"Joseph et Mariey crie le pôre,”levez—vous, il va bétôt faire jour. Joseph, donne une bonne fourchêe de foin â Dingley, et toi, Marie, fais—moi une bollêe de thô et une couple de crêpes de buckwwheat. L'eau est gelée dure dans le bassin. Trouveumoi un autre plat. Je voudrais me laver pour aller parmi les étrangers. Joseph apporte deux sacs à sel'pour le san. Il pourra amarrer un sac en deux pour 1e gru. Mets une bonne brassée de bon foin dans la traîne. N'oublie pas le licou." "Madeleine,emporte-moi une couverte piquée pour mettre sur mes genoux. As-tu vu mes mitaines? Bon là! tout est prêt. Je n'oublie rien.” "Coupez un bon pilet de bois devant la porte. Noël, c'est fête demain." De bonne heure l'aprêsumidi 1e père retourne, emportant plusieurs pochêes de farine qu'il range contre le mur, sur le plancher du grenier de la cuisine. "Papa, disait André, j'y vas à la messe de minuit." "Moi aussifl disait François qui cirait ses vieilles bottines en brûlant du papier qu'il détrempe dans du lait. "Préparez‘ vous,mes enfants. Il n'y a—t—il plus du fond de pot de reste, mes bottes en auraient pourtant grandement besoin." "Il faudra aller vous coucher de bonne heure, et dormir jusqu'à dix heures." "Moi,ie ne veux pas aller me coucher," disait François. "N'aie pas peur, je te réveillerai,” leur assurait Marie, et dans quelques minutes, une demi douzaine d'enfants de tout âge et de toute longueur dormaient étendus près du poêle, la tête reposant sur un vieux capot plié en quatre. Soudain la porte s'ouvre, une forme étrange revêtue d‘un pardessus en envers, cravatte blanche autour du cou, Chapeau de paille enfoncé sur les yeux, entre en chantant. "C'est Saint Nicolas", crient de joie nos bambins qui se réveillent en sursaut. Et notre bon Saint, après avoir demandé )lusieurs questions aux plus grands sur leur conduite et progres à l'école, ouvre une soucie d'oreiller gonflée, et distribue à chacun une galette douce. Après avoir promis de revenir 1e Noël suivant, s’ils étaient de bons petits garçons, Saint Nicolas disparait. Les galettes douces disparaissent aussi, mais André a mis la sienne dans sa poche. "Quoi, tu vas sauver ta galette?” demande 1e père. "Gui, répond André, je la garde pour le petit Enfant Jésus." Cet enfant a Une vocation, se dit en lui—môme le père pensif, mais... peut—être... je vas prier pour ça durant ma Communion ce soir.