ville m‘a paru plus sale qu'il y a quatre ans, alors que j'eus, comme aujourd'hui, l'avantage de visiter une grande partie de l'Ile. Les maisons sont vieilles, les trottoirs indécents, et de loin en loin, un lampion solitaire éclaire la nuit les passants et conduit les étrangers. Ses rues sont larges, cependant, et seraient belles si elles étaient mieux entretenues et bordées moins rarement de grands édifices. Summerside, malgré la vase qui la couvre, est une ville riche et renferme des millionnaires. Si elle paraît endormie ce n'est pas faute d'argent; ses habitants veulent peut—être en faire une relique du temps passé. De Summerside en allant à l'ouest, le premier endroit qu'on rencontre est Miscouche, qui restera célèbre comme ayant été le siège de la première convene tion acadienne tenue sur l'Ile. Ses maisons blanches, ses bâtiments également blanchis et bien entretenus, son terrain élevé et sec, en font un village coquet et propre fort plaisant à l'oeil. Aux Etats—Unis il y a le roi des chemins de fer, le roi du lard, le roi des mines etc. A Miscouche on a le Roi des Huîtres. Ce titre sied aussi bien à M. Gilbert Desroches que les titres ci—dessus à Vanderbilt ou aux autres princes du commerce américain. La quan« tité d‘huîtres exportées chaque année de cette localité sur les marchés de Québec, Montréal est énorme et M. Desroches en est le principal commerçant. Les quarts vides seuls lui coûtent, cet automne, plus de S400. MM. Honoré V. Desroches et Jean S. Gaudet, marchands, exportent aussi une grande quantité. Le prix des huîtres est ferme cet automne, et les pêcheurs font de S4 à SS par jour chacun. Malheureusement, le temps’n'est pas favorable et ils sont obligés de chômer souvent. La paroisse française voisine de Miscouche est Mont—Carmel où l'on se rend en voiture en traversant un grand marécage. Presque toute la paroisse se trouve sur un terrain bas, que les pluies d'automne détrempent à une grande profondeur et qui rendent les communications difficiles. Les habitants, heureusement, sont énergiques et font leur possible pour rendre les chemins passables. M. l'abbé N. C. A. Boudreault, curé de Miscouche, dessert également cette paroisse et n'épargne rien pour rendre le culte divin plus imposant. Cet été on a donné à l'église et à ses dépendances une apparence toute neuve, et M. Landry, artiste de renom, achève d'en décorer l'intérieur de peintures magnifiques. Les lecteurs du Moniteur auront bientôt l'avantage d'en lire une belle description due a l'une des meilleures plumes françaises de l'Ile, M. Elisée Gallant. ‘