L EU _rique ? Gunamen Hp 2 ci DR » FR REP E ARE RENE $ Ne: wa ZA CIE. DE PUB. DE L'IMPARTIAL, PROPRIÉTAIRE. VOL. 3. NO. 21 | 1 SigiE sde tree ignnennteee - & RERIRIRIRIRIRIRIESR Michon, effaré, regardait l'ins- pecteur. Lui, Claude, braver ainsi les mers perfides, d’abord sur un petit vapeur dont il ne savait rien, et ensuite sur un grand dont il avait entendu dire mille choses effrayantes. “Et puis, à quoi bon? ‘Jante Honorine sera morte, archi-morte, pendent ce temps-là... grogna-t-il. Et nous!... mais, au fait, reprit-il certaines gens vivent des années avec une hémiplégie. Il n’y a rien d’outrecuidant à espérer qu'elle tiendra quinze jours, et si je lui ramène S:phie, elle aura la preuve de l'intérèt que moi, au moins, je lui porte. ? Le raisonnement, quoique dicté par la cupidité, n’était pas trop mauvais. Seulement, l’idée de quitter la Frauce comme cela, pour courir après sa femme, sur l’eau, sur cette chose mouvante et terrible dans un bâtiment où on ne parlerait pas français, où il fallait s'attendre à manger une nourriture dont il n’avait pas l’habitude et à boire des horreurs anglaises ou américaines, cette idée dis-je, lui faisait d'esser les cheveux sur la tête. Et puis, tout seul, seui au milieu d'’étran- gers célèbres par leur sans-gêne et leur brutal égoisme. Voyager avec sa femme, il y eût cousenti à la rigueur, parce que cette idée lui était devenue familière à la suite de ses discussions de ménage. Mais toute seul, abandonné, exposé à n’avoir plus ses aises. Ilen fré- missait de la tête aux pieds pen- dant que ces pensées se suc: édaient dans sa cervelle avec une rapidité de bourrasques. ‘Si je savais l'anglais, encore, ”” pensa-t-il tout haut. L'inspecteur des flots, ayant en- tendu cette douloureuse exclam- tion, reprit la parole avec cette bonne grâce dont il était coutu- tier : «gi monsieur voulat se faire accompagner d’un interpète, il y a ici un jeune garçon de couleur qui accepterait cet office avec plai- sir. L'anglais et le français lui sont familiers, et je crois que pour toute salaire il ne demanderait qu’à être rapatrié aux Etats-Unis. Il est né à la Nouvelle-Orléans. _Ah!fit Michon, qui dressa l'oreille. _—Le passage en troisième classe n’est pas très cher, reprit le vieux marin. Le pauvre diable bourlin- gue ici depuis six mois sans parve- nir à gagner chaque jour Sa ration de fayauts. L'emmener serait une charité de votre part, et il vous rendrait service. __Où le trouve-t-on ?’’ demanda Claude au hasard. Pour toute réponse, l'inspecteur des flots siffla vigoureusement, en appuyant deux doigts sur sa lan- gue, et l'on vit accourir un petit nègre, aux lèvres rouges, aux grands yeux blancs, qui, dans un rire un peu craintif, montrait des dents de loup à jeun. à 2 “guy voudrais retourner en Amé- __Oh ! oui, monsieur. Quel âge as-tu ? _—Seize ans. __Et tu sais parler anglais. "Yes, sir, I have... TIGNISH, FEUILLETON DE L'IMPARTIAL L’'AVENTURIER MALGRE LUI. 66660090 —Tnutile, je n’en comprends pas un mot. Comment t’appelies-tu ? —Boubou.’’ Michon s’absorba dans des réfle- xions profondes. Singulière con- séquence de sa conjonction avec Boubou, il se vit brusquement pos- sesseur des biens de tante Hono- rine, avec un nègre pour domesti- ue, comme un seigneur du temps de Louis XV,et cela le flatta. Mais, pour avoir cette fortune, il fallait à toute force ramener So- phie. Comme les poltrons qui de- viennent des foudres de guerre pour une courte minute, il prit tête baissée une résolution subite et dit : ‘Je t'emniène, viens.” Puis, se tournant vers l'inspec- teur : ‘““Merci, monsieur, dit-il, où est ce vapeur ? —C'est celui dont la cheminée rouge fume là-bas,’ répondit le complaisant vieillard en montrant uu navire, pendaut que Boubou. ravi, sautait de joie devant Claude. Quelques minutes plus tard, le jeune nègre entrait en fonctions. Très débrouillard, malin même, il traita du passage avec le capitaine anglais,choisit lui-même la cabine de Michon, à un bon endroit, où le tangage écait le moins sensible, et, à midi, le vapeur dérapait. Dire que Claude avait le cœur tran quille serait exagéré. Le malheu-eux subissait sa deïtirnée en maudissant le sort. Mais il était parti, résuliat auquel il ne se serait pas attendu lui-même, trois heures auparavant. Et voyez la chance. RIRLRERIRIRS ES RS ILE du PRINCE EDOUARD, JEUDI ès avec bon souper, bon gîte et le reste, vantaient l'agrément d’être ballotté, énuméraient mensongère- ment les prétendus plaisirs de la navigation et pervertissaient par de tels récits des âmes comme celle de sa Sophie. qui, il l'espèrait du moins, serait radicalement guérie de son amour pour les aventures, quand il la retrouverait à New- Vork. Le malheureux, d’ailleurs, ne dormit pas une minute. Ils’at- tendait à chaque instant à quelque catastrophe épouvantable. La sueur inondait ses tempes quand il sonseait que peut-être, un quart d'heure plus tard, le navire entr’ou- vert s’abîmerait avec lui au plus Résigné à “ 2 } étre secoué par un mal de mer profond de cette eau sale et presque glacée. Le lendemain matin, quand Bou- bon entra dans sa cabine, il lui de» manda naïvement : ‘#Tu sais nager, toi ? —Oh ! oui, monsieur, pourquoi ? — Pour rien, quel temps fait-il ? —Double brise,’ répondit le pe- tit nègre, en traduisant une ex- pression courante des marins du bord. Michon, rassuré par ce mot de brise, s’habilla, prit le thé tradi- tionnel avec tartines et œufs mol- lets, puis quitta la salle à manger, pour se rendre sur le pont. Le brouillard s'était un peu dissipé ; on pouvait distinguer la forme des vagues à deux cent cinquante mè- tres ; mais quand il voulut s’avan- cer sur le pont, il y eut uue rafale si extraordinairement violente qu’il perdit pied et allait, qui sait, être jeté à la mer parle vent, si un atroce, il avait préparé quelques | grand diable de matelot écossais ne palliatifs dont Boubou prôuait l’ef-/l'eût prestement saisi par le bras, ficacité. Iln’en eut pas besoin. Par un miracaleux hasard, son es- tomac était réfractaire à cette abo- minable indisposition. ‘C’est toujours ca, disait-il en dinant confortablement, vers cinq heures. Mais Sophie me le paiera tout de même." Le lendemain matin, il s’embar- quait sur le paquebot de la Compa- gaie Cunard, en spécifiant que Bou- bou, q1oique passager de troisième classe, pourrait venir sur l'arrière remplir auprès de lui son service de drogmian et de valet de chambre. Le premier jour, tout alla bien. Le second, il y eut un coup de vent issez raide, Mais toujours pas de mal de mer. Seulement, Michou sensations nouvelles Cette énorme masse Aottante que des lames géantes se- couaient sous ses pieds comme un fétu, et qui craquait parfois dans toute sa longueur ; la brume é- paisse entourant le navire, et cette voix de la sirène lançant dans l’es- pace ses avertissements sin'stres et cont nus ; le froid qu’'1i faisait à bord, les paquets de mer s’abattant sur le pont, tout enfin fft reuaître en lui l'horreur instinctive des vo- yages. Quand la nuit vint, il fut pris, à la pensée que cetie machine infe-nale à laquelle il s'était conûé pouvait d'un moment à l'autre en heurter une autre de même force, et s'entr'ouvrir, et s'enfoncer, il fut pris, dis-je, d'une rage nouve'le coutre les insensés qui avaient 1n- venté tout ça, et qui, au lieu de éprouvait des et terribles. avais dit centupie, encore. recalé et conduit sous la passerelle dans un coin, à l'abri. ‘C’est ça que tu appelles double brise, poilisson, malfaiteur ! si tu Double brise ? En voilà un euphémisme. Ah ! les voyages, les voyages !” Juste à ce moment, il y eut un grand branle-bas sur toute la lou- gueur du navire. Les matelots coururent sur l'avant et s’armèrent d'énormes gafñfes qu’ils appuyèrent sur la lisse. Le commandant don- nait des ordres au timonier, d’une voix tonnante, et ce fut un miracle si les cheveux de Claude ne blan- chirent pas lorsqu'il vit le paquebot piquer droit sur une mouiagne de glace, un ‘‘iceberg”” qui barrait la route, venant des mers glaciales et dérivant vers le gnifstream, où eile devait fondre. On était en mai, et c'était l’époque où ces rencontres sont frêquentes. Heureusement, la ‘‘Calédonia,”” bien commandée, vira sur tribord, rasa le gigantesque bloc de glace, sur lequel elle se serait brisée in- failliblement si on l’avait aperçu dix secondes plus tard, et Michon en fut pour une horrible peur à 1a- quelle succéda un accès de rage in- dicible. Pendant plus de deux heu:es il fulmina des malédictions contre Sophie, contre tous les Ban- celin et contre tante Honorine elle- même. ‘“Elle avait bien besoin, disait-il, de tomber malade jus’e au moment où Sopuie partait.” Justement, cette année-là, les gla- rester confortablement chez eux }ces flottantes étaient plus nombreu- = Signe op le 4" Mer 4 nr hr nant anrnee G. BUOTE, RÉDACTEUR. LE A Standard Remedy | Used in Thousands of Homes in | Canada for nearly Sixty Years end has never yet failed to give satisfaction. CURES Diarrhœa, Dysentery, Cholera, Cholera Morbus, Cholera Infan- tum, Cramps, Colie, Sea Sickness and all Summer Complaints. Its prompt use will prevent a great deal of unnecessary suffer- ing and often save life. Price, 35c. The T. Milburn Co., Limited, Toronto. Ontario. ses que d’habitude. La ‘‘Calédo- JUILLET 1908. J. H. Myrick & Co Importers aad Dealers in DRY GOODS HARDWARE BOOTS & SHOER FINE GROCERKIES And Fishing Supplies AT TIGNISH: and A LBERTON We have just opened à full ano nia’’ en fut retardée d’une façon très sensible, si bien que, lorsqu’- elle arriva à New-York, la ‘‘Nor-| mandie,’’ qui avait suivi, plus au! sud, une route moins encombrée et | moins embrumée, était amarrée N quai depuis plusieurs heures. Il! n'y avait plus personne à bord. Mi- | chon, qui voulait, avant tout, sa-| voir sisa femme avait fait le voyage, | alla s'informer auprès du commis- | saire... | ‘Mme. Michon ? oui, elle s’est | embarquée au Havre. C’est moi- | même qui lui ai indiqué une cabine au moment où elle est arrivée. Mais je n’ai pas eu le plaisir de la voir pendant la traversée. Il y a deux dames auxquelles le mal de mer n’a pas laissé un moment de répit du Havre à New-York ; Mme. Mi- chon était évidemment l’une d’el- les. | —Savez-vous, monsieur, deman- | da Claude, si on lui a remis, à l'heure où elle montait sur le pa- quebot, un téiégramme ? —Oui. C'est encore moi qui ai eu l’honneur de le lui donner. —Et qu'a-t-elle dit ? —Rien. (Cependant, je crois me | souvenir qu'elle a eu un mouve-| ment de surprise, ou peut-être del mauvaise humeur. —Elle n’est plus ici ? —Oh ! pour cela, non.” Claude remercia et quitta la ‘Normaudie'’ en grommelant avec] un sourire sardonique et satisfait :| ‘Ah ! elle a eu le mal de mer tout le temps. Tant mieux ! tant mieux ! ça l'aura peut-être calmée. Mais en atiendant, reprit-il, où la trouver dans ce New-York, aussi grand que La trouver ! Elle est bien capable d'avoir pri: le train pour le sud. Sophie ! So- phie, vous êtes une...” ? Paris ? pour exprimer son sentiment, ou poin:s suspensifs qui, d’ailleu:s, en disaient autant que le ‘‘quos ego !...’’ de Neptune. Ses colères, cependant, commen- çaient à s’'émouscer. Non pas qu’- ii fût tout à fait résigné, mais per- (A Suivre) Il ne trouva pas d'expression trouble complete stock of NEW GOODS. We are prepared to supply the wants ofthe farmer, fisb- erman and mecha- nic We invite in- tending purchasers to give us à call, and they will find we can meet al competitors, and save to them the and ex- bien il en irouva une trop forte.i C’est pourquoi il resta sur oi pense of going to Summerside or Charlottetown. F. J. BUOTE, GÉRANT 11 ANNEE. f * Dr. Murphy PHYSICIAN AND SURGEON FO ii OR EE J = E. WYAT É SUCCESSEUR DE HODGSON & WYATT AVOCAT, NOTAIRE, ete. Solli- citeur pour les Nova Scotia et Summerside Banks — ARGENT À PRÊTER — Bureau : Au dessous de Clifton House SUMMERSIDE, HD '+ MeQuarrie & Arsenault AVOCATS, NOTAIRES, &C. Summerside, P. E. I. (Bureau au dessus du Royal Bank of Canada) ARGENT A PRETER Neil McQuarrie, K. C. Aubin E. Arsenauilt. HOTEL RIVERSIDE DUKE ST. MONCTON, N. 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