4 UN REVE La [une, toute ronde, blan- chissait la cime des arores, et ses rayons pâles, comme autant de petites flèches d'argent, pé- nétrant à travers la branche sombre, se posaient légèrement sur les feuilles bruissantes et sur lies branches verdatres, é- clarart la forêt de subtiles, formant sur la mousse toutflue, noire sous l'ombre des grands arbres, des taches blan- ches avec des ornements pres- qu imperceptibles. Devant moi, la rivière roalait onduleusement ses eanx miroi- tantes, et sur le sable d'or de la rive venait chanter sa plainte ; ces ondes blanches dans cette verdure sombre, c'était la. perle dans une couronne d'éméraude. Là-bas, près d'une saulJaie, des pins é:evés projetaient sur Ja rivière aux luisances de æi- roir l'ombre de leurs silhouettes puissantes et découpaient dans le ciei d'azur foncé leurs formes noires, gigantesques, et tout près des lilas en fleurs laissaient échapper leurs parfums qu’em- portait au loin la brise nocturne, se jouant avec des ciresses vo- luptueuses sur l'onde fuyante. et chantant sous la feuillée a- vec des iutoustions si douces qu’on eut dit un groupe de nympes cachées sons bois, mur- murant des paroles d'amour. À mes pieds, des nénuphars étenda ent sur l’eau leurs co- rolles blanches, et des hautes herbes, émergeant de l'onde, se! baiançaient mollement sous ie zéphir attiédi. De l’autre côte, des champs s'étendaient immenses, et ia lu- mière de la June les couvrait comme d’une nappe d'argent. Partout, des tons clairs. des tons noirs se mélangeant, avec des nuances pâies, indécises. Le soir-1à, l'âme pleurant, j'é-| tais venu dans cette mélancoiie douce des belles nuits d'été, é- couter le friselis des fenilles, le deferlis de l’onde, les modulia- tions pures des oiseaux, m'eni- vrer de cette poésie enchante- resse qui s'échappait des bois, des champs, de l’onde, de toute cette natnre riche, éblouissante des beautés et de jeunesse. Là-haut, le dôme noir, 1im- mens”, soutenu par des clous d'or, et au milieu, suspendu par des chaines invisibles, un globe | d'argent jetait sa lueur pâle. Ca et là, des nunées fuligineuses, Irangées de blanc, cauraient de- vant les astres resplendissants, comme voulant de leur opacité plonger la nature entière dans les ténèbres épaisses. Devant tons, ce décor où toutes nuances s’amalgamaient formant un en-! semble merveilleux, en écou- tant ces bruits qui montaient deux et pénétrant dans l’atmos- phère embaumé, men ami ou- bliait sa peine, et le bonheur y filtrait goutte à goutte sa li-| queur vermeille, comme cette! done rosée qui mouille les plantes dans les nuits calmes. Longtemps je me délectar à cette scène paradisiaque, et mon àme, déchiraut le manteau fa-! nèbre qui létouffait, s'élevait dans la volupté d'une joie pro- fonde, vers ses espaces stellai- res où la main de Dieu avait je té des merveilles, lorsque jen. tendis. de la rivière, monter uvue Vuix pure, sonore. J: regardais, surpris, et je vis vne barquerelle toute blanche! fendre s'ondre lentement, et de- daus une femme, balle, à Ja chevelure d'or s’abandonnant à Ja brise, et an enfant, tout petit, jonant à ses pieds. Elle ramait en cadence, et les eaux argen- tées s'écartaient en murmurant devant la barque légère. Cette vo x evvchanteresse, s'élevant ainsi dans le silence de Ja nuit, me troublait, et mon âme, ravie, ecuutai Ces pi oies il li. €: d: lumières | cette abondance de: L'IMPARTIAL, JEUDI LE 25 AOUT, 1898. {tendresse et d'amour, les bu- vant avec volupté. Mais ja fem- me et l'enfant disparurent bien- tôt derrière un petit bois cares- sé de lumières blanches, à an détour de la rivière, et la voix se perdit au loin. Chose étrange, un chant viril celui-là, s’éleva du côté d'où la lemme et l'enfant étaient venus, let bientôt apparat à mes yeux, une borque dont le rouge trau- chait avec la Ineur blanche de l'onde ; elle était conduite par un jeuve homme, gra'd, ro- buste, dont les vigoureux coups de rames soulevaient les eaux frissonnantes et laisaient derrière l'embarcation un sillage bordé d'une mousse : blanchâtre. Il chantait lat aussi, et sa chanson, forte, enthousiaste, célébrait l'aurore sonlevant son voile rose, les jours ensojeillés, les so leils couchants, l'amour dans les.sentiers fleuris, la beauté, la grâce, le plaisir. ! Eile montait, cette voix mélo- dieuse, comme une hymne d'a- mour et d'espérance, donnant à mon âme, heureuse de l’enten- dre cette soif d'aimer, cette ar deur passionnée, dont tous, à nos vingt ans, nous nous sen- tons embrasés ! Et, dans. un vol rapide, les beaux jours de cet âge si vite enfui passèrent de- |vant mes yeux avec leurs sensa- | tions, leurs désirs, leurs joies et | leurs tristesses ! Hélas ! le chantre aimé dispa-! |rui, comme la femme ei l'en- fant, derrière ce bouquet d'ar-| bes, pleiu d'ombre | | Jele regrettais encore, lors-| que, devant mes yeux étonnés, | | passa une autre barque, grise, |montée par un homme aux. itraits beaux mais empreint d'une tristesse profonde : il ne. ichantait pas et ses rames s’a- 'baissaient avec une lenteur ap- paremment calculée. Dans cette | tèté penchée sous le poids des souvenirs, je lisais uue vie bri- isée par les déceptions, les ou- |blis, les souffrances, et malgré! moi, une ombre de mélancolie vint assombrir mon âme. I] disparut c:mme les autres! ! dans les ténèbres de la nuït. Je songeais aux choses d'au-| trefois, et lentement j'égrenais| par la pensée le chapelet de mes souvenances, quand une voix faible, tremblante, parvint à | mes oreilles, et jetant les veux] à ° | sur la rivière, je vis, dans une | | barque dont le noir se confon- dait avec l'ombre des grands pins, un vieillard à Ja cheve- laure argentée, plus blanche en- |core sous les rayons de l'astre roulant dans le ciel sombre par- semé d'étoiles. La chanson était monotone, triste, pleine d’amertume ; eile disait les regrets des amours passés, des espérances détruites, des rêves enfuis, du bonheur! disparu !! Lui aussi, comme la femme et | l'enfant, comme l'edoiescent, | somme l'homme, se perdit dans! | } } les ombres dan bosquet, et sa, voix où montait des sanglots s'é- | teignit daus un murmure, dans juue plainte. Aussitôt, dans lence de cette ! nuit enchante. resse, j'entendis ces mots, venus | d'en haut : La vie, voilà Ja | | | | | | le grand si | | } | | vie ! Ewmu, je me levai, jetant un î dernier regard sur l'onde argen-| tée, les hois éciairés, la verdare| aux chatotements d'argent, ie! cie! piqué d'étoiles scintillantes, | groupées autour de l’astre, splen deur des nuits, et je reconnus! les douces visions de mon rêve. | Cet enfant, c'était ie commen | cement de la vie, cet âge où! | nous cherchons les baisers et les! !caresses de cette femme dont le! cœur est an abime d'anour, ia! | mère ! F ON thons'asme, c'est ce adolescent piein d’en- | jeunesse où les passions se ré | Î veillent grandes et gérérenses, ! L ] . . 34" | D ï | où Les esperauces d'amour suc !méchant? | hole cc, © gg is. | by Mr. James Doan, of Kingsville, Ont., | tractor and builder, voices these senti- | ‘appelle ja Forêt-Noire, vivait ja- 1i suflira, je peunse, de vons dire imement fort, et comme :il [aussi méchant et grand et fort, 1l était ja ses béte:, elle ent: ndit les cr's le bruit et d'couvrit la fosse. temps de) sèdent aux illusions aimées :} —Âlors, s'écria-t-il, on me c'est l’âge des chansons, des|laissera donc mourir là ? gais repos. des rêveries ! —Non, dit-elle, je vous en-ti- Cet homme, c’est l'âge mûr où (rerai si vous me jurez d? ne la vie nous apparait dans sa plus jamais faire de mal à per- triste réalité, où les rèves d’an- | sonne trefois ont fait place à des re | —Je te le jure, répon dit Fier- grets, à des ennuis, à des dou-[à-Bras, mais ce n'est pas une leurs, et où, malgré tout cela, | naine comme toi qui peut me ti- nous marchons dans le droit sen- | rer de ce mauvais pas. fier par devoir, par coascience, | —On n'en sait rien!fit Ja par volonté. petite fille et vous allez voir Le vieillard, c'est l'âge où qu'un géant peut avoir b:soin nous vivons de souvenirs, où ar-| d’une naine”. rivés aux portes de l'éternité,| Alors elle s’en fat quérir une nous jetons un regard en arrière, |grosse corde de puits qu'elle et nous revoyons, dans les om- tralna péniblement jasque-là ; bres du passé, ces scènes d'a-|ensuite,ella attaeha par trois mour, ces tendresses reçues et|nœufs solides cette corde à un données, ces joies pures de la fa- arbre voisin et la laissa se dé- mille, tout ce bonheur enfin, et rouler dans la fosse. alors de notre âme attristée! Le géant n'eut qu'a s'en ai. monte un dernier cri delder pour grimper à l'aise Le long regret à la vie qui s’en vient !|des parois. Pierre Bédard, | 1ltint parole,ilne fit plus de mal à personne ; même il ai- . | dait les bûcherons à abattre les Kidney Trouble gros arbres et se montrait en FOR YEARS. toutes occasions humain et ser- | viable. Nothing did Mr.-R. E. Pitt. Quand i! rencontrait la gar- any good until he got deuse de moutons qui lui avait . » à 6 Fr À 13 “ £ it. . Doan’s Kidney Pills. sauvé la vie, ? jui _. ee | . . . . . tes sortes de fruits quil aval Throughout the County of Leeds and [es pare sd q the Town of Broc’ ville there is no medi- | cueillis pour elle : cine spoken so hi: 1ly of for all kinds of | oi. à: ni ne . 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