L'IMPARTIAL L'HONNEUR RECONQUIS —— — 1 Des trois enfants qu'avait eus Pierre Perron, pêcheur au Tréport, deux Ini ayant été ra- vis par cette terrible englontis- seuse qu'est la mer ; le père désolé no foulut pas jeter le plus jeune, le seul qui lui restät inaintenant, aux mêmes hesards tragiques. Il le fit instruire au- tant queses faibles ressources 1e lui permettaient, puis, quand Gilbert eut dix-sept ans, il l’en- voya à Paris où d'influentes re- commandations le firent accueil lir dans une grande maison de commerce. C'était bien loin, sans doute, le père Perron et sa Mais sous l’affront mérité le jeune homme relève le front. —Non, dit-il, je n’ai rien vo- lé Mais j'aliais le faire, si vous n'étiez survenu, ce dont je remercie le ciei !... N'importe même temps causer, le deses- poir d’un père pour qui l’hon- Et ïil ajoute, joignant les mains, la voix entrecoupée : — Grâce, monsieur ! au moins pour lui ! Devant cette douleur où il sent vibrer encore les bons sen- timents, M. porval s’est ému ; il va vers la porte, en pousse Je L vous pouvez me perdre, et en! néteté est au-dessus de tout | L'une des pius proches, lol: ITréport, voyait chaque jour se |renouveler ou s’accroitre le nombre des voyageurs que les (trains du Chemin de fer du {Nord lu: upportaient, les uns pour quelques heures seule- ment, les autres pour toute une saison. | Parmi ces derniers se trou- vaient M. et Mme Dorval, ar- rivés depuis une quinzaine. | Havre, Boulogne ; cette année, c'est le Tréport qu'ils avaient /voulu visiter Encore fort. alertes, en dépit de leurs soixante ans, souvent ils aimaient à gravir les quatre |cents marches et plus qui ac- icèdent an Calvaire. Non :oin femme ne pouvaient espérer! "Trou, revient au jeune hom- |ils s'asseyaient au bord des ‘de voir souvent Jeur enfant, mais ils se disaient : —Au moins, celui-là, la mer ne nous l'arrachera pas comme les autres ; nous savons qu'il vit, et malgré la distance nos cœurs et le sien sont ensemble. Et quand même ils étaient contents. 11s ne savaient pas que ce pres tigieux Paris, avec, à l'horizon ses rayonnements d’apothéose, a comme la mer ses écueils, ses tempêtes, ses naufrages. L'âge venu, le jeune homme dut accomplir son service rai- litaire ; mais, au retvur, après deux mois passés dans sa fa-| mille, il rentra dans la maison qu'il avait quittée, cette fois a- vec l'emploi de caissier. Ce fut un malheur. Cet ar- gent qu'il maniait loi donna des tentaiions ; non qu'il son- geät à sel'approprier, mais il. crut pouvoir s’en servir pour! tenter Ja fortane en jouant aux Courses. 1l ne doutait pas du! succès, et se promettait bien de remettre intégralement dans la | caisse la somme empruntée, Hélas ! la chance ne lui fut pas favorable, et, gagnant un jour, perdant l’autre, 11 vint un moment où il eut un déficit de. cinq mille francs, et cela à Ja veille de l'examen de sa comp- tabilité. Alors, ilse vit perdu, déshonoré. Où trouver cet ar-| gent ? À tout prix, il lui fallait. | C'est dans de telles extrémi- tés que les pires suggestions peuvent jeter un homme de ia! faute dans le crime ! bert avait noué des relations d'amitié avec Savinien, Dorval, un jeune homme de son âge- dont les parents, enrichis dans le négoce, donnaient fréquem- ment de petites fêtes fort sui- vies. Présenté par Savinien, “Hilbert en devint l'hôte assidu, On faisait de la musique, on dansait. plus intimement, Gil- bert était invité quelquefois aux dine;s de famille. Si bien qu'il fat bientôt comme chez lui dans cette maison amie, il en connaissait aussi le peu del défiance des maitres. 11 résolut d'en profiter. Le malheureux ne s’apparte. nait plus ! Un soir qu'il y avait bal, il sortit furtivemeut des salons, gagna l'étage supérieur où se trouvait une pièce servant de bureau à M. Dorval. La clef é- tait sur la porte ; il n'eut qu'à! la tournr. À tâtons, il alla vers uu secrétaire que le père de Sar nien 2xait quelquefois ouvert en sa présence Li encore, la clef Déjà sa main fouiile les tablet- tes, quand soudain la porie se rouvre derrière lui. on entre, la lumière jaillit au bec de la, lampe suspendue. Et Gilbert voit M. porval! Celui-ci l’apercoit à son tour. —Vous !s'écrie-t:1l, vous ici ! Gilbert ne trouve pas un mot à répondre ; -il baisse la tête, il se sent près de défaillir. M. porval voit ce trouble, il voit son secrétaire ouvert. Pourrait-il se méprendre _yonsieur Gilbert Perron, dit-il, vous êtes un voleur ! . * 20e ro. PE À + ” | me. — Pourquoi voulez-vous me | voler ? lui demande:t il | | —Vovs tenez à le savoir ?… | Et Gilbert fait sa confess:on ; | vouerai tout- \1l dit quel fatal entrainement mine ainsi : | [Oh ! je n’eusse pas pris un sou de plus, je vous ie jure, et je Eh bien ! soit !.....Je vous a-! | hautes falaises. Et, de à, leurs lregards suivaient au loin la | marche des bateaux. pêcheurs (qui dansaient sur: Jes flots comme de frêles coquilles, leur voile enflée au vent. Au charme qu'ils - éprou- vaient à contempler se mélait | | Î | | | | | Ils avaient vu Dieppe, Lee oO u à . . | RS è | l'a égaré, les cinq mille francs chez Mme Dorval une sorte de | con, l'un de trois, l'autre de détournés et perdus, et il ter- crainte instinctive ; l’immensité | cinq ans, étaient accourus vers | lui faisait peur, et jusque là |lui, et le regardaient curieuse- —Ces cinq mille francs...) son mari n'avait pu la décider ment. à une promenade en mer. 4 | Un jour, pourtant, elle y con- | beri Perron-? demanda le visi | der Gilbert —Quel est son nom ?..où } demeure-t-il ? — Vous n'avez qu'à deman- Perron ; tout le monde vous indiquera sa de- meure. —(Gilbert Perron ; répéta M. Dorval, en qui ce nom éveillait un souvenir : Jui, ce serait, lui ! Donne, Une heure plus tard, quand, rentrée à l'hôtel etayant chan- de vêtements, Mme Dorval! prenait unrepos qui devait, achever de la remettre, M. Dor- | val, renseigné par l'hôtelier, | sortait pour frapper bientôt à | la porte du pêcheur Gilbert | Perron, dans- l’une des nn: | | | Î | | | | montantes du Tréport. Ce fut une femme d’une trentaine d'années, portant un! tout june enfant, sur ses bras, | qui le Tecut. Bien rustique, ce logis où il entreit, mais tout y était. propre etrangé : on y devinait la ménagère attentive ec labo- | rieuse. , | Î Deux bambins, fille et gar } | {C'est ici qu'habite M. Gil- | { | | comptais bien les restitxer sentit. La mer était salme, à |ieur.” | queique jour !….. Ces cinq! peine une brise légère. C'était! mais oui, mon bon mon-| mille franes remis dans malun dimanche. Les trains de sieur. | caisse, j'étais sauvé ; nul n'au-| plaisir avaient amené une! Vous êtes sa femme, sans | [rait connu ma faute... Le sort fouie joyeuse qui se pressait| doute, et ce sont là ses en-| ine l'a pas voulu .Mainte-! dans les bateaux. Cette gaité, ce | fants ? [nant,que vous me dénonciez ou non, c’est toujours pour moi le | déshonneur ! Je ne l'’atten- |drai pas. | —{(jne ferez-vous ? —Une balle de revolver dans | la tête, et j aurai expié ! — Vous ne songez pas à votre | père en parlant ainsi. | —An contraire ; c'est parce (que jy songe, et que je ne |veux pas qu'il me méprise et [me maudisse ! -"Q 1lbert pariait avec un tel l'accent de résolntion que M. | Dorval ne douta pas un instant iqu'il ne mit son projet à exé- |cution ; alors, | sa pitié | Monsieur Gilbe’t Perron, voulez-vous me faire un ser- |ment ? | —Lequel, monsieur ? —Vous quitterez Paris, vous | La Justice m'y attendra | comme Ici. | —Non, la Justice n'aura pas | | à \ous poursuivre, car demain | vous aurez dans votre caisse, |jes cinq mille francs qui y man | quent. | En même temps, M. Dorval Itirait de son secrétaire cinq billets de banque de mille francs, qu'il tendait à Gilbert. | —Les voici. Gitbert resta un sans voix tant l'émotion le ser. moment rait à la gorge ; puis, enfin, des sangiôts conpaut ses mots, Il balbutia 1 ! ÉN de us 4 œ£, —Oh ! monsieur, tant de vé- SRopr s So MÉTOSHÉ re ! C'est la vie que vous me rendez !..…....Oui, Jje füicai Paris. j'irat vivre auprès 1 : hs : dus êtres chers que Jamais Je n'aurais dû quitter !...Avec de bous bras et du courage om uaguer sol trouve partout a pain... Oh ! merci, monsieur, PerCi !..i. J'espère bien vous | rendre un jour... —Je ne vous demande rien, inte:rompit M. Dorval... Que tout ceci reste entre vous et moi. Et maintenant re-descen- dez, prétextez une indisposi- tion et quittez ma maison pour y pas revenir. Nous ne nous connaissons plus. Adieu. II Huit années s'étaient écou- lées. On était à la fin de juin, é- poque où la foule parisienne, limite qui avide de rompant l'étroite l'enserre, se répand, plein air, dans les grandes et | petites viiles de notre littoral. * ? Le. n'écoutant que. - ., |recournerez dans votre famiile.| Depuis quelque temps, Gil-|':°47R6 . . |mouvement l'enhardirent. Pour tant, ce ne fut pas sans trem- bler un peu qu’elle prit place | Ï lauprès de son mari dans l'une des embarcations. Jieutôt, charge d'une viug- laine de promeneurs, le ba- | | teau sortait du chenal, hailé à| la corde jusqu'au môle, et pre-| nait le large. Ce fut une prome- nade charmante pendant une | | demi-heure. À peine si l'on sel sentait vogner. Mais comme la barque virait pour revenir, {oup-à-coup une nuée monta, envañuit le ciel, et un vent d’'o rage s’éleva. La mer commença à mouton- ver, puis grossit. Les maiutenant s'enflai nt, se di. robaient, soulevant la barque vagues Î jjeunc. Parait qu'il avait vn | ou se crensant sous éile Pour. la laisser retomber. En même ciel noir et le | dait. | Affolée, Mme Dorval s'était serrée contre son mari, qui €s” | sayait vainement de la rassurer tonnerre gron- Cependant, on chait du chenal. il Soudain, sous un formidable coup de foudre, une vague fu- let bravement il s’est mis à ,: anih: 7 en: à v Dhs vt. temps. les éelairs fendaient le |Pêche avec son pi re. Pourtant, | | celui-ci ne voulait point | Mais Gilbert était résolu, lui, et | —Comine vous le dites, mon: sieur. — Je voudrais lui parler. — Ah ! dame | | | ! c'est qu'il west | poiut là ! | —Tardera t-il à rentrer ? | —Ca, je ne sais point. Il est! à promener les gens de Paris dans son bateau. Vous com-| prenez, le dimanche, on ga ne | comme ça, quelque chose. — Vous 1ignorez qu'il y a une heure 1l a sauvé une pau- vre femme tombée à ia mer ? — Bien sûr, puisque je ne l'ai poiut revu de midi ; ais, tout de même, ça ne m'étonne point. —Dites-moi ; votre mari n'a. t-il pas été autrefois à Paris’ ? —Qui-dà ! quand ïl était emploi. Mais il en est revenu, US | ! ‘il s’est fait pêcheur q uand mé- | appro-| A |heure...On n'est pas bin riche, | la pêche est souvent mauvaise, rieuse fait pencher l’embarca:| tion de l'arrière à l'avant, et la | pauvre femme, terrifiée, se ren: r sc: (à r + mr ha à PF naar ]: Hs verse et tomDe à 1 mer, 1als-| sant anx Goivts Crispés de son) mari uu iambeau de son vôête- ment. | portent les pêcheurs, sous ses vêtements grossiers, M. Dorval M. Dorval se dresse, éperdu!| Le patron va se porter au se-| cours de sa voyageuse, mais un homme l'a déjà devancé, —un homme qui de la jetée a vu l'accident et s’est elancé dans iles flots. En quelques brasstes, il est près de la noyée, qu'il ramène ‘au batean, on dix bras se ten- dent pour ia prendre. Elle est sauvée !.…. Quant au sauveteur, il re- gagne la plagge et d'sparait au milieu de la foule accourue. Cela avait été si rapide que la vieille dame n'avait même pas perdu c'est avec un sourire qu'elle rassura SON Mari : connaissauce, et —Ce ne sera rien, mon ami! Alors, M. Dorval, pale d'émotion, s’adressa au pation du bateau : encore —(Cret homme, vous le con- naissez ? —Qui ne leconnait 2... 1! pêcheur [==] est d'ici, et c'est vn comme 1101. Quant aux tages, il n'en est plus à les comp ‘ter. sauve-! ! | À mes NS he |mes mariés, et ses pauvres pa Me: Et puis, nous nous som rents sont défants, à cette mais on sait se contenter de ce qu'on à,eton est heureux ! À ce moment Ja porte s'ou- viitet un bomme entra. Dans ce2 visage hâlé, = £ av ec une barbe en collier comme ja ’ eut peineà reconnaitre l'elé- gant Gitbert Perron d'autrefois. | Muis les deux petits s'étaient etés au-devant de l’arrivant “Papa !ilcne pouvait y avoir doute pour M. Dorval : | Le pêcheur, lui, l'avait iout| de suite recounu ; il s’arréta| saisi, disant : | | en l'apoelant — Monsieur Dorvai ! —Oui, c'est moi, mou ami, | moi qui, à mon tour, vous dis | “Merci!” Oui, merci, pour m'a voir conservé ma boune et chère ! l..Gilb:rt Perron.| vous êtes un compagne grand et cœur ; j2 vousestime et je vous honnoïe !... Voulez-vous mel douner votre main ? 0 pêcheur, à Ja fois confns et heureux, en répondant à lé- treinte du brave homme, moi qui vous dois tant ! — Mon ami, c’est moi qui suis votre débiteur maintenant !...| Et je le serai toujours..Tout ce que je veux faire et quittera jamais ! | Denis La igat. | subscribers we give this book free. | & ! monsieur, baibutia le! ferai | 1 | pour vous ct les vôtres ne m ac-|£} \ NI æ HER HOME, HEALTH WOMAN 5 AND BEAUTY Pr | Boudoir and T'oilet. Dining Room and Parlons House Decoration. Health of Women and Children. 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