Mi Ë fliltfiêä &QM Cette compagnie cède ce lopin de terre aux Acadiens à condition que d’ici le 3 septembre 1924 ils l’entourent d’une clôture et y érigent une croix de fer. L'Abbé A. Cormier, de Shé— diac, après avoir lu l’acte de cession du terrain donna quelques explica— tions. Ce terrain est situé à 50 pieds de l'endroit exact d'où les Acadiens de Grand-Pré en 1755 s’embarque- rent sur des chaloupes qui étaient venues dans le ruisseau, à sec main- tenant, pour ensuite aller conduire les malheureux à bord des navires anglais a l'ancre dans le Bassin des Mines a l'embouchure de Ia rivière Gaspareaux. Les Acadiens s’étaient donc rendus a cet endroit pour la prise de posses- sion de ce lopin de terre ou ils érige- ront un monument qui sera connu sous le nom de croix de l'embar— quement. L’honorable M. Véniot, Premier ministre acadien du Nouveau- Brunswick, prononça le discours de circonstance. Nous sommes ici, dit- il, à l’endroit d'ou partirent nos pères. En partant, ils durent jeter un regard du côté de leur église et se dirent au fond du coeur .' « Nous reviendrons. » Ils y sont revenus puisque le berceau de leur race est de nouveau la propriété des leurs. Conformément aux voeux expri— més l’été précédent, en juillet 1924 les travaux étaient en cours afin d’ériger une croix pour commémorer la dispersion des Acadiens : Grâce à l’activité du comité de l'église-souvenir de Grand—Pré, et surtout de son énergétique prési— dent, le révérend A.D. Cormier, il s’érige actuellement près du terrain de Grand-Pré, une croix destinée a perpétuer le souvenir de la disper- sion des Acadiens en 1755. C’est ù Horton Sidng (sic), à un mille et demi de distance du parc ou a été construite l’église—souvenir, que cette croix est érigée, tout près de la ligne de chemin de fer. La croix est construite en fer malléable et a vingt pieds de hauteur. Elle est de style gothique et est sise sur une base en ciment armé, faisant face a l’église- :—— I755 vk J763 ——-: souvenir. Le tout est entouré d’une balustrade en fer d’à peu près quinze pieds carrés. La croix porte deux inscriptions, l'une enfrançais et l'autre en anglais. Cette inscription est comme suit « Le lit desséché du crique que l'on aperçoit dans le pré à quelques pas d'ici est l’endroit ou furent embar- qués sur les chaloupes, les victimes du Grand Dérangement de 1755 pour être transbordées sur les transports ancrés dans le Bassin des 5 Mines. » ' C 'est la maison Abrams and Son de Moncton qui a construit la croix et elle est érigée par M. Thaddée Léger de Lewisville qui eut charge des travaux lors de la construc— tion de l’église-souvenir. Les plans ont été préparés par M.R.A. Fréchet. En cette occasion. M. Fréchet a fait preuve d'un dé— vouement sans bornes à l’endroit des oeuvres de Grand-Pré. De fait, on ne saurait apprécier tout le temps que l’architecte Fréchet a dépensé à la préparation des plans et à la surveillance des travaux qui ont été accomplis a Grand—Pré depuis quel- ques années. Le Tout, son travail, sa surveillance des travaux qui ont été accomplis ù Grand-Pré ont été donnés généreusement comme con— tribution a l’oeuvre ayant refusé en toute circonstance d'accepter un sou de rémunération. Comme le président du comité de l’église—souvenir, l’architecte Fréchet a fait preuve d’un dévouement dont les Acadiens sauront lui tenir compte. (L'Acadien, le 15juillet 1924.) Au cours de l’été 1924, Henri Bourassa et son journal Le Devoir or anisent un pèlerinage « au pays d’ vangéline ». Les 280 délégués prennent leur départ de Montréal le dimanche 17 août 1924 à bord de trains spéciaux du chemin de fer Canadien National. Le train fait son arrivée à Grand—Pré à 7 heures le matin du mardi 19 août. Un arti- cle du 21 août du journal The Aca- dian, témoigne que les pèlerins voyageaient dans deux beaux trains de fer accompagnés par monsieur PAGE 27 G. Comeau, représentant du Domi— nion Atlantic Railway. Selon l'article, une cérémonie eut lieu à l’églisc— souvenir de Grand-Pré lors de la— quelle le révérend A. D. Cormier et monsieur J. V. Landry de Shédiac ont pris la parole. Une messe fut ensuite célébrée par Mgr Richard de Verdun, Québec. Après la messe, la foule s’est dépla- cée vers l’emplacement de la Croix de la Déportation pour une cérémonie de bénédiction présidée par Mgr Richard. Suite à la bénédiction de la croix, monsieur Henri Bourassa a prononcé une allocution qui fit la une de plusieurs journaux. Selon The Halifax Herald, et The Evening Mail, monsieur Bourassa aurait fait ap- pel « à l’unité des deux races >>. Le Devoir indique que les pèlerins ont été accueillis avec enthousiasme, que monsieur Bourassa a parlé à la bénédiction et « a eu un très grand succès». La croix, d’une hauteur d’environ 12 pieds (quatre mètres), a été érigée à quelques mètres seulement de la voie ferrée à l’époque durant laquelle des milliers de visiteurs se rendaient à Grand-Pré en train à chaque année. Dans un article sur le « Symbolisme de la Croix de la Déportation », Maurice A. Léger écrit: La croix dans la chrétienté est le gibet formé de deux pièces de bois placées en traverse l'une de l’autre sur laquelle fut supplicié [ésus-Christ. Par extension « faire une croix » indique un événement extraordinaire; tandis que « faire une croix sur/ou dessus » signifie faire son deuil de quelque chose. La croix a toujours eut la connotation d’une certaine synergie antagoniste. Tous ces caractères se retrouvent dansr la « Croix de la Déportation » de Grand—Pré. La croix marque le site même de l'embarquement des Acadiens des Mines dans les chalou— pes les transportant jusqu'aux navi- res qui les ont menés a leur destina— tion d'exil en 1755. La croix est de forme latine, tréflc’e ou trilobée, la pièce verticale étant plus longue que la traverse horizontale. Les trois