| dm er be RE Er \: $ LA CIE. DE PUB. DE L'IMPARTIAL, PROPRIETAIRE. G. BUOTE, RÉDACTEUR. F. J. BUOTE, GËÉRANT VOL. I. NO. 18. TIGNISH, - LA MECHE D'OR 0000000ZXX0000000 " DEUXIEME PARTIE 10 [suite.]) —Je veux ma fortune parce que je vous quitte! ma place n'est plus ioi,et je m'en vais ! —omment ! Ta place n’est plus ich ?..… Moi, qui t’aimais comme mon enfant !...…. —Oh ! mon oncle, pas d'ex- plication inutile ! J'ai le droit de m'en aller, ét je m'en vais ! —Et....… où iras-tu ? —Æela me regarde ! Le vieux soldat se rendit eomme uu fou à son bureau : il ne comprenait pas. Quant à Angélina, elle envoya chercher une voiture : avant midi, elle avait quitté la maison où elle avait été tour à tour si heurense et si malheureuse. Bille »béis sait à son tempérament altier, haineux ; et elle n'avait aucune amie qui pût lui faire compren- dre Ja folie de sa conduite. Elle loua une chambre dans un hôtel et ât parvenir son adresse à son oncle ; le commandant accourut dans la soirée pour mettre la jeune fille en possession de sa petite fortune ; et, en la luire- mettant, il fit une dernière ten tative. Sa nièce l'arrêta, net : —Je vous en prie, mon oncle, restous en là. Si j'at fait un coup de tête, comme je ne porte pas votre nom, cela ne regarde que moi. Vous vivrez de votre côté, moi du mien, Cela vaudra mieux ! Elle s'était altendue à une démarche, au moins à une vi-ite de Serge ; mais Serge, ne vint pas. Angélina ne revint jamais ;et, comme, à cette époque, la ruine s’abattit sur la famille Garan eier, le père et Le fils, très préoc- cupés par la situation cruelle de leurs amis, oublièrent peu à peu l'ingrate Le commandant seul essaya de la revoir ; il se présenta, un mois après. à J’hô. tel où elle s'était installée, et apprit qu'elle était partie, un matin, brasquement, sans dire « à elle se rendait. La jeune fille avait quitté Paris, quelques mois, espérant s'etourdir par un long voyage ; et, quand elle revint à Paris, elle orut qu'elle avait dominé sa passion, qu'elle avait oublié. Eile vécat d'abord si mystérieu- sement que personne, parmi les gens qui l'avaient connue, ne la rencontra jamais. s'était écoulée ainsi. Aug :lina, livrée à elle-même, s'était abandonnée àtous ses goûts de luxe, trouvant une con- solation dans les raffinements de sa vie intime ; sa beauté était devenue encore plus séduisante Parfois, elle passait de longe moments devant une glace, elle s’examinait froidement. Et elle pensait : Une année igré toute son une arme,et ce fut pour cala, qu'après avoir soigneusement pris ses renseignements, elle se rendit chez Me Stanislas Four- mont, qui fut tout bouleversé de recevoir une aussi Jolie femme. IT UN NOTAIRE INFLAMMABLE Maitre Stanislas Fourmont était le type du parfait notaire. Sa vie s'était régulièrement écoulée, jusque là, entre la ré- daction d’une quantité innom- brable de contrats et de testa ments et les douceurs d'une existence gourmande et égoiste. 1ls’était marié sans amour ; il avait plutôt épousé son étude que sa femme, 11s’était habitué à une obéissance passive aux volontés de sa femme et plus tard à une obéissance encore plus passive aux volontés de sa fille. 11 aimait la tranquillité ; et la moindre scène le troublait à un te: point quilen perdait l'appétit. Petit, rond, avec de gros yeux à {l'ur de tête, itou- jours soigneusement rasé, la peau fraîche, il avait l'air d’un grand enfant ;et,au fond, mal- expérience, ce n'était qu'un enfant, ignorant de la vie, naïf, une vraie proie paar l'aveniurière intelligente qui réussirait à mettre la main sur lui. Un matin, il était mollement assis, presque étendu dans son fanteuil, les lèvres encore hu- mides du petit déjeuner qu'il avait fait, et il ouvrait lente- ment son courrier, quand son premier clerc, Célestin Brigard, pénétra dans son oabinet. —Tenez, dt le notaire, je ne vois rien d'important dans le courrier ; répondez comme d'ha bitude à toutes ces lettres, mon ami. Brigard prit le courrier et dit, d’un ton indifférent : —ily a là une jeune dame qui insiste beaucoup pour voir le patron. —Eh bien, mon ami, dit le notaire, faites la entrer. 1l se leva à demi poar la rece voir: mais, quand il l’eut aper- çue, il se leva tout à fait et vint au devant d'elle. Angélina Verdier était vêtue d'une robe noire unie qui moulait son beau orps ; elle ne portait qu'un seul bijou, un gros rubis qui lai ser- vait de broche et faisait ressortir la biancheur mate de son visage. Le notaire resta, uae minute, immobiie, éprouvant una com- motion qu'il n'avait jamais res- sentie, comprenant qu'un boule- versement soudain se produisait en lui, cherchant vainement comment il parlerait à cette admirable fille qui fixait sur iui ses yeux troublants. Enfin, il balbutia : Madame his — Puisqu'on ne m'a pas laissé | faire le biew, comme il me serait |: faoile de faire le mal !....…. Elie avait déjà dépensé une! partie de l'argent que lui avait | remis son oncle ; elle songea à pa:xx le reste et à s’en faire | | { Non, Monsieur, je suis demoi | elle. Cette simple réponse causa! une joie infinie au notaire ; elle! | était demoisei.e, done elle n’ap- |partenait à personne. 11 lui of- |frit uu siège. Quelques minutes s'écoulèrent sans qu'aucun d'eux dit un mot. Angélina était ve nue parce qu'elle voulait faire la conquête du notaire; la con- quête était déjà faite. Le pan- vre homme était aussi troub ê qu’an coliégien devant la pr - m'ère f:mmces dont il tombe a mourenx. Etce fat d’une voix tremb'ante q\'1l demanda: Q rest ce qui me vant lhon neur de ve‘re visite, Mademoi- seile ?.. Mademoise!ie ?....….. —Angélina Verdier. Je viens vous trouver, Monsieur, par e que j'ai la plis «n'ière eonfi- ance en vous. Et moi?fit le notaire aba-l soirdi, Muis je n'avais pas lhonueur de vous counaitre, Mademoiselle... Mais moi, je vous connais, Mons'eu:. Tout Paris sait que vous é$ s Le plns loyal, le plus d sintéressé des officiers minis- téri:ls ; et c'est pour cela qne je désire vous confier ma petit» fo tune. Je suis orpheline, Mousieur Jusqu'ici j'avais vé eu chez mon oncle, ls comman- dant Morain ; mais, à la suite de certaines difficultés, il ma été ira possible de rester plus long- temps dans ma famille. Je veux vivre senle ; je me suis dé- jà iastaliée dans un petit appar tement de l'avenue de Villiers ; | et je viens vous confier ma mo-| deste fortune ; je n’entends mes aux affuires, aux placements. Voulez-vous vous charger del faire valoir m°s soixante mille! francs? C'est tout ce que je possède, En parlant, elle envelceppait le no'aire d': «01 regard vague. Lui écoutait à peine ce qu'elle disait ; ils: haissait griser par cette voie harmouieuse, par cette ptite main qui ouvrait un portefeuille. 11 prit les soix- ante mille francs, griffonna un reçu et balbutia quelques pa. roles sur la taçon dont il gère rait cs capitaux. 1] demanda timidemeut : — Vous me permettrez, Made- moiselle, d'aller vous renseigner sur leur placement ? — J'en s'rai heureuse, Mon- sieur. Et, quand eile fut partie, le notaire demura devant sou bu reau, saus écrire une ligne, sans parler, comme s'il avait eu peur d'avoir fait un rêve. 1l ne ré- flechit pas un seul instant, il n'essaya pas de deviner pour- quoi cette femme s'était adres- sée à lui plutôt qu’à unautre; il s'abandonna aussitôt au sen: timent qui l'emportait, et, lors- que sa fille vint le ch>rcher pour le déjeaner, 1l la reçut brusque- ment. ; Julienne, tout étonnée, dévi sigea s0n pere. — Qu'as tu den: da tele. Le notaire se troubla : —Rien ft il sèchement. Et il remomta dans la salle à | mauger, où il dejeuna d’une fa- |gon si distraite, que sa fille lui dit : | —Tu as donc perdu de f'ar ? lui deman- ? 3 C gent, papa ! Cette fois, il s ‘emporta et grondla sa fille, qui n'a:ait ja- imais été grond°e degavi ? Le suite à la 8e page.) fe ILE du PRINCE EDOUARD, JEUDI LE 25 AVRIL 1901. 8 ANNEE. J. H. Myriek & De! 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