18 gouvernement apportait plus de soin à l'instructi0n_de nos jeunes hommes, tant dans la langue française que dans la langue anglaise, de meilleurs citoyens habiteraient nos villes et nos campagnes. Ils en feraient des hommes loyaux et intelligents. La grande faute des instituteurs français, dans mon opinion, est leur manque d'activité â agiter cette grande et noble question, en faisant applica- tion au gouvernement afin d'obtenir un département français â l'Ecole Normale. Est'ce leur manque de courage ou leur manque de patriotisme qui les empêche de faire quelques efforts? Pensez—vous que dans cent ans, s'il n'y a pas d'amendement, au train que nous allons, toute trace de notre belle langue française sera effacée dans nos généra- tions futures! De nos jours déjà, ä peine pouvez—vous arracher une parole française, tant des institeurs que des élèves. Qu'en sera—t—il donc dans cinquante ou cent ans? Le jargon britannique sera la langue dominatrice ou adoptée par notre race; et les accents de la langue française ne seront plus entendus sur notre belle Isle St-Jean. Anglais, partout l'Anglais! Plus d'Acadiens! plus de langue française! Et pourquoi? pour faire place ä une langue étrangère. Oh! mes amis, un tel état de choses est déplorable ä constater. Si les cendres de nos ancêtres pouvaient se rassembler et sortir de la tombe qui les tient prisonniers! Oh! qu'ils rougiraient de nous, en nous entendant parler une autre langue que la langue française, à laquelle ils attachaient un si grand prix. Il me semble les entendre, s'adressant â nous, en ces termes: “Eh quoi, vous n'êtes donc plus français? vous n'êtes donc plus des descendants de la Vielle et belle Acadieï" Ou bien: "Eh quoi, vous n'avez pas honte de renier votre nation, votre langue, votre origine, et je pourrais même dire votre honneur?" Tâchons donc, mes amis, et surtout la classe instruite, d'attacher plus de prix â notre langue, et de la parler toujours. C'est un noble héritage que nous devons conserver à juste titre, et de plus le conserver intact. S'il nous est absolument nécessaire d'avoir une connaissance de la langue anglaise, du moins ne faisons pas mépris de notre langue maternelle. Parlons—la dans nos familles, parlons- la entre nous, enfin parlons-la en société. Elle est toujours la plus belle et la plus riche. Dans tous les cercles de la société aux EtatsaUnis, comme en Angleterre, la langue française n'est pas méprisée, mais au contraire elle est parlée en société, préférablement â l'anglais, comme étant la plus claire, la plus douce et la plus belle, et ils ne se trompent pas dans cette assertion. Lors de la convention de 1884, je l'avoue avec franchise, j'avais honte de mes compatriotes de l'Isle, de voir la manière dont ils s'entretenaient entre eux. Il me semble que cela devait être tîes contrariant pour les étrangers de voir