— cation, de l'histoire, de la lan ue, de la religion, de la colonisation et de l'agriculture , thèmes pratiquement absents de la littérature orale. Il est important de noter que cette littérature écrite a été presque exclusivement l'oeuvre d'hommes, voire de membres du clergé. Effectivement, jusqu'au milieu du présent siècle, seulement quelques rares Acadiennes se sont livrées â la publication. Si la femme demeure absente dans la littérature écrite acadienne, il en est tout autrement dans la littérature orale. Ici, elle y trouve bien sa place, notamment dans la chanson de composition locale. C'est du moins ce que je constate ä l'Ile—du—Prince—Edouard, mon terrain d'enquête, d'où j'ai tiré la matière pour le présent exposé. Là, les chansons locales acadiennes, peu importe le genre, ont été composées dans une large mesure par des femmes. Devant une telle constatation, l'étude de la chanson locale prend encore plus d'importance. De fait, elle nous réserve la possibi— lité de faire ressortir un discours de la femme acadienne pour la période du l9e siècle et du début du 20€, discours pratiquement introuvable ailleurs et pourtant indispensable ä l'interprétation de l'histoire sociale acadiennez. Examinons maintenant le contenu des oeuvres de ces poètes populaires. Pour ce faire, nous les regroupons en trois catégories: les complaintes, les chansons satiriques et humouristiques, et les chansons sur des événements spéciaux. En les étudiant nous tenterons de faire ressortir un certain nombre de valeurs ou de préoccupations, reflets de la société dans laquelle vivaient ces poètes. Les complaintes Les complaintes sont des chansons narratives et plain— tives composées pour commémorer des événements tragiques. Chansons très émotives, elles traitent le plus souvent de noyades mais aussi de meurtres, d‘incendies, de morts acciden- telles sur la route ou au travail et de mortalités causées