2e 00 ne ne ae ntm 0 ee me + dé 4 à MBA 0 a à | LE GRAND VAINCU (Suite de la 1ère page) Ses vêtements en désordre semblaient n'avoir pas été plus épargnés par les balles que les voiles déchiquetées qui pen- daient aux mâts. La main gauche à demi enfoncée dans la poche de sa culotte de drap bleu, il tenait sous son bras re- plié son chapeau orné d'une plume. De son autre main anx doigts effilés, il avait saisi un des échelons des huniers et il se campait sur l’étroite surface du bastingage avec la graciense dé- sinvolture d'un grand seigneur. Il adressa un sourire au vi- comte de Frontenac qui s’avan- çait vers lui, lui tendit cordiale- ment la main et tous deux sau- tèrent sur le pont du navire. Ce pont était désert, mais de larges plaques de sang caillé qui le souillaient par places in- diquaient que tous les défen- seurs du navire étaient morts à leur poste. M. de Frontenac, très-ému, interrogea du regard son jeune compagnon qui lui dit aussitôt : — Vous êtes, monsieur, sur le brick l'‘Aïbatros.” Partis de Brest vers le milieu du mois dernier, nous avions fait une henreuse traversée, et nous avions évité la flotte anglaise de l’ile Royale, lorsque, il y a deux jours. nous avons rencontré dans le Saint- Laarent deux frégates ennemies qui nous ont douné la chasse. Bien que notre brick fût bon voilier, elles ne tardèrent pas à nous rejoindre. Nous étions per- dus, nous voulûmes du moius nous défendre à outrance. Le combat a duré près de deux hevres...Je ne vous en raconte- rai pas les détails : vous voyez qu'il a été acharné et terrible. Qu'il vous suffise de savoir que nous fûmes assez heureux pour couler l’une des frégates enne. mies et que la mer s'étant reti- rée pendant le combat, ie second vaisseau anglais resta cloué sur un banc de sable. Nous pûmes donc continuer notre route sans avoir la honte d'amener notre pavillon. —Seriez-vous, monsieur, le commandant de ce brick ? de- manda le vicomte de Frontenac en contemplant avec intérêt ce jeune homme qui racontait si simplement un acte a’admirable bravoure. —Non, monsieur, répliqua le Jeune inconnü dont le visage prit une expression triste. Le brave marin qui commandait l’“Albatros’”’ a été ué l’un des premiers ; il est tombé là-bas, près dubeaupré. Je n’éta:s qu'un ! passager ; mais comme, à la mort du commandant, un peu de désordre s'était mis parmi ces braves gens, j'ai pris sur moi de les diriger, malgré mon inexpérience. — Veuillez me faire l'honneur de me donner votre main, dit l'officier avec élan : vous êtes un noble et brave jeune hoinme, monsieur. —Gaston de Saint-Preux, ré- pliqna le jeune étranger en ser- rant la main qui se tendait vers Jui. —Et moi, je me nomme le vi- comte de Frontenac, officier au service de Sa Majesté Très-Chré- tienne et aide de camp de M. le! marquis de Vaudreuil, gouver- neur du Canada... Permettez- | moi encore une question, vous | comprendrez assurément le sen. timent qui me la dicte. — Parlez, monsieur. —Nous annoncez-vous quel- que prochain secours ? Le roi pense-t-il à nous ? nous enverra- t-il bientôt des hommes, des armes êt des vivres pour dé- fendre ses possessions du Cana- da ? —Hélas ! quand j'a quitté Versailles, il y a deux mois, le roi paraissait plus préoccupé des plaisirs ét des fêtes qui se pré- L'IMPARTIAT, JEUDI, LE 6 OCTOBRE, 1898. paraient à Trianon que des pé- rils qui menacent sa colonie. Les soldats du Canada ne doivent compter que sur eux-mêmes, monsieur le vicomte. Un sombre nuage obscurcit le front du jeune officier canadien et un profond soupir s'exhala de sa poitrine. Puis, redressant vivement la tête, comme pour chasser de pé- nibles pensées, et jetant un coup d'œil sur les deux matelots qui se tenaient à l’avant du na- vire : — Ainsi, dit-il, vous n'êtes que trois survivants de ce sanglant cembat ? —Pardon, monsieur le vi- comte, nous restons six à bord : ces deux braves gens qui ont pu à eux seuls amener le brick en vue de Québec, moi, mon do- mestique Léveillé. auquel j'ai donné l’ordre de rester à fond de cale pendant le combat, car i] est porteur d'un message im- portant destiné au marquis de Montcalm......et deux prison- niers. —Deux prisonniers ?..…. —Oui ; si vous voulez bien ordonner à quatre de ces soldats de nous prêter main-forte, conti- nua Gaston de Saint-Preux dont un sourire vint eflleurer les lèvres, nons allons les déli- vrer. Le vicomte de Frontenac s’ap- procha du bastingage et donna an ordre. Aussitôt quatre des soldats qui défendaient à Ja foule l’accès de la passerelle se détachèrent et vinrent prendre place sur le pont à côté de l’offi- cier. —Veuillez me suivre, mon- sieur, dit alors Gaston de Saint- Preux en prenant jies devants. Il LE PRISONNIER. Le vicomte de Frontenac et ses hommes suivirent Gaston de Saint-Preux, qui prit un petit escalier conduisant à l’entre- pont. Arrivés daas la batterie. le même spectacle de désolation s’offrit aux regards attristés du Jeune oflicier. Tous les canonniers et servants des pièces avaient été tués ; le plancher était inondé de sang. Gaston de Saint-Preux con- duisit M. de Frontenac devant extérieurement avec l'affût d’un canon: —Les deux hommes qui sont enfermés 1ci ne sont nullement dangereux,—du moins quant à présent,-dit Gaston à voix basse à Son compagnon. L'un d’eux ce- péndant va se trouver sans dou- te en proie à une grande exalta- tion. Vous prierez vos soldats de le contenir, mais avec ménage- ment et respect, car Ce prison- nier est un gentilhomme ; le marquis d’Arramounde, — Et comment a-t-il mérité ce sévère traitement ? — J'ai pris sur moi de Je faire enfermer ici parce que, pendant le combat, eimperté par sa fou- gue méridionale, il avait voulu faire sauter le brick plutôt que de le rendre... —C'est, en effet, un brave gentilhomme qui a droit à tons nos égards, s'empressa de dire Frontenac. —Oui, répondit Saint-Preux avec son tranquille sourire ; mais avouez que sa bravoure é- tait un peu irréfléchie et qu’il valait mieux couler, comme nous l’avons fait, une frégate anglaise que de faire sauter un brick appartenant au roi. —Et votre autre prissonnier 2 —Oh ! rien que le valet du marquis d'Arramonde : un gar- çon fort jinoflensif, beaucoup plus prudent que son maitre. 1l avait mis sournoisement la main sur la corde du pavillon et allait peut-être l’abaisser, au moment où je l'ai fait arrêter et conduire ici. Attention ! vous autres, dit l'officier en se tournant vers ses tes ! hommes. Enleyez d'abord cet affût. Les soldats obéirent et pous- sèrent avec peine le lourd obs- tacle qui barrait la porte de la cabine. Au même instant, et comme si les prisonniers eusrent deviné ce qui se passait à l'extérieur, une vigoureuse poussée fut don. née à la porte dont la serrure sauta, et un jeune homme, les vêtements en désorde, les che- veux ébouriffés, les yeux ar. dents, s’élança hors de la cabine en poussant une exclamation de rage. —Monsieur, s’écria-t-il aussi. tôt en courant vers Saint-Preux qu'il inenaça de son poing cris- pé, vous me rendrez raison de cette nouvelle insulte, et, cette fois, je vous jure qu’il u’y aura personne entre nous pour nous séparer ! Gaston de Saint Preux con- serra son impassible sang-froid et se contenta de s'incliner silen- cieusement devant l'impétueux jeune homme que la colère a- vait rendu livide. Le vicomte de Frontenac fit un pas pour s'interposer entre cux Le prisonnier, dont la fureur obscurcissait sans doute la vue, le prit pour nn ofhicier de Sa Majesté Britannique et crut que les soidats qui l’accompagnaient étaient Anglais. —Monsieur, s'écriat-ilen ti- raut son épée du fourreau, et en la présentant au jeune officier, si j'avais été libre, vous ne m'’au- riezZ pas eu, ni moi, ni ce brick, ni les braves gens qui le mon- tent. Je suis votre prisonnier, je vais vous rendre mon épée. Mais, si vous êtes gentilhomme, j'espère que vous ne me refuserez pas de me la laissez seulement cinq minutes, pour qve je puis- se demander raison de l'outrage qui m'a été fait. En garde, mon- sieur ! cria-t-il en se tournant vers Saint-Preux. qui ne put s'empêcher de sou- rire de cette viol”nte sortie à la- quelle un accent méridiona] fort prononcé donnait un pi- quant tout particulier. Je ne|que je ne pouvais prendre part suis pas officier anglais, mais | dreuil. Le brick n’a pas amené son payillon ; il vient de jeter l'ancre devant Québec. Enfin vous êtes libre et j'ai l'honneur de vous offrir mes services, s'ils peuvent vous être de queique utilité. Le marquis d’Arramonde mordit sa moustache noire avec dépit et fit rentrer son épée au au fourreau d’un geste brasque. —Excusez-moi, monsieur, dit-il avec un pen d’embarras, Ah ! vraiment, nous sommes en vue de Québec ? fit-il avec : : aide de champ de M. de Vau- la porte d’une cabine barfcadée | __— e Vau- —Vous vous méprenez, mon-|je remercie Dieu qui vous à sieur le marquis, dit Frontenac | permis de voustirer vons-même | | cet entre-pont est fort obscur. |les miens, ettu nous suivras. Puis Saint-Preux, jetant un Et se tournant de nouveau vers Frontenae : — Pour l'amour de Dieu, mon- sieur, menez-nons, je vous en orie, vers M. de Montcalm ! æ— À. de Montualm est encore à son armée du lac Champlain, messieurs, répoadit Frontenac S1 vous avez hâte de le voir, il vous faudra aller le trouver à s01 Camp. —-S1 j'ai hâte de le voir ! ex- clama l'ardent d'Arramonde. | Monsieur, vous comprendrez mon impatience, quand vous saurez que mon honneur, l’hon- neur d’un d'Arramonde, enten- dez-vous, dépend de lui, de jui seul !...Je veux partir immé- diatement !.......…. Et, se penchant dans la cabi- ne dont |a porte était restée en- tr'ouverte : — Paterne ! cria-t-il, que fais- tu donc, maître sot ? Apporte- moi mon chapeau, mon man- teau, prends mes bagages et ALBERTON HEADQUARTERS JUNE 1898. For the warm weather, now due, we have a magnificent Stock the finest on this part of the 1sland—of everything required to clothe "men, womeu and young people tastefully, comtortably and cheapiy. 1n al our experience we have never before made such an attractive exhibit as that now on our shelves, and prices in all departments are marvellously low. Space admits of men- tioning but a very few examples. HOSI1ERY—direct from the factory : Ladies fast black Hose, 3 pairs D oo ue sues 2x T I Better makes 124 and............15 German Hose, fast black, 20, 25 MR. sit ttes 30 All Woo! Cashmere Hose...…..25 Boys Strong Ribbed Hose, larger sizes 17 to... ss dr D UNDERWEAR—direct from the factory : Ladies Swiss Ribbed Vests 4 ME loir enter tint eg sait 29 Elegant Vests, drawn ueck, half suis-moi ! Une figure rouge, effarée, se montra alors à travers l'entre- bâillement de la porte. Jean d’Arramonde arracha son man- teau des mains encore trem blants de son valet, cempa son chapeau sur sa tête avec un geste de matamore et suivit le vicomte de Frontenas qui, ac- compagné de ses hommes, avait déjà mis le pied sur la première marche de l'escalier pour re- monter sur le pont. Gaston dé Saint-Preux fit quelque pas dans l'entre-pont et appela à son tour son valet! E k: wool will buy more goods here than anywhere else. Farm Sup- Léveillé. Un petit homme alerte, et dont les regards vifs semblaient bien justifier le nom qu'il por- tait, sortit aussitôt d’une trappe qui conduisait à la cale du na- vire et sauta sur le plancher de la batterie, —-Tu n’a pas été touché pen- dant le combat ? ]ui demanda Saint-Preux à voix basse. —Non, monsieur le baron, et sain et sauf de ceite bagarre es Ah ! croyez bien que j'enrageais là-dedans de penser qu on se battait surle pont et à ia fête ! —C'est bien, dit le jeune homme en imposant siience à la! langue de son valet. Tu trou-| veras, sois-en sûr, une autre oc-| casion de montrer ton bonillant | courage, Astn la lettre que nous devons remettre à M. de! Montcalm ? | — La voici, dit Léveillé en ti. | raut de la poche de son pour. | point une enveloppe scellée | d’un large cachet qu’il donna à | son maitre. | —Tu vas prendre tes effets et regard soucieux sur ges habits | sleeve 10, 15, 174, 20, 35 and .50 Same with long sleeves and battoned. 20:28... Infants Lambs’ Wool Vests 16 nn nes cprserteenste sv... 40 SHOES. This department com- plstely re-organized. Everything but men’s goods now on the] (ground floor and within casy reach. (Good shoes at low prices :— Serge Slippers, .50, Congress 5 Leather Slipoers 40, Fine Tie Shoes. .90 up. Tan Shoes, $#1.00 Finest Lace and Button Boots $1.25 to $3.00. CLOTHING :—Shorey's gua- ranteed Ready-to-wear Clothing tor Men, Boys and Children, at prices never heard of before. Child's suit $#1.00 up, Boy's suits $1.25 up, Men's suits $400 up. 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Au moment où Gaston de pièces d’eau de Versailles Saint-Preux et Jean d’Arra- l’art de conduire un navire ! monde débarquèrent, la foule Gaston de Saint-Preux recut ce sarcasme en pleine poitrine, sans daigner y répondre antre- ment que par un froid sourire. —J'accepte votre offre cour-|survivants du combat sanglant toise, monsieur, continua Jean d'Arramonde en s'adressant à Frontenac. Veuillez nous con- duire sans tarder devant M. le marquis de Montcalm ; nous a- vons peur lui un message pres- sé, Quant à vous, monsieur, dit- il avec hauteur en adressant à Gaston de Saint-Preux un re- gard chargé de colère, rous nous reverrons | J'ai fait quinze cents lieues en mer pour avoir le droit de me battre avec vous ; j'espère, morbleu !que nous al-|sieurs frégates ennemies. lons bientôt régler nos comp- rassemblée sur 1 quai lesregar- da avec une avide curiosité. Les deux matelots, derniers |que le brick avait soutenu, é- Le avaient raconté l'histoire du @ taieut déjà descendus à terre maiheureux navire. Ce récit, en passant de bouche en bonche, avait été naturelle- ment fort exagéré. On affirmait que le brick a- vait repoussé à lui seul jl’atta- que d’une flotte anglaise consi- dérable et avait coulé bas p'u- (a continuer) Good, Strong & Cheap = mé s ) ê: di æ Si : E* St © F h 4 MARK WRIGHT & CO. Charlotcetown fc WRITE FOR CUTS AND PRICES. Jan. 6th 1896. F4